Face au paroxysme de la crise congolaise, la diaspora interpelle la CENCO

MEMORANDUM

ADRESSE A LA CONFERENCE EPISCOPALE NATIONALE DU CONGO (CENCO)

 

A l’attention du Président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO)

Son Excellence Monseigneur Marcel UTEMBI TAPA

Archevêque de Kisangani

 

Avenue Mont Virunga 59

Commune de la Gombe

B.P. 3258 KINSHASA/Gombe

R.D. Congo

Tél. : 00243 (0) 998 24 86 99

Email : cenco2009@yahoo.fr

http://www.cenco.cd

SOMMAIRE

 

0. INTRODUCTION………………………………………………………………………………    1

I. CE QUE NOUS SOMMES………………………………………...…………………………    3

II. LE SENS DE NOTRE DEMARCHE ASSOCIATIVE………………………………….    5

III. NOTRE LECTURE DE L’IMPASSE ELECTORALE ACTUELLE……………...…    7

IV. CE QUE NOUS VOUS DEMANDONS POUR SURMONTER CETTE IMPASSE 14

V. CONCLUSION…………………………………….                                                                          20

 

 

0. Introduction

 

« Ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo,

c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance

en une cage d’où l’on nous regarde de dehors, tantôt avec cette

compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera

inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi-même que tôt ou tard

mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs,

qu’il se lèvera comme un seul homme ».

 

Patrice-Emery Lumumba, Dernière lettre à sa femme.

« Ce que nous redoutons le plus, ce n’est pas d’être confronté

à notre médiocrité ou à nos insuffisances. Notre crainte la plus

profonde, c’est au contraire de mesurer toute l’étendue de notre

puissance. C’est notre lumière, et non notre obscurité qui nous

fait peur ».

 

Nelson Mandela, ancien président d’Afrique du Sud,

dans son discours d’inauguration (1994).

 

 

Monseigneur,

 

1. Interpellés par la situation politique actuelle du Congo, l’honneur nous échoit, nous fils et filles du pays vivant à l’étranger, de nous adresser à vous en ce jour, et, à travers vous, à tous Nosseigneurs membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), en votre qualité d’organisateurs de la mission de bons offices qui a permis ce que nous appelons désormais, dans notre pays, le Dialogue II, entre la Mouvance présidentielle, l’Opposition politique et la Société civile, pour chercher les voies et moyens de sortir le Congo de l’impasse électorale où il se trouve plongé à cause de l’irresponsabilité des uns et des autres.

 

Pour commencer, nous tenons à vous remercier sincèrement, au nom de la diaspora et du peuple congolais dans son ensemble, d’avoir accepté cette mission à la fois difficile et délicate dans l’intérêt de la nation tout entière, grâce à votre sens aigu du devoir en tant que pasteurs et citoyens. C’est avec le cœur plein de reconnaissance que nous saluons non seulement la générosité de votre geste, mais aussi le courage, l’abnégation, la patience, le doigté et surtout la détermination vous ayant permis, contre vents et marées, de conduire les négociations d’un coup de maître jusqu’à la signature de l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016 au Centre interdiocésain de Kinshasa. Notre reconnaissance à l’égard de la CENCO est d’autant plus grande que, comme pasteurs et fils du Congo, vous n’avez jamais cessé de manifester votre présence dans tous les tourments politiques que notre pays a connus depuis son indépendance, en indiquant les « chemins de libération », pour reprendre une expression chère à l’ancien Archevêque de Kananga, feu Monseigneur Martin-Léonard Bakole wa Ilunga. Pour nous croyants, cet engagement de votre part nous paraît parfaitement conforme à l’Evangile et à l’esprit même du Concile œcuménique Vatican II, particulièrement dans sa Constitution pastorale Gaudium et Spes.

