Pour un gouvernement congolais en exil à même de rassembler la diaspora et créer le nouveau pôle de légitimité !

Projet de Mémorandum à la Commission de l’Union européenne (UE)

 

A Son Excellence Madame Federica Mogherini,

Madame la Vice-Présidente et Haute Représentante de l'UE chargée des Affaires étrangères,

 

Ce n’est pas à vous que nous rappellerons l’acuité de la crise multiforme qui sévit actuellement en République démocratique du Congo (RDC). Par la volonté d’un homme et du système, qu’il a mis en place pour se maintenir au pouvoir ad vitam aeternam, le pays sombre depuis des lustres dans des intrigues complexes et dans d’affligeants dédales de l’histoire dont il risque de ne jamais se remettre. Présentement, l’insécurité généralisée y atteint son paroxysme, la population vit dans une misère horrifiante, les institutions financières y sont littéralement en état de faillite et le système économique complètement paralysé. Il n’existe plus de province congolaise qui ne soit pas frappée par des tueries de masse, les assassinats ciblés ou la violation massive des droits humains. En essaimant la violence et l’insécurité en vue d’empêcher la tenue des élections, le Président Kabila augure des décennies d’instabilité dans la région et établit un espace d’implantation durable pour le terrorisme international.

 

Prévenir le développement d’un terreau du terrorisme international

 

Du point de vue de la sécurité et de la paix internationales, si rien n’est fait d’urgence pour anéantir les capacités de nuisance de M. Kabila et de ses alliés, le territoire congolais deviendra le couloir par lequel les islamistes de tout bord, ceux de la zone orientale africaine notamment, feraient ainsi la jonction avec ceux de la zone occidentale. Par devoir citoyen et pour rendre hommage à nos morts, nous portons à votre sollicitude le cri de détresse du peuple congolais. Nous rappelons l’adoption de la résolution 2348 (2017) au Conseil de sécurité et la publication du rapport du Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme de ce 19 avril 2017 sur les tueries de masse dans les Kassaï comme référence à ce mémorandum.

 

Urgence d’éradiquer un foyer en construction du terrorisme international

 

A Genève, le 26 janvier 2015, dans une allocution au Congrès mondial sur la justice, le Conseiller fédéral helvétique Didier Burkhalter martelait : « Prévenir – si l’on veut pouvoir guérir ». Il n’est donc pas encore trop tard pour prévenir cette catastrophe majeure qui se dessine en Afrique centrale ! Nous en appelons à agir pour éradiquer de la RDC ce foyer terroriste en gestation. L’acuité de la crise et la détermination du gouvernement de M. Kabila à l’aggraver oblige toutes les bonnes volontés à s’allier pour sauver la paix internationale et construire, pour les Congolais, des raisons d’espérer en un avenir acceptable. Les cris d’alarme des évêques médiateurs, qui relèvent que les politiciens congolais de tous bords ne se préoccupaient que des postes, se conjuguent à la prévarication avérée de cette classe politique congolaise depuis 1960 pour nous convaincre qu’il est illusoire d’envisager que des personnes issues du système actuel œuvrent pour l’instauration d’une gouvernance au service de la paix et la sécurité internationales, encore moins pour le bien-être des populations en RDC, ni pour l’amélioration de l’économie nationale. Si elles avaient lieu dans ces circonstances, les élections ne reproduiraient que les mêmes effets. Laisser ces impénitents artisans des crises les organiser dans la confusion régnante, dans la corruption et le détournement des fonds publics, c’est hypothéquer l’espoir de l’alternance et éloigner pour longtemps toute perspective de bonne gouvernance. Car, les réseaux mafieux, qui contrôlent le pouvoir, vont saisir cette occasion pour noyer le processus et se renforcer. En fait, quasiment aucun acteur politique actuellement en lice en RDC ne garantit un scrutin crédible.

