Moïse Katumi triomphe à Genève !

En Suisse, Katumbi attire et rassemble les Congolais de tout bord : un triomphe !

 

Privé de la vie de pacha à laquelle il s’était habitué dans son somptueux palais royal de Kashobwe, privé d’intervention directe dans le débat politique et interpellé par l’acharnement judiciaire aussi bien sur ses proches que sur lui-même, Moïse Katumbi se voit contraint à porter plainte contre l’Etat congolais. Mais par cette démarche, l’opposant congolais s’ouvre plus d’une perspective politique rentable. En effet, une fois posée, cette parade a été saluée par diverses forces politiques et moult organes de presse. Le processus judiciaire ainsi amorcé réveille d’autres questions pendantes et s'est désormais érigé en puissant « attrape-tout » qui ne laisse personne indifférente. Il ranime notamment tous les problèmes de massacres à grande échelle dont le régime est accusé. Par une question spontanément posée, la Présidente de la plus importante et la mieux structurée des organisations diasporiques congolaises, Mme Séverine Tshimini Mbuyi de la Convention des Congolais de l’Etranger (CCE), résume les vœux et l’interpellation de tous en invitant M. Katumbi à considérer sa plainte comme une démarche personnelle et paradoxale pour quelqu’un qui aspire à incarner le destin national commun.

 

Invoquant et s’appuyant sur le cruel génocide en cours sur le territoire congolais, notamment au Kasaï, au Kivu, en Province Orientale et au Bas-Congo, elle propose au candidat chef d’Etat de réunir les synergies pour exiger, selon les termes du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, une mission d’imposition de la paix au Congo. Face à des institutions disqualifiées par la prévarication caractérisée et désormais toutes dans l’illégitimité et l’illégalité, nous serions tenté de rejoindre Mme Tshimini pour la compléter en demandant au candidat Katumbi de sortir de la logique électorale dans un contexte, qui ne garantit pas des élections crédibles, pour conjuguer ses efforts à l’élan en cours préconisant une transition sans Kabila sous l’égide des Nations Unies. Piégeux dans sa conception et inapplicable sans contrainte extérieure, l’Accord de la Saint-Sylvestre a vécu. Une administration onusienne transitoire serait la parade à même de ramener la paix et la sécurité dans le pays, réhabiliter les institutions républicaines et créer des conditions d’un processus électoral transparent. Incarnant le destin national, Moïse Katumbi serait bien inspiré de prendre la tête d’un largement mouvement fédératif susceptible de réorganiser un nouveau pôle de légitimité, de lobbying tous azimuts et de diplomatie parallèle.

 

Une pirouette judiciaire comme levier vers des horizons politiques fructueux

 

Entre sa démission du parti au pouvoir et du gouvernorat du Katanga, le 29 septembre 2015, en dénonçant les dérives anticonstitutionnelles du régime, jusqu’à cette alléchante initiative de rencontrer les Congolais à Genève, Moïse Katumbi s’illustre par un sans-faute exceptionnel et une finesse stratégique redoutable. Le seul Congolais à échapper à l’ostracisme des principaux médias occidentaux, il attire indistinctement et à flot des think tanks, de puissants lobbies mondiaux, des ONG ainsi que les chancelleries des Etats importants. En Europe occidentale, rares sont les bureaux où un entretien sur la RDC ne se termine sans que le nom de Moïse Katumbi ne soit évoqué. Avec sa pirouette judiciaire, Katumbi réussit un coup politique de maître. D’une part, par cette démarche, il a été à la Une de l’actualité, et pas seulement qu’africaine ; et, d’autre part, il a suscité des réactions et des positionnements en chaîne dont bien malin celui qui pourra, dans le contexte d’aujourd’hui, en prédire la portée, l’issue et la fin. Le pervers régime Kabila est désormais mobilisé à s’expliquer et à se défendre sur plus d’un front.