 

En vous écrivant, nous voulons avant tout nous présenter à vous d’une manière on ne peut plus officielle, pour vous faire connaître notre projet associatif, comme il avait été convenu le 1er février 2017, lors de la brève audience informelle que vous nous aviez accordée à l’improviste pendant votre récent voyage helvétique, lorsque nous nous étions rendus à l’hôtel où vous étiez logés pour vous présenter nos civilités. Par la même occasion, notre geste consiste surtout aussi, à notre sens, à accomplir un impérieux devoir citoyen : partager avec vous notre lecture de l’impasse électorale actuelle dans notre pays et des voies et moyens qui nous semblent convenir pour y remédier, en souhaitant que cet échange d’idées puisse contribuer un tant soit peu à l’efficacité de la difficile mission que vous avez daigné rendre à notre pays en cette période si tourmentée de son histoire.

 

Nous sommes des Congolais soucieux de voir notre pays aller de l’avant et occuper la place qui lui revient dans le concert des nations en ce XXIe siècle. C’est pourquoi nous prenons très au sérieux votre mission, parce que nous considérons qu’en votre qualité de pasteur, vous êtes pour nous comme « la conscience vivante du peuple congolais », appelée à tirer la sonnette d’alarme chaque fois que c’est nécessaire, dans les tâtonnements que connaît le pays dans sa démarche organisationnelle empêchant de construire au Congo un Etat digne de ce nom, seul capable de préparer pour ses fils et ses filles un destin radieux.

 

Dans ces conditions, le procédé qui nous a semblé bon pour ce contact officiel avec vous est de vous écrire ce mémorandum. Nous ne nourrissons aucune arrière-pensée politique, seul le sentiment patriotique d’un devoir à accomplir nous anime. Nous avons simplement la conviction que le regard comparatif des choses dont nous sommes pourvus, fruit de notre expérience de vie à l’extérieur du pays, dans la mesure où ce regard nous a nous-mêmes enrichis au contact d’autres communautés, est un atout à partager ; il peut et doit être mis à contribution dans l’effort commun de recherche de solutions aux problèmes de notre pays.Car, en tant que citoyens congolais, nous sommes bien conscients malgré tout que nous serons tous les uns et les autres comptables devant l’Histoire, vous et nous, chacun en notre qualité et responsabilité respectives, de ce que nous aurons fait ou pas de notre pays et de l’héritage que nous aurons légué aux générations futures.

 

I. Ce que nous sommes : PRESENTATION DE LA CONVENTION DES CONGOLAIS DE L’ETRANGER

 

« Connais-toi toi-même et laisse la nature aux dieux ».

 

Platon

 

Monseigneur,

 

2. Nous, membres de la diaspora congolaise internationale, c’est-à-dire celle dispersée à travers les 5 continents, sommes regroupés depuis fin 2014 au sein d’un collectif associatif dénommé « Convention des Congolais de l’Étranger », aux fins de réfléchir et d’agir ensemble à la fois pour mieux organiser notre vie diasporique dans les différents pays respectifs où nous sommes domiciliés, d’une part, et, d’autre part, pour mieux structurer notre solidarité envers la Mère-patrie : le Congo. Tout au long de notre démarche, nous nous sommes posé la question suivante, la seule qui compte à nos yeux : si nous ne nous prenons pas nous-mêmes en charge comme communauté, qui le fera à notre place ? Si nous ne nous rendons pas maîtres de notre destin, qu’adviendra-t-il de l’avenir de nos enfants, quel sera leur sort ? Nous ne voulons pas « subir » notre présent et notre avenir ; nous avons consciemment choisi d’en être les maîtres, les acteurs responsables, maintenant et pour l’éternité.

 

A ce titre, vous l’avez compris, nous ne sommes ni un parti politique ni une plate-forme des partis politiques quelconques. Nous nous considérons exclusivement comme le prolongement, à l’extérieur, de la Société civile congolaise au sein de laquelle nous entendons inscrire notre action. Qui dit « société civile » dit une communauté citoyenne apolitique, au sens technique que la politologie confère à ce terme, à savoir une communauté dont l’action, en tant que telle, n’est pas inspirée par des objectifs s’inscrivant dans les mécanismes du jeu partisan de la recherche d’acquisition du pouvoir, de son exercice et de sa conservation. Ce qui ne veut pas dire que les membres de la société civile, en leur qualité de citoyens, manquent d’opinions politiques et soient capables de les exprimer dans les forums qui conviennent à cet effet.