 

C’est pourquoi, il est impérieux de neutraliser les animateurs du régime actuel, M. Kabila et ses alliés, et de mettre en place un gouvernement technique chargé d’assainir tout le système, d’opérer des réformes nécessaires pour la sécurité nationale et internationale et la bonne gouvernance afin d’organiser des élections libres et transparentes dans de conditions fiables et dans un délai raisonnable. S’impose en outre la mise en place d’un tribunal pénal international pour le Congo. Il y jugerait ainsi les auteurs des crimes économiques et humains commis depuis 1996 jusqu’à ce jour. Mais, comment espérer apporter des changements si profonds, si drastiques dans un pays régenté, depuis des décennies, par un inflexible despote ? Et ce d’autant que la survie du régime est solidement assurée par la pire des répressions et laconfiscation de tous les leviers de pouvoir. Dissuadé par la répression d’une extrême cruauté, le peuple y est réduit à sa plus simple expression par la misère sciemment entretenue, complètement démuni, clochardisé et rendu amorphe. Comment, dans cette apocalypse, extirper un régime disposant de la plénitude de l’impérium, contrôlant toutes les forces de sécurité, ayant à sa seule et unique solde et mobilisés pour sa survie, tous les services et réseaux de renseignement ?

 

Mais il n’y pas que la répression, l’illégimitité, l’illégalité, l’incurie et la prévarication qui posent problème. Avec des millions de morts et de viols depuis 1996, les Congolais sont victimes d’un génocide planifié. Avec le carnage des Kasaïens en cours, ce génocide vient franchir un nouveau palier. Il faut, selon les termes du chapitre VII de la Charte de l’ONU, une opération d’imposition de la paix pour stopper cet ethnocide, d’une ampleur inouïe, dans divers coins du pays. Plusieurs péripéties, répertoriées dans divers rapports, mettent en exergue le déferlement des violations des droits de l’homme, à même de constituer des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre, des crimes de génocide, voire de trois à la fois. Des horreurs effroyables de Tingi-Tingi à l’extermination en cours des Kasaïens pour les supplanter par des étrangers déportés d’ailleurs, en passant par les terreurs d’Ituri, Bunia et de Beni, c’est bien l’ensemble du peuple congolais qui est voie d’extermination sur ses propres terres. Il a donc droit à la protection internationale.

 

Qui sommes-nous ?

 

La Convention des Congolais de l’Etranger, CCE en sigle, est un collectif fédérateur, promouvant intégration et participation citoyenne de ses membres dans leurs communautés respectives d’accueil et militant pour la promotion des libertés et du bien-être aussi bien des Congolais de la diaspora que de ceux qui vivent en Mère-patrie. Son siège est établi à Genève, en Suisse.

 

Merci de la constance séculaire de votre solidarité avec le peuple congolais !

 

C’est depuis le dix-neuvième siècle, par dénonciation des atrocités commises sur le territoire congolais et des initiatives en tout genre, notamment celles d’Edmund Dene Moreli, que des Européens engagés se mobilisent au chevet du peuple congolais. Par ses dénonciations incisives et sa manière acérée d’alerter l’opinion publique internationale, Morel est à l’origine de la conscience et des campagnes actuelles de défense des droits de l'homme. Ancêtre direct de l'Anti-Slavery Society et d'Amnesty International, Congo sa Reform Associationii est là pour l’illustrer. Récemment, et à deux reprises, l’UE a sollicité l’aval du Conseil de sécurité pour imposer la paix en RDC ; successivement, les opérations Artemis à Bunia en 2003 et EUFOR RDC en 2006. Par ailleurs, nous apprécions le rôle d’interface que joue la Commission entre la RDC et la communauté internationale et vous remercions bien vivement pour avoir communiqué très clairement les courageuses positions de l’UE en rapport avec la crise actuelle en RDC.

 

Une crise alimentée à dessein

 

A ce jour, le tableau de la crise congolaise présente quatre catégories des problèmes : la violence dont les massacres en cours au Kasaï et dans le Kivu, l’impunité des criminels, la généralisation de l’illégalité et de l’illégitimité des gouvernants ainsi que les problèmes socio-économiques liés à l’incurie, à la prévarication, à la mauvaise gestion, à la corruption et à la kleptocratie avérée. Tout cela par la seule volonté de M. Kabila à se maintenir au pouvoir juste pour continuer, avec sa famille biologique et politique, à spolier et s’approprier des richesses du pays.

 

A quand un tribunal pénal international pour le Congo ?