 

Katumbi fascine en Suisse : simplicité, sympathie, humilité, propension à l’ouverture

 

En effet, à part Joseph-Désiré Mobutu à l’époque de ses splendeurs, je n’ai vu aucun autre acteur politique congolais de renom prendre en compte les Congolais de l’étranger et leur consacrer un moment de réflexion et d’échange. Avec son élégante initiative de s’exposer à un dialogue direct avec la diaspora à Genève le vendredi 2 juin 2017, Moïse Katumbi confirme sa proximité affective avec ses compatriotes ; que, ce jour-là, il n’a cessé d’appeler affablement « mes frères », [sic]. Ceux-ci le lui ont bien rendu réciproquement ; parce qu’à cette rencontre, les principales notabilités, de tout bord, que compte la communauté congolaise de Suisse, étaient présentes. Les échanges se sont déroulés dans une ambiance si avenante que beaucoup de Congolais ont été séduits par l’étendue de la simplicité, de la sympathie, de l’humilité et de la propension à s’ouvrir aux autres du bonhomme. Si les heurts, vivement redoutés par certains limiers de son entourage, n’ont pas eu lieu, c’est pour rendre Katumbi plus envoûtant encore qu’il ne l’a jamais été ; même lorsqu’il était le fascinant gouverneur du Katanga ou le pétulant président du très renommé Tout-Puissant Mazembe. Jusqu’à ce jour, nombreux sont ceux qui regrettent de n’avoir pas été de la partie et insistent auprès de la CCE pour rééditer la scène.

 

Vers une posture d’incontournabilité sur la scène politique congolaise

 

Menée par l’un des avocats le plus réputé du barreau de Paris et mondialement reconnu, le géant ténor des tribunaux français Eric Dupond-Moretti, la démarche judiciaire n’a cessé d’alimenter tous les médias de la planète. Mais, en fin stratège politique, Moïse Katumbi ne s’est pas ménagé, ni contenté de ce triomphe facile ; bien au contraire, il a été sur plusieurs plateaux des télévisions pour en amplifier encore davantage les effets et contraindre le camp de la kleptocratie à se défendre. Ainsi, bien que contraint à l’exil, humilié et malmené à tous les niveaux, c’est néanmoins Katumbi qui garde subtilement la main. Il ne se contente pas de subir. Efficacement d'ailleurs, et sans état d'âme ; c’est dans la fertilité de son imagination qu’il trouve des pirouettes à même de faire mal à l’ennemi et s’installe dans une polarisation des forces selon la dialectique entre l’initiative et la résistance. Le spectacle restera alors sinistrement bien avilissant pour le régime ; lorsqu’au lendemain des brillantes et alléchantes prestations médiatiques de Katumbi et de son équipe, le propre frère du principal opposant à Joseph Kabila, l’odieux Soriano Katebe, se produira dans certaines médias pour débiter des inepties d’une si odieuse indécence que des journalistes n’ont pu s’empêcher d’en rire devant les caméras et les téléspectateurs médusés. Surtout lorsque l’inconstant Soriano ne s’est pas senti ridicule de déclarer la justice congolaise crédible et d’inviter l’ONU à lui faire confiance pour l’enquête sur les massacres au Kasaï. Ce contraste indique à quel point Moïse Katumbi s’illustre désormais, surtout après le décès de Tshisekedi, comme le principal acteur incontournable de la scène politique congolaise.

 

En déficit de discernement, des fayots réduisent Katumbi à leur otage politique

 