 

Aussi notre regroupement regorge-t-il, dans ce sens, de membres de toutes les tendances partisanes représentatives de l’échiquier politique congolais. Il rassemble aussi simplement des personnes mues par les préoccupations pratiques de la vie quotidienne, sans étiquette politique, philosophique ou religieuse quelconque affichée. Il rassemble enfin des gens que la politique du Congo, toujours décevante, n’intéresse guère pour plusieurs raisons liées à cette déception même (par exemple des gens attentifs au danger que représente cette activité pour ceux qui s’y livrent, en ce qui concerne leur sécurité physique personnelle ou celle de leurs proches ; des gens ayant simplement perdu confiance dans la politique en tant que telle, c’est-à-dire comme instance régulatrice censée assumer dans la société une noble mission de recherche du bien commun ; des gens mus par le défaitisme dû au sentiment qu’il s’agit de toute manière, au Congo, dans l’état actuel des choses, d’une activité immorale, qui ne peut pas conduire au développement du Congo, à la prospérité, à la justice sociale pour tous ; etc.).

 

Sans vouloir forcément faire ici – parce que ce n’est ni le temps ni le lieu – de la sociologie politique du Congo, nous nous contenterons de souligner que la désaffection à l’égard de la politique est un sentiment partagé par une faction importante de notre diaspora ; comme c’est d’ailleurs aussi le cas au sein de la population vivant au pays. Cette méfiance que provoque la perception de la chose publique congolaise chez nombre de compatriotes vivant à l’étranger, a étendu le soupçon à d’autres dimensions de notre vie communautaire ; ce qui ne nous facilite pas la tâche. Parce que les Congolais, dans leur méfiance généralisée entre eux-mêmes partout où ils se trouvent, jugent toujours, à tort, que toute tentative initiée pour les rassembler, comporte des visées politiques cachées ! Mais qu’à cela ne tienne, l’un des buts poursuivis par la Convention des Congolais de l’Étranger consiste à œuvrer à la création des conditions de vie communautaire qui ramèneront peu à peu la confiance entre nous, tant il est vrai que la confiance constitue, qu’on le veuille ou non, la condition sine qua non de la survie même de toute communauté et de tout projet collectif.

 

II. Le sens de notre démarche ASSOCIATIVE

 

« Il faut agir en homme de pensée

et penser en homme d’action ».

 

Henri Bergson

 

Monseigneur,

 

3. Composée d’hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions socioprofessionnelles mus par la fibre patriotique, par le sentiment de partage du même destin national, du même héritage socioculturel et historique, la Convention des Congolais de l’Étranger s’est assigné la mission de réunir en son sein les compétences nécessaires à la constitution d’un grand lobby, à l’instar de ce qui existe dans d’autres diasporas, capable de défendre les intérêts du Congo partout où les enjeux de son destin se jouent, particulièrement dans les forums internationaux. Ceci explique pourquoi nous avons établi son siège social à Genève, 2ème ville internationale en tant que siège des institutions onusiennes ; mais concentrant, bien avant New York, les 2/3 des activités de la vie internationale. C’est vous dire que nous ne voyons pas de contradiction – à moins de nous prouver le contraire – entre notre apolitisme annoncé et la défense patriotique des intérêts de notre pays que nous prônons.