 

L'expérience des fins de conflit, qu’il s’agisse du cas de Cambodge, de l'ex-Yougoslavie, de l’Afrique du Sud, du Libéria ou de la Sierra Leone, renseigne que la peur des sanctions dissuade et qu'il n'y a pas de véritable retour à la paix durable sans prendre en compte l’aspiration quasi naturelle des victimes à la justice. Des mécanismes judiciaires ou parajudiciaires s’imposent donc pour aider les survivants à faire le deuil des crimes déstabilisants vécus. Pourquoi la RDC, qui sert de terrain de jeux meurtriers depuis des décennies aux Etats de la région, Rwanda en tête, échapperait-elle à cette règle ? Ceux qui recourent aux criminels étrangers pour accéder aux richesses congolaises devraient aussi réaliser que cette extraversion, par la violence qu’elle véhicule, ne fait qu’hypothéquer leurs intérêts et ne rassure pas sur le long terme. Pacifiques et ouverts à la mondialisation, les Congolais sont bien loin de constituer des obstacles à l’exploitation des richesses que recèle leur pays. Ils en sont même la véritable assurance dans le temps et peuvent jouer divers rôles régénérateurs et plus constants dans les affaires locales.

 

Il est donc temps de rendre justice aux millions de Congolais tombés sur le sol de ce pays martyr. Si en 2010, après plusieurs années de tergiversation, le Rapport Mappingiii dressa la liste crédible des crimes et massacres commis en RDC. Il n’a jamais été exploité, n’a jamais produit les effets que l’on devrait logiquement en escompter. L’impunité reste de mise dans le pays et le Conseil de sécurité des Nations unies ne se mobilise pas pour pallier le manque d’initiative des États indexés dans le rapport Mapping. Ainsi que l’a martelé Mme Nikki Haleyiv, le paradoxe de l’intervention onusienne au Congo atteint son paroxysme lorsque la communauté internationale aide un gouvernement qui massacre son peuple à s’enraciner. Dans le contexte actuel, où, depuis des lustres, l’état massacre sa propre population, seule la justice internationale peut établir la vérité et sanctionner les coupables en vue de créer une dynamique de respect des droits humains. Cela prendrait la forme d’un tribunal pénal international chargé de juger les crimes économiques et humains commis en RDC depuis 1996, année qui marque le début de l’invasion du pays et est considérée comme le point de départ du système actuel et de ses crimes.

 

Des crimes de génocide à l’urgence d’une force d’interposition

 

La partie centrale de la RDC est soumise à des massacres atroces à la suite de l’assassinat du chef Kamuina Nsapuv. Celui-ci avait refusé de s’allier à la mouvance présidentielle de M. Kabila. Ce qui a ouvert un cycle de violence dans lequel des Congolais périssent en masse ; plus de quarante fosses communes dans le seul village de Tshimbulu. En passe de faire la lumière sur ces abominables atrocités, des experts de l’ONU, dont Zaida Catalan et Michael Sharp ainsi que leurs guides, ont été sauvagement exécutés. Lors de son rapport du 19 avril 2017 sur les violences dans cette région, le Haut-commissariat de l’ONU pour les Droits humains annonça avoir identifié 43 fosses communes dans la région de Tshimbulu et qualifiait d’horreur la situation régnante sur terrain. Rappelons qu’en 1998, certaines études avançaient déjà plus de huit millions de morts ; victimes de la guerre d’invasion rwando-ugandaise au Congo et des stratégies corrélatives visant à enraciner et pérenniser le régime d’occupation ainsi installé.

 

Dans la nuit du 18 au 19 mars 2015, la vigilance populaire avait fini par identifier et dévoiler des charniers humains en lisière d'un cimetière près de Maluku, un village à une vingtaine de kilomètres de Kinshasa. Après de véhémentes protestations, le gouvernement avait fini par reconnaître partiellement la vérité. Il évoqua alors une spéciale inhumation pour désengorger les hôpitaux des corps d'indigents dont les familles n'avaient pas les moyens de financer les funérailles, de cadavres non identifiées ou des bébés mort-nés. Une version des faits qui n’eut aucun crédit auprès des autres observateurs ; notamment auprès des experts de l’ONU et auprès des associations des défenseurs des droits de l'homme. Du reste, plusieurs familles, dont les proches avaient disparu pendant les manifestations de janvier 2015 ainsi qu’au cours de l'opération de police dénommée « Likofi », trouvèrent enfin une plausible explication et décidèrent de porter plainte contre l’Etat. Jusqu’aujourd’hui, ils continuent à exiger, en vain, que la justice soit faite. Il en est de même avec les massacres récurrents des civils au Nord Kivu ; ils n’ont jamais fait l’objet d’enquête indépendante sérieuse ; malgré les moult pressions exercées.