Porté si haut en estime par la nouvelle élite congolaise et par la grande majorité de Congolais depuis ses innombrables belles prouesses d’excellent gestionnaire et de bonne gouvernance au Katanga, Moïse Katumbi risque néanmoins de se dévoyer lui-même et, précipitamment, s’il ne prend pas garde à la propension de son entourage enclin à pervertir son image de l’homme d’ouverture, de simplicité et de proximité. Certains, dans son entourage, doivent comprendre que si Katumbi s’ouvre aux Congolais et souhaite une grande proximité avec eux, c’est qu’il a lui-même compris qu’il a sûrement un puissant intérêt à agir ainsi ; surtout après avoir vécu la mobilisation populaire, qui lui permit d’échapper à Lubumbashi, en mai 2016, aux attentats ourdis contre sa personne par le régime. Mais, au Congo comme ailleurs, les collusions des intérêts divergents prennent parfois, souvent même, en otage des leaders et peuvent, sans claire conscience des conséquences de cet égoïsme, hypothéquer gravement le destin de toute une nation. La prévarication, la corruption et la délinquance, qui ont anéanti le Congo, ne relèvent pas d’une génération spontanée. Ce sont des gangrènes qu’on a laissées se développer par manque de courage ou par lâche concordance. Quiconque se fait une place dans le clan du pouvoir, s’évertue à son tour à circonscrire l’ouverture en éloignant autant que faire se peut les autres, utilise toutes les ruses possibles pour isoler de jour en jour et de plus en plus le chef.

 

Ainsi, même s’il y aspire vivement et se donne brillamment les moyens d’y arriver, Moïse Katumbi n’est pas encore chef de l’Etat. Le chemin est même encore assez long et tortueux pour y accéder. Pourtant, à Genève, on a vu beaucoup de femmes et beaucoup plus d’hommes encore clamer avec arrogance, à ceux qui se bousculaient, que pour accéder au candidat, pour lui remettre le moindre document, il fallait passer par eux. Hélas, pourquoi pas ! Si tout le monde, qui le désire, avait accès direct à Moïse Katumbi, il y aurait en permanence des goulets d'étranglement et des embouteillages pour l’approcher. Il faut un minimum d’organisation autour de cette figure de proue de la scène politique congolaise. Mais si ce nécessaire aménagement organique pénalise et étouffe le processus de coalition stratégique dont le candidat a besoin en vue de l’alternance, force est alors de constater l’urgence de juguler ces clans d’opportunistes, qui risquent de tout compromettre au moment le plus propice. Il faut surtout que des interventions d’aménagement salutaire ne viennent pas trop tard ; puisque le temps a toujours été l’allié délicat de la politique.

 

Alléchante rencontre avec les Congolais dévoyée par un échec de la modération

 

Que l’initiative soit alléchante dans sa conception, c’est l’évidence même ! Mais la rencontre de l’ex-gouverneur du Katanga avec la diaspora congolaise dans la chaleureuse Cité de Calvin a laissé quelques goûts amers chez beaucoup ; même ceux qui n’ont suivi qu’indirectement les échanges. En lame de fond, la manière très maladroite dont la gestion des interventions a été menée. Le modérateur parlait plus pour rien ; alors qu’il aurait dû se contenter de passer la parole à ceux qui voulaient interpeller le candidat. A maintes reprises, le candidat lui-même lui a indiqué comment procéder en commençant par le devant et monter à tour de rôle jusqu’au fond de la salle pour permettre à tout le monde de s’exprimer et conjurer ainsi des frustrations. Mais, hélas ! Le modérateur n’a pas dissimulé comment il exercerait le pouvoir si un jour d’aucuns se méprenaient à le lui accorder. Il s’est même autorisé à stopper l’entretien ; alors que le concerné ne cessait de lui répéter qu’il voulait entendre tous « ses frères ». En dépit de l’insistance du premier concerné pour écouter les doléances des Congolais de Suisse, le modérateur a continué à sélectionner les intervenants en donnant davantage la parole à ses connaissances rassurantes de Belgique et de France. Pourtant, la modération avait été confiée à un spécialiste de la communication ; un journaliste de son état et de probité espérée. Le contraste aura été saisissant en comparant sa prestation à la maestria dont Olivier Kamitatu venait de faire étalage en dirigeant la conférence de presse du même Katumbi quelques minutes auparavant. Une fois de plus, on ne le dira jamais assez, la conduite des débats reste le talon d’Achille des Congolais.

 

Eclairage, chronique de

Lwakale Mubengay BAFWA