 

En unissant nos forces au sein de la Convention des Congolais de l’Étranger, nous avons signé le pacte d’œuvrer ensemble pour réhabiliter l’image de notre pays à l’extérieur ; image écornée depuis belle lurette par la trajectoire historique tragique du Congo dès son accession à la souveraineté nationale et internationale, et même déjà bien avant. Pour nous, réhabiliter l’image du Congo consiste d’abord à être organisés de manière à rendre visible et à pérenniser, en tant que Congolais, partout où nous sommes domiciliés, notre héritage socioculturel commun, nos traditions séculaires, nos valeurs. Car nous avons le devoir, en tant qu’êtres humains, partout où nous vivons, de communier avec le monde dans un échange du « donner et du recevoir » ; comme aimait bien le dire l’ancien Président sénégalais Léopold-Sédar Senghor, en vue d’un enrichissement mutuel. Partout où nous vivons, nous Congolais, nous avons de ce que l’on appelle « intégration » une conception positive et dynamique, et non l’inverse ; c’est-à-dire que nous la concevons comme un processus social complexe impliquant l’interaction de plusieurs facteurs devant conduire nécessairement à la noble idée de « co-intégration », c’est-à-dire d’échange réciproque ou de co-pénétration de valeurs . Oui, toute intégration réussie est une co-intégration dans la mesure où la vie en osmose entre la communauté autochtone et la communauté immigrée apporte un plus à chacune des deux et, au final, transforme au mieux l’espace géographique de rencontre, devenu lieu de vie commun, grâce aux multiformes mécanismes sociaux mis en place pour rendre réel l’inévitable « processus du donner et du recevoir » ; dont nous venons de parler, inhérent à l’être humain dès que plusieurs cultures sont en contact.

 

Outre chez nous l’amour du Congo, la force qui anime notre ambition résulte de la longue fréquentation des communautés diasporiques d’autres pays comparables au nôtre, qui ont réussi à hisser ces derniers sinon au rang de pays économiquement émergents qui compteront en ce XXIe siècle, du moins à celui de ceux dont on peut dire aujourd’hui sans courir le risque de se tromper, que les bases de la constitution d’une classe moyenne, sur le plan social, y sont désormais solidement posées. A l’exemple de ces communautés, nous ambitionnons de contribuer de toute notre force à « faire entrer » véritablement le Congo dans le XXIe siècle. Car dans la vie, les bons exemples méritent d’être imités ; et il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour mieux faire. Cela vaut pour nous comme pour tous les humains. La flamme qui illumine notre action, nous la puisons aussi dans notre croyance, notre conviction en la mission quasi prophétique du Congo : un pays comme le nôtre, si gâté par la nature (en faune et flore, en ressources minérales, énergétiques, hydrauliques, halieutiques, sans oublier bien entendu en ressources humaines), situé au cœur du continent, avec une taille critique défendable, ne peut qu’être appelé à assumer un grand destin dans le concert des nations ; en dépit de pesanteurs innombrables, de multiples facteurs négatifs qui le tirent encore aujourd’hui malheureusement vers le bas. Franz Fanon n’a-t-il pas prophétisé que l’Afrique était comme un fusil dont la gâchette était au Congo ? Mais si le Congo est appelé à un avenir radieux, cet avenir ne nous est pas donné, nous devons ensemble l’accomplir, le conquérir, le construire progressivement par petites touches.

 

Notre ferme détermination repose enfin sur la profonde conviction née de notre commune expérience diasporique partagée : quels que soient les pays hôtes, nous sommes confrontés au racisme, à la xénophobie, aux discriminations de toutes sortes qui nous renvoient à nos origines, à notre couleur de peau, et nous confortent dans l’idée que seule notre union d’aujourd’hui autour de notre identité congolaise fera notre force de demain pour mieux organiser notre vie partout où nous sommes ; cette force de demain qui nous aidera aussi à contribuer à bâtir au Congo, avec toutes les autres forces vives nationales, « un pays plus beau qu’avant ». Nous ne sommes certes pas au monde la seule diaspora à subir l’injustice et la discrimination ; mais, pour nous Congolais, comme pour n’importe quelle communauté confrontée à l’hostilité dans un environnement social étranger, la solution idéale consiste à ne ménager aucun effort pour contribuer à faire du Congo, notre lieu de vie naturel, le « refuge » final pour nous, une « demeure » où il fait bon vivre pour tous ses fils et toutes ses filles. Car, c’est souvent à cause de mauvaises conditions de vie dans notre pays que de plus en plus des Congolais, surtout les jeunes, ne résistent pas à l’aventure de la recherche d’un eldorado à l’étranger.