 

Echec, aux corrélats imprévisibles, de l’influence occidentale en Afrique !

 

Au lendemain de la publication du rapport du HCDH susmentionné, soit le 20 avril 2017, le Bureau de Coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) rapportait que le nombre des déplacés avait franchi la barre d’un million dans cette partie centrale du pays. Dans l’ensemble, le nombre de déplacés internes en RDC dépasse désormais l’effroyable nombre de 3 millions de personnes contraintes à l’errance et à la famine dans leur propre pays juste pour assurer le maintien au pouvoir d’un homme. Outre les besoins humanitaires, relatifs au contexte des déplacés, l’insécurité et l’instabilité vont exponentiellement accroître dans les régions d’accueil. Tout ce désordre et toute cette barbarie en RDC se conjuguent aux horreurs burundaises et rwandaises pour démontrer la responsabilité et, surtout, l’échec de l’influence occidentale en Afrique et, corrélativement, risque d’une effroyable implosion de toute la région.

 

A grands maux, de grands remèdes !

 

Vis-à-vis des Africains et, des Congolais plus particulièrement, l’UE peut se racheter et, avec elle, cette communauté internationale à dessein organisée autour de l’ONU sous la férule de l’Occident. Leur apport peut d’abord revêtir un aspect humanitaire. A cet effet, la réponse humanitaire appropriée comporterait l’assistance en biens et services aux familles endeuillées et aux déplacés ainsi que des enquêtes indépendantes pour déterminer des responsabilités dans les massacres, assassinats ciblés des défenseurs des droits de l’homme et des enquêteurs de l’ONU. Mais, l’urgence absolue, consisterait à stopper l’extermination ethnique en cours dans plusieurs coins du Congo. A maintes reprises et par de vénérables résolutions, l’ONU s’est engagée à éradiquer ces horreurs indicibles ; le génocide se poursuit néanmoins au Congo. 

 

Faisant suite au carnage de Srebrenica et se référant au chapitre VII de la Charte, la Résolution 1244 (1999) permit un déploiement militaire, sous les ordres de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), assez conséquent pour imposer la paix et remédier à la tragédie du Kosovo. Son émanation, l’opération KFOR, ne se contenta pas de mettre fin à la guerre. Grâce à une administration onusienne transitoire, elle reconstruisit la société kosovare disloquée, remit en place des institutions régaliennes, sortit l’économie de la ruine et recréa l’environnement propice à une gouvernance démocratique ; assurant ainsi la renaissance d'un peuple dont le droit à l'existence avait trop longtemps été nié. De la même manière et à l’instar de ce qui s’est fait et se poursuit actuellement en Afghanistan, une prise en compte appropriée du génocide en cours au Congo s’impose. Il serait impérieux et urgent que la Commission initie auprès du Conseil de Sécurité une résolution visant le rétablissement de la paix et la réhabilitation des institutions démocratiques. Le commandement de l’opération pourrait être confié à l’OTAN ou à l’EUFOR.

 

 

 

 

Sortir de l’épineuse crise actuelle de légitimité

 

Au moment où nous rédigeons ce mémorandum, la RDC vit dans un chaos juridique inouï et affligeant ; parce qu’aucune institution représentative de la volonté populaire ne jouit d’un mandat légitime, ni légal valable. Les sénateurs nationaux, députés et gouverneurs provinciaux sont hors mandat depuis 2012. Le mandat du chef de l’Etat a expiré depuis le 20 décembre 2016 et ceux des députés nationaux en février 2017. Les animateurs sortants de ces institutions se sont arrangés pour bloquer les élections destinées à les renouveler. Corrélativement, les juges des cours et tribunaux ainsi que les dirigeants de la Commission (CENI) sont asservis à M. Kabila et n’exécutent que ses volontés. C’est d'une révolution anesthésiante dont il est question ici, une oligarchie de copinage et une complicité généralisée dans la perversion : on tue, on corrompt, on vole et viole la Constitution de la République en vue de se maintenir au pouvoir sans autre projet, ni ambition. Personne n’a cure du droit et des exigences de la bonne gouvernance !

