Kabila malmène la mémoire d'Etienne Tshisikedi

de nouvelles preuves accablent Joseph Kabila en RDC

Paris Match| Publié le 11/05/2017 à 16h04 |Mis à jour le 12/05/2017 à 10h46

Le président de la RDC malmène la mémoire de Etienne Tshisikedi (au centre), barre la route à son successeur Felix Tshisikedi (à gche) et intente des faux procès à Moïse Katumbi (à dte)

Le président de la RDC malmène la mémoire de Etienne Tshisikedi (au centre), barre la route à son successeur Felix Tshisikedi (à gche) et intente des faux procès à Moïse Katumbi (à dte)Reuters / Tiksa Nejeri / Mike Hutchings / SIPA / Sara Lima

Alors que le clan Kabila empêche la famille d’Etienne Tshisekedi de rapatrier sa dépouille, de nouvelles preuves confirment l’acharnement contre Moïse Katumbi, autre figure de l'opposition en république démocratique du Congo.

Ce devait être une journée historique pour les militants de l’UDPS et pour la famille d’Etienne Tshisekedi, figure historique de l’opposition congolaise (RDC) décédé le 1er février 2017 à Bruxelles. "Nous avons travaillé en étroite collaboration avec la famille du défunt pour le rapatriement du corps", nous explique Jean-Marc Kabund. Joint au téléphone ce jeudi 11 mai, le secrétaire général de l’UDPS ne cache pas son "désarroi". Il accuse le pouvoir d’avoir monter de toute pièce une fausse agression contre les policiers qui montent la garde devant le siège du parti d’opposition dans le nuit du 8 au 9 mai pour justifier la fermeture des locaux et faire interdire le rapatriement de la dépouille de l'ancien leader.

 
Un officier de sécurité à côté de la dépouille du leader de l'opposition Etienne Tshisekedi pendant la cérémonie d'hommages, Bruxelles le 5 février 2017
Un officier de sécurité à côté de la dépouille du leader de l'opposition Etienne Tshisekedi pendant la cérémonie d'hommages, Bruxelles le 5 février 2017© REUTERS/Francois Lenoir
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 "La vérité est simple : ils ne veulent pas voir le corps d'Etienne Tshisekedi à Kinshasa", poursuit le secrétaire général du parti, aujourd’hui dirigé par Felix Tshisekedi le fils du défunt et successeur. "Ces gens sont animés par la haine et la peur", martèle Jean-Marc Kabund. Les autorités ont de bonnes raisons de craindre que l’enterrement à Kinshasa du Leader historique de l'opposition ne provoque de nouvelles manifestations, à l’image de celles qui ont agité le pays le 19 septembre et le 19 décembre dernier. "Ce sont eux qui ont violé l’accord, eux qui ont frustré le peuple, et le peuple, on ne peut pas le contrôler facilement", reconnaît Jean-Marc Kabund qui dément cependant toute volonté d’instrumentaliser l’enterrement du chef de l’UDPS. "Nous avons un profond respect pour Etienne Tshisekedi, nous n’allons provoquer aucune situation qui pourrait aller à l’encontre de notre seule volonté qui est d’honorer sa mémoire."  

Le chef des services de renseignement ordonne une enquête fiscale sur toutes les sociétés de l'opposant

La note interne demande aux ministres du gouvernement fraichement nommé
 d'enquêter sur la situation fiscale de toutes les entreprises liées à l'opposant Moïse Katumbi

Dans des documents confidentiels que Paris Match s’est procuré en exclusivité, apparait une autre preuve de la volonté du pouvoir de malmener l’opposition. Autre figure politique, l’homme d’affaires Moïse Katumbi a été désigné candidat aux prochaines élections présidentielles par le G7, une plateforme réunissant sept partis issus de la majorité présidentielle. Selon une note interne datée du 2 avril 2017, Kalev Mutond, chef de l’Agence nationale de renseignement (ANR) a ordonné aux ministres du gouvernement d’enquêter sur la situation fiscale de toutes les entreprises liées de près ou de loin à M. Katumbi. Parmi elles, figure la célèbre Mining Company of Katanga, dont le riche homme d’affaires avait démissionné après son élection au poste de gouverneur de la province du Katanga en 2007, avant de la vendre au groupe français Necotrans en 2015.

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Ex allié de Kabila, passé à l’opposition depuis septembre, Moïse Katumbi a été condamné à trois ans de prison pour le recrutement de mercenaires américains et la spoliation d’un immeuble appartenant à un citoyen grec. Jean-Claude Muyambo, l’ancien bâtonnier du barreau de Lubumbashi a été condamné à cinq ans pour escroquerie sur l’opération concernant le même immeuble. Lui aussi avait rejoint l’opposition peu de temps avant son procès. Tous deux dénoncent “des règlements de compte purement politiques”. Alors que Muyambo est actuellement emprisonné, Katumbi lui vit en exil à Bruxelles d’où il continue ses appels à la résistance congolaise contre “la dictature Kabila”.  

 Félix Tshisekedi a rejoint Jean-Marc Kabund toujours bloqués au siège de l'UDPS… http://politico.cd/encontinu/2017 

 

Après avoir joué les intermédiaires entre le pouvoir et l’opposition afin de sceller un accord destiné à permettre l’organisation d’élections d’ici la fin de l’année, la conférence des évêques de RDC (CENCO) a publié un rapport. Communiqué à la présidence congolaise, le document accuse l’”acharnement factuel et judiciaire sur les personnes de Moise Katumbi et Jean-Claude Muyambo”. Concluant que ces deux procès “ ne sont que des mascarades”, la mission épiscopale “plaide pour la remise en liberté immédiate de Muyambo” et le “retrait du mandat de prise de corps en faveur de Katumbi et son retour en homme libre” au pays. Balayées d’un revers de main par Lambert Mende, porte parole du gouvernement, les propositions de la conférence des évêques restent pour l’instant lettre morte et la situation congolaise est loin de s’arranger.

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Depuis le 20 décembre 2016, Joseph Kabila refuse de lâcher le pouvoir, comme le prévoit la Constitution après deux mandats. L’ accord de la Saint Sylvestre qu’il a signé avec l’opposition sous la médiation de la CENCO, prévoyait son maintien à la présidence pendant un an avec la nomination d’un gouvernement mené par l’opposition. Jusque là, l’accord n’a pas été appliqué. Ces nouveaux rebondissements risquent d’éloigner encore le retour au calme dans le pays et le respect de l’échéance électorale de plus en plus hypothétique. Depuis la réélection contestée de Kabila en 2011, la RDC traverse une crise politique et un chaos sécuritaire qui a déjà fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Il y a un mois deux observateurs de l’ONU ont été retrouvés morts quelques jours après leur enlèvement, alors qu’ils enquêtaient sur l’origine des violences dans le Kasaï central, suite à la découverte de dizaines de charniers pour lesquels Kinshasa et les groupes armés de la région se renvoient toujours la responsabilité.