 

Vivifier donc notre histoire nationale partagée, sauvegarder nos traditions, pérenniser nos valeurs, transmettre tout cet héritage de notre culture à nos enfants comme lien qui nous relie entre nous en tant que Congolais, communauté unie par le destin, quels que soient les pays où nous résidons ; redorer le blason du Congo ; nous organiser pour être prêts à présenter à la face du monde une image positive du Congo en vue de remédier à notre crise identitaire ; œuvrer à développer en nous le sens civique qui incline à cultiver le bien commun, à travers la Convention des Congolais de l’Étranger, une structure prestataire de services divers auprès de notre communauté et qui reste en lien de solidarité avec notre pays ; en voilà assez pour tenir lieu de tout un programme, le nôtre… Mais la réussite du pari d’un tel programme si ambitieux repose sur l’esprit de rassemblement, qui fait souvent défaut chez les Congolais. C’est pourquoi nous avons examiné au crible d’une critique sans complaisance toutes les causes de division au sein de notre communauté diasporique afin d’y remédier, forts désormais de leçons tirées de nos difficultés et échecs antérieurs.

 

Nous avons constaté avec grand intérêt, par exemple, que la plupart des mesures préconisées par les parties prenantes à l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, destinées à la Société civile congolaise à laquelle nous appartenons naturellement, en vue de créer un climat propice à la tenue des élections aux standards démocratiques, c’est-à-dire libres, transparentes et apaisées, font partie des actions que nous menons déjà sur le terrain avec satisfaction, dans le cadre de l’édification de notre communauté diasporique. A titre de rappel, ces mesures sont les suivantes : 10 demeurer apolitique ; 20 soutenir le consensus pour les élections apaisées, crédibles et transparentes ; 30 promouvoir l’éducation à la paix et à la non-violence ; 40 préparer la population par la conscientisation et la sensibilisation aux enjeux électoraux ; 50 vulgariser les textes légaux et le code de bonne conduite ; 60 assurer l’observation des élections et en rendre compte avec impartialité ; 70 formuler des analyses objectives sur toutes les questions électorales.

 

III. Notre LECTURE DE L’IMPASSE ELECTORALE ACTUELLE

 

« Batu basa ku ba mwanda,

kabatu basa ku ba wetu ».

(En toute circonstance, il est conseillé de prendre

le parti de la vérité et non le parti de la fraternité).

 

Proverbe luba-Kasaï

 

« Ni rire ni pleurer mais comprendre ».

 

Baruch Spinoza

 

Monseigneur,

 

4.Nous voulons nous inspirer ici de la célèbre phrase d’Aristote : « Platon est ami ; mais la vérité est plus ami encore ». Même si nous n’habitons pas au Congo, nos proches y vivent, et nous n’en manquons pas moins la possibilité d’être informés au jour le jour pour ne pas être coupés de ses réalités. Dans ce sens, pour notre information, nous ne ménageons aucun effort pour mettre à contribution les progrès réalisés ces dernières décennies en matière de nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), progrès qui nous rendent du reste d’énormes services. Ainsi, sans nous être regroupés en parti politique visant la conquête du pouvoir au Congo selon les lois en vigueur, ainsi que nous l’avons clamé haut et fort dans tous nos documents constitutifs et particulièrement ici, il n’en demeure pas moins que nous restons des citoyens congolais à part entière et que, à ce titre, il ne nous est pas interdit d’avoir des opinions politiques – voire d’avoir des convergences de points de vue sur des sujets structurants donnés – et de les exprimer démocratiquement. A cette étape de notre propos, nous aimerions donc vous donner, sans complaisance, notre lecture de l’impasse électorale actuelle dans notre pays. A notre sens, cette lecture que nous faisons ici à grands traits, dresse en filigrane un tableau condensé de l’ensemble de la situation du Congo.