 

Face à cette médiocratie aux compulsions kleptomanes consternantes, les velléités du peuple à résister pour défendre la démocratie, la jouissance de ses droits fondamentaux, son bien-être, l’intégrité de son territoire et son droit à se choisir ses dirigeants, sont évidentes. Ainsi, il n’a cessé d’organiser des manifestations de protestation contre la classe politique. Et en réponse, M. Kabila et ses alliés réagissent toujours par la répression ; illustrant par là leur ferme volonté de ne régner que par défi. En Janvier 2015, lors de leur tentative de violer la Constitution en voulant imposer une loi électorale, qui octroierait à M. Kabila de pouvoir briguer un 3ème mandat, la population a protesté. En septembre 2016, elle a lancé un avertissement contre la prolongation de fait du mandat présidentiel hors des limites constitutionnelles. Dans ces cas, comme dans tous les autres, le pouvoir en place a répondu en tuant des manifestants en nombre effarant. En même temps que le pouvoir se sert des services armés, la CENI alimente les conjectures sur les difficultés à organiser des élections dans les délais impartis par la Constitution en vigueur.

 

Observons que les dirigeants de la CENI, coptés selon le système de copinage, sont très bavards quand il est question d’expliquer l’impossibilité d’organiser les élections dans le cadre légal actuel et deviennent aphones lorsqu’on évoque le détournement des fonds destinés à financer la tenue de ces élections. Corrélativement, les procureurs et juges des cours et tribunaux n’entreprennent aucune action pour sanctionner les auteurs des crimes ou pour établir la justice nécessaire au bon fonctionnement d’un état de droit. Grisés par le pouvoir et obsédés par l’enrichissement à tous les niveaux, les dirigeants congolais actuels ne sont pas que « de facto » et « de jure » illégaux et illégitimes ; ils sont également d’égoïstes prévaricateurs. Ils affichent leur volonté d’empêcher le retour à la légalité et à l’exercice d’un pouvoir légitime. On ne peut pas compter sur leur bonne foi, ni les associer à la recherche des solutions ; ils sont le problème.

 

Leur mauvaise foi et l’entêtement à défier la volonté populaire et les droits des citoyens se sont récemment illustrés quand il s’agissait de s’accorder sur les modalités de mise en œuvre de l’accord qu’ils ont signé avec l’opposition grâce à la médiation des évêques membres de la Conférence Episcopale Nationale Congolaise, CENCO. En effet l’Accord du 31 décembre 2016 ou Accord de la Saint-Sylvestre partait de deux a priori, à savoir primo, compter sur la bonne foi et de sens de responsabilité des politiciens congolais face aux souffrances du peuple ; secundo, que le politicien congolais avait un minimum d’élégance à respecter sa parole donnée, sa signature et la volonté de son peuple. Sur ces bases, les évêques étaient parvenus à un texte qui servirait de base à la gestion consensuelle du pays pendant la période pré-électorale, soit de décembre 2016 à décembre 2017. Eux aussi déchantent aujourd’hui.

 

Car, lorsqu’il a fallu définir les modalités de sa mise en application de l’accord, les évêques ont été surpris et choqués par l’absence perverse de bonne volonté et le cynisme caractérisé des politiciens. Ils ont été contraints à lâcher prise et à s’éclipser. Les négociations de dernière chance se sont aussi soldées sur un constat d’échec. Mais, M. Kabila a profité de l’Accord de la Saint-Sylvestre pour se requinquer et a repris sa politique de mépris de tout le monde, de son peuple, de la communauté internationale, du droit et du bon sens. C’est dans cet esprit de défiance totale qu’il a falsifié l’avenant à l’Accord de la Saint-Sylvestre, « Arrangement particulier ». De manière infâme, il l’a fait signer le 27 avril dernier par ses partisans et nouveaux collabos ; en violation de l’Accord lui-même. Il a rompu la base de sa nouvelle légitimité. Dès lors, le gouvernement Kabila ne peut plus engager l’Etat congolais. Il n’en a plus de légitimité.

 

Réagir à la corruption généralisée et à la faillite de l’économie

 

Sur le plan économique et social, la responsabilité criminelle du régime dans la faillite de l’Etat est criante et odieuse. Le budget de l’état a baissé de 9 milliards USD en 2015 à 6 milliards en 2016 et 4.5 milliards pour l’exercice 2017. Soit plus ou moins l’équivalent du budget de la région de Bruxelles-Capitale (EUR 4.5 milliards, avec roe €/$ : 1.06). Ainsi, le plus grand pays d’Afrique francophone (80 Millions d’habitants sur un territoire de 2 345 410 km²) a un budget équivalent à une région de 1.1 millions d’habitants résidant sur 161.2 km². L’inflation avoisine 2 000 % et les opérateurs économiques manquent de devises alors que l’économie est particulièrement dollarisée. La croissance, qui était de 7,7 % en moyenne entre 2010 et 2015, s’est effondrée ; n’atteignant plus que 2,5 % en 2016, selon la Banque centrale du Congo. Le taux de chômage est de 46% et le taux de pauvreté s’élève à plus de 63% ; selon l’agence gouvernementale ANAPI (https://www.investindrc.cd/fr/generalites-sur-la-rdc/environnement-economique-des-investissements/situation-economique-et-sociale-de-la-rdc).

 

En miroir d’une économie apocalyptique, des enquêtes concordantes révèlent le détournement et l’accaparement des fonds publics par la famille biologique et politique de M. Kabila - cfr. Enquêtes Bloomberg (http://congoresearchgroup.org/bloomberg-news-avec-la-fortune-de-sa-famille-en-jeu-le-president-kabila-campe-sur-ses-positions) ou encore le Journal le soir sur les « malversations et des détournements de fonds commis par d’ éminents membres de la « galaxie Kabila », des membres de la famille ou des proches du chef de l’Etat, jusqu’à présent considérés comme intouchables » (http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2016/10/29/un-banquier-de-kinshasa-devoile-le-pot-aux-roses). Tout récemment, l'agence de presse Reuters a révélé l’histoire des passeports (http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/13/rdc-la-piste-du-scandale-des-passeports-biometriques-mene-au-clan-kabila_5110933_3212.html).

 

Tous les moyens sont bons pour se maintenir au pouvoir !

 

A la lumière de ce qui précède, force est de relever que la crise congolaise est entretenue machiavéliquement par un groupe d’usurpateurs ; dont les plus puissants sont les seuls membres de la famille biologique de M. Kabila ou considérés comme tel. A ces auteurs impénitents de la tragédie congolaise, s’ajouter des alliés, des étrangers en grande majorité, qui assassinent sans état d’âme pour accéder aux ressources du pays. Plusieurs ont été identifiés dans des rapports divers ; notamment dans le projet Mapping. Mais, personne ne les inquiète. Ils constituent pourtant des réseaux qui, en plus d’être associés aux crimes, empêchent l’avènement d’un gouvernement ; qui donnerait la priorité à la paix interne, à la sécurité internationale, à la démocratisation et au bien-être des Congolais. Comme dans tous les réseaux maffieux, le chef Kabila contrôle ses propres intérêts et se met au service du clan ; de sorte que tous les acteurs du réseau y trouvent leurs comptes. Dans ce genre de labyrinthe, il y a des membres influents par leurs actions déterminantes. D’autres offrent leurs services par zèle en se contentant des miettes. Le cas de M. Mende illustre cette dernière catégorie. Ce qui n’en fait pas un acteur inoffensif. M. Kabila et son clan ne peuvent pas œuvrer pour l’avènement d’une gouvernance civilisée au Congo. Tout gouvernement, ayant en son sein des acteurs de cet acabit, ne peut qu’être soit paralysé, soit détourné de sa mission, pour ne servir que les intérêts maffieux.