 

5.Les causes de cette impasse.C’est actuellement une lapalissade que de faire remarquer que notre pays, à cause de son incapacité à organiser des élections alors que les animateurs des institutions arrivaient à fin mandat, est embourbé dans une impasse électorale dont nous n’avons pas encore mesuré tous les effets négatifs. Hélas ! C’est la mort dans l’âme que nous avons pris acte de cette impossibilité d’organiser surtout l’élection présidentielle – la seule dont les délais sont constitutionnalisés – à la fin de l’année dernière 2016. Nous condamnons fermement cette violation flagrante de notre Constitution. Nous la considérons comme une faute politique gravissime à ne plus recommencer dans notre pays à l’avenir. Sous d’autres cieux, là où la démocratie est déjà suffisamment bien implantée, cette faute serait passible de poursuites pénales et d’autres sanctions politiques.

 

6.L’impasse électorale dont il est question ici est en réalité le dernier avatar d’une crise politique profonde aux causes multiples que traverse notre pays.Il faut dire haut et fort que la responsabilité politique de la crise électorale dans laquelle notre pays se trouve actuellement plongée incombe au pouvoir exécutif dans son ensemble – Président de la République et Gouvernement – qui, placé dans l’incapacité d’obtenir par les moyens légaux et démocratiques l’assurance de se pérenniser ou de « glisser » – expression désormais consacrée au Congo – au-delà du 19 décembre 2016, a voulu multiplier stratagèmes et autres manœuvres dilatoires politiciennes pour arriver au résultat souhaité. Cette situation prouve, si besoin était, que notre République dit « démocratique » n’est en réalité pas encore une démocratie à proprement parler.

 

Nous n’avons pas encore culturellement pris la mesure du sens profond de cette estampille « démocratique » qui fait partie de la dénomination officielle de notre Etat et que l’on retrouve à foison au fronton de nos édifices publics. S’il convient de noter toutefois que la démocratie reste un système de gouvernement dont les principes émancipateurs de la condition citoyenne sont consignés dans les textes, et en l’occurrence dans une Constitution, il n’en demeure pas moins qu’elle se présente avant tout comme un état d’esprit, une intention éthique, un élan moral devant animer et soutenir l’effort collectif d’application des textes par des mœurs et des comportements conséquents. Ce sont donc les mentalités et les comportements conséquents qui balisent, en démocratie, le chemin de la poursuite d’une destinée heureuse qu’un peuple se fixe pour objectif à atteindre. Il est donc à déplorer, dans notre pays, que les mentalités et les comportements sociaux n’aient pas encore évolué vers « une culture de progrès », qu’ils soient demeurés dictatoriaux. Il est insupportable d’y voir encore un très grand fossé entre les lois et leur application, entre la théorie et la pratique, à cause de l’absence de cette culture de responsabilité démocratique que nous appelons de tous nos vœux, surtout dans le chef des gouvernants.

 

7. Par-dessus tout, le Président de la République sortant, chef de l’Etat, reste sans aucun doute le premier responsable de cette crise. Car, il a failli à sa mission constitutionnelle d’une manière impardonnable, en sa qualité de premier magistrat du pays [article 69]. En tant que clef de voûte des institutions républicaines issues de la Constitution du 18 février 2006, adoptée massivement par le peuple congolais au referendum, le chef de l’Etat sortant a trahi son serment de garantir la régularité de leur fonctionnement, trompé le peuple congolais, déshonoré la fonction présidentielle qu’il occupe, contribué au délitement de la cohésion nationale. Si les Congolais avaient fait une bonne lecture de notre Constitution, ils auraient dû s’accorder pour qu’il soit mis définitivement hors d’état de nuire, conformément aux articles 75 et 76 ! Hélas ! Le discours mensonger et manipulateur des communicateurs de la Mouvance présidentielle, répété à satiété depuis plusieurs mois sinon plusieurs années, est destiné à justifier l’injustifiable devant l’opinion : le « glissement ». Ce discours prétend que le maintien à la tête du pays du Président sortant, dans la situation actuelle, se justifierait pour des raisons de continuité du fonctionnement de l’Etat [article 70-2], ce qui est faux ! En réalité, la Constitution étant un tout organique, sa lecture doit rester fidèle à une herméneutique qui n’en détache pas la lettre de l’esprit.L’article 70-2 ne peut être interprété qu’en corrélation avec les articles 73, 75 et 76. La Constitution du 18 février 2006 a prévu en son sein d’autres mécanismes et d’autres dispositions pour assurer la continuité de l’Etat en cas de nécessité. Ce sont les acteurs politiques qui, parce qu’ils sont de mauvaise foi, ne veulent pas l’entendre de cette oreille-là. Dès lors, il nous semble donc important de noter que, s’il a été décidé que le Président de la République sortant reste en fonction jusqu’aux élections, ce n’est pas grâce aux dispositions constitutionnelles en vigueur mais plutôt à cause de l’Accord politique du 31 décembre 2016 qui, en raison de son caractère inclusif, a reçu une légitimité telle qu’il est à considérer désormais comme une base juridique additionnelle aux autres textes qui régissent la République.

 

8.La mauvaise foi du pouvoir en place.Depuis 2006, à cause de son calcul politicien machiavélique, le Chef de l’Etat sortant porte la responsabilité de n’avoir pas veillé à l’organisation à temps du cycle électoral complet ainsi qu’à sa régularité, comme l’exige clairement la Constitution de la République [article 69]. Ceci mérite une explication. Nous savons bien, constitutionnellement parlant, que c’est la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui est chargée, en tant qu’organe technique d’appui à la démocratie, de planifier l’organisation des élections dans notre pays [article 211]. Mais le Président de la République en exercice, en tant que Chef de l’Etat et clef de voûte de nos institutions républicaines, est constitutionnellement chargé d’y veiller, en bon père de famille, c’est-à-dire de donner l’impulsion nécessaire au fonctionnement harmonieux de celles-ci, y compris donc de la CENI. Que l’on nous comprenne bien ici : pour respecter l’indépendance de la CENI garantie par la Constitution, la formule « donner l’impulsion » n’est pas synonyme de « donner des injonctions ». Là-dessus,le Président de la République sortant a complètement failli à son devoir constitutionnel. De cette situation découle d’ailleurs le non-renouvellement du Sénat depuis 2011 et le cumul d’autres arriérés électoraux que connaît le pays. Dans ces conditions où le pays a été mis en déficit démocratique par la malveillance des acteurs politiques et en particulier du Chef de l’Etat lui-même, il eût été souhaitable de ne pas attribuer « une prime pour mauvaise gouvernance » au Président de la République en place et à tous ceux qui ont gouvernés le pays autour de lui, avec lui, mettant ainsi en péril délibérément le processus électoral.Ces gens-là méritent tous un malus et non pas un bonus. Sur le plan politique, les auteurs de ce gravissime manquement constitutionnel méritent d’être sévèrement sanctionnés par le peuple dans les urnes, une fois le moment électoral venu. Ils doivent payer au prix fort leur forfaiture, pour l’exemple, afin que cela ne se répète plus jamais et serve de leçon à la classe politique congolaise.

 

9.Selon la Constitution, les Cours et Tribunaux forment la 4e catégorie d’institutions de la République [article 68].Sur le papier, ils sont censés fonctionner de manière indépendante vis-à-vis du pouvoir exécutif ; car, nous prétendons être en démocratie. Mais la réalité de terrain est toute autre ; elle prouve aux yeux de tous qu’il n’en est rien, sauf pour les chantres du régime – à commencer par le ministre de la Communication et des Médias –, habitués à parer de temps en temps leur discours d’un vernis de scientificité juridique pour mieux en grimer la portée idéologique. Comment expliquer que dans notre République dite « démocratique », il y ait tant de prisonniers politiques et tant de prisonniers d’opinion ? Comment expliquer qu’il y ait tant de corruption dans la magistrature, comme du reste dans tous les autres corps de métiers de notre pays, qui empêche l’éclosion de toute culture d’excellence, dans le professionnalisme et le respect de la légalité républicaine ?

 

Au moment où l’impasse électorale présidentielle par rapport au respect des délais légaux paraissait de plus en plus inévitable, la Cour constitutionnelle a été officiellement saisie par la Mouvance présidentielle en interprétation de l’article constitutionnel 70-2 précité, non sans arrière-pensée politique. L’arrêt rendu a mis en avant le sacro-saint principe juridique de continuité de l’Etat sans-disant pour « éviter le vide au sommet » le cas échéant ; sans le moins du monde prendre le soin d’examiner en profondeur les ressorts politiques de la particularité de cette situation qui exige à nos yeux une réponse inédite qui doit servir de leçon à notre classe politique tout entière. « Aux grands maux de grands remèdes », dit-on. Mais seulement voilà : l’opinion a vite constaté que l’arrêt rendu, contestable sur le fond, n’avait pas respecté les formes prescrites par le règlement intérieur de la Cour constitutionnelle elle-même. Non seulement cet arrêt n’était pas le résultat d’une délibération conforme au secret professionnel, il avait ensuite été rendu sans que le quorum soit atteint ! Un Etat est un ensemble organisé de structures : on ne peut d’ailleurs pas être étonné que la Cour constitutionnelle ne fonctionne pas bien quand toutes les autres institutions de la République ne le sont pas non plus !

 

Dans un pays comme le nôtre, où les mentalités sont restées figées dans la culture politique de la dictature, sans évoluer avec le temps, en dépit des discours démagogiques aux accents démocratiques prononcés par le pouvoir pour amuser la galerie, et pour des besoins clientélistes avérées, la question de la crédibilité de la fameuse Cour constitutionnelle, comme d’ailleurs celle de toutes les autres institutions régulatrices de l’ordre politique républicain comme la CENI ou les Cours et Tribunaux, cette question se pose avec une grande acuité. Dans ces conditions, la nomination des 9 membres de la Cour constitutionnelle par le seul Président de la République, par exemple, reste quelque chose qu’il faudra de toute manière revoir dans l’avenir pour garantir réellement l’indépendance de cette institution indispensable à la démocratie.

 

10. Au Congo, ce n’est pas seulement la justice qui n’est pas indépendante ; ce sont aussi les forces de l’ordre et de sécurité qui ne le sont pas. Manquant de professionnalisme et de culture républicaine qui, seuls, les inciteraient à protéger les citoyens et leurs biens chaque fois que cela est nécessaire, elles se comportent comme des forces de répression au service du pouvoir exécutif en place contre ceux des citoyens qui ont maille à partir avec lui ou mettent en cause, par des moyens démocratiques, les politiques publiques et singulièrement la manière dont notre pays est gouverné, en violation flagrante de la Constitution [articles 182, 183, 187 et 188]. Et vous nous voyez venir : s’il existe un tel déficit de culture démocratique dans le fonctionnement de la justice et au sein des forces de l’ordre et de sécurité (services d’intelligence, police, gendarmerie et armée), si ces institutions continuent à être instrumentalisées par les acteurs politiques à des fins partisanes en vue de se pérenniser au pouvoir, c’est d’abord et surtout parce que, au sommet du pouvoir, le Chef de l’Etat, premier magistrat du pays, censé garantir le bon fonctionnement de l’ensemble des institutions républicaines et mettre les Congolais à l’abri de l’insécurité, n’a pas été à la hauteur de sa mission constitutionnelle. Plus exactement, et en violation de la loi, il s’est servi égoïstement de ces institutions à la place d’en faire un usage démocratique de protection de tous les Congolais dans