 

C’est pourquoi il est temps de lever l’équivoque quant à l’alibi, qu’invoque souvent cette kleptocratie pour ne pas organiser les élections dans les délais impartis ; à savoir : l’insuffisance de moyens financiers. Eu regard à l’état dans lequel ils ont plongé les finances congolaises, la justification ne manque pas de cohérence. Mais l’argument pèche par l’immoralité et tourne vite court. En effet, on s’imagine qu’une infime portion des fonds, détournés par le mafieux clan de M. Kabila et en déshérence ailleurs, suffirait pour financer 3 à 5 cycles électoraux au Congo ! Aussi, plutôt que de ponctionner leurs budgets de coopération internationale pour aider le Congo, les gouvernements occidentaux seraient bien inspirés de saisir ces fonds spoliés et de les rétrocéder via les projets humanitaires et d’appui à la bonne gouvernance en RDC.

 

Nos principales doléances !

 

Madame la Vice-Présidente et Haute Représentante de l'UE chargée des affaires étrangères,

 

Constituée des Belges, Français, Hollandais, Allemands, Luxembourgeois et autres Italiens d’origine congolaise, la CCE, auteure du présent mémorandum, n’est pas un parti politique. Elle n’aspire nullement à le devenir. Si faire la politique implique la participation à des élections pour avoir en son sein des députés, des sénateurs ou des ministres, la CCE ne fera pas de politique. Mais si la politique consiste dans l’expression de la volonté de représenter ses membres dans le débat politique et de faire respecter les aspirations citoyennes des Congolais, la CCE fera alors de la politique en participant activement aux mouvements visant l’équité, la justice et la dignité du peuple congolais, conformément à la Charte des Nations-Unies et au traité de l’Union européenne (UE). Elle a d’ailleurs fait du salut du peuple congolais, où qu’il soit, la deuxième essence de sa raison d’être, l’une de ses suprêmes ambitions et le but de sa présente mobilisation.

 

Relevant de la société civile et militant en faveur de l’avènement de la démocratie au Congo, la CCE veut participer au vent de démocratie qui, comme à l’époque de la Chute du Mur de Berlin ou à l’instar du Printemps arabe, souffle sur l’Afrique. Cette fois, les aspirations africaines sont d’autant plus profondes et déterminées qu’elles viennent d’en bas, et non décrétées d’en haut de manière paternaliste. Décelant ici les signes d’un profond changement, irréversible, à même d’en entraîner d’autres, la CCE invite la Commission à appliquer la Charte européenne des droits fondamentaux, qu’elle est censée promouvoir, en répondant, par des actions concrètes, à l’appel de détresse du peuple congolais en danger et en le soutenant dans ses aspirations à la démocratie. De telles actions concrètes peuvent être de divers ordres ; dont, notamment :

 

Primo

 

A ’instar de la tardive Résolution 1244 face au massacre des civils bosniaques musulmans à Srebrenica et conformément au chapitre VII de la Charte de l’ONU, la CCE aimerait voir l’UE initier, au niveau du Conseil de Sécurité de l’ONU, une résolution en faveur d’un mandat spécial d’imposition de la paix en RDC pour stopper, au plus vite, l’extermination ethnique actuellement en cours dans plusieurs coins du pays, notamment au Kasaï, dans le Kivu et au Bas-Congo ;

 

Secundo

 

Face à l’afflux intarissable des personnes brutalement rejetées dans la nature par les violences, qui affectent plusieurs provinces du pays et généré des besoins dépassant les capacités de réponse de l’aide humanitaire sur le terrain, la CCE en appelle à une aide d’urgence pour sauver les rescapés, dont la grande majorité est constituée des femmes, des mineurs et des vieillards ;

 

Tertio

 

Tant que l’illégitimité y règne à tous les niveaux des instances de l’Etat, la CCE demande à l’UE de suspendre, à titre conservatoire, la coopération bilatérale avec la RDC, à l’exception des programmes, qui bénéficient directement aux populations civiles et de ceux qui peuvent concourir au rétablissement de la démocratie. Corrélativement, la CCE aimerait voir la Commission reconnaître et coopérer, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, avec les nouvelles forces politiques fiables émergeantes dans l’espace politique congolais ;

 

Quarto

 

A la manière de l'Administration centrale tibétaine, la CCE appelle à la promotion et à la reconnaissance d’un gouvernement congolais en exil à même de créer le nouveau pôle de légitimité et de s’appuyer sur les chancelleries des partenaires du Congo et sur les institutions internationales pour réorganiser l’Etat et les institutions démocratiques fiables en RDC ;

 

Quinto

 

Face à des institutions disqualifiées par la prévarication caractérisée et désormais toutes dans l’illégitimité et l’illégalité, la CCE invite l’UE à suspendre, aussi à titre conservatoire, l’octroi des visas à leurs animateurs et à réduire des contacts intergouvernementaux au strict minimum ;

 

Sexto

 

A titre conservatoire, la CCE aimerait voir l’UE s’abstenir de soutenir les candidatures congolaises à des postes électifs au sein des organisations internationales, d’accréditer des délégations de la RDC aux manifestations ou conférences internationales se déroulant dans sa juridiction et de soutenir l’organisation des manifestations ou conférences internationales sur le sol congolais ;

 

Septimo

 

Face à un climat politique vivement tendu, sachant qu’il s’amplifiera tant que les animateurs des institutions publiques n’acceptent pas d’alternance à l’expiration de leurs mandats, la CCE voudrait voir l’UE plaider en faveur du renforcement du mandat de la Brigade d'Intervention de la MONUSCO et sa prolongation, tout au moins, jusqu’au terme définitif du processus électoral. Bien sûr, une stratégie de retrait de la MONUSCO s’impose dans l’avenir. Celle-ci devrait alors se concevoir de manière graduelle, décroissante et s’appuyer sur des critères précis ; tels que des garanties de sécurité, de mise en place des institutions régaliennes notamment politiques, policières, militaires et judiciaires démocratiques, indépendantes, fiables, efficaces, respectueuses des droits de l’homme et, surtout, bien à la hauteur de l’ampleur de la situation ;

 

Octavo

 

Conformément à l'initiative du Parlement européen lancée en 1994, Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l'homme (IEDDH), regroupant les lignes budgétaires destinées à promouvoir les droits de l'homme, la démocratisation et la prévention des conflits, la CCE sollicite les subsides de l’UE pour le financement de ses initiatives relatives à la démocratie, aux droits de l’Homme, à l’Etat de droit et à la promotion de la bonne gouvernance en RDC ;

 

Nono

 

L'IEDDH présentant une valeur ajoutée par rapport aux autres instruments d’action européenne, notamment dans le cadre du mécanisme de réaction rapide (MRR), et en ce qu'elle peut être mise en œuvre avec différents partenaires, des ONG notamment, la CCE s’y réfère pour solliciter les bons offices de la Commission afin qu’elle appuie ses démarches en quête de partenariat et de parrainage auprès des Etats membres et des institutions internationales spécialisées.

 

Fait à Bruxelles, le samedi 20 mai 2017

 

Au nom de la Convention des Congolais de l’étranger (CCE),

 

 

Secrétaire général adjoint                                                   la Présidente
Lwakale Mubengay Bafwa                                          Séverine Tshimini Mbuyi

 

P.S. Ci-après, quelques liens en rapport avec le sujet :

http://www.radiookapi.net/2017/03/31/actualite/securite/les-fosses-communes-passent-de-7-23-au-kasai-selon- lonu#sthash.lEFMVCB4.dpuf

http://www.radiookapi.net/2017/03/31/actualite/securite/violences-au-kasai-leglise-catholique-demande-aux- autorites-de-mettre

 

i écrivain, journaliste et homme politique britannique d'origine française, il est connu pour sa lutte contre les sévices infligés aux Congolais au temps de l'État indépendant du Congo.

 

ii Née le 1er mars 1904, Congo Reform Association avait pour but d'exposer les abus et les exactions commises par les fonctionnaires publics de l'Etat indépendant du Congo sous l’autorité du Roi Léopold II de Belgique.

 

iii Initié suite à la découverte des charniers humains de grande ampleur dans l’est de la RDC à la fin de l’année 2005, il relate les violations des droits de l’homme commises dans ce pays de 1993 à 2003.

 

iv Ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique aux Nations-Unies.

 

v Chef traditionnel de Bajila Kasanga, dans la région de Tshimbulu, province du Kasaï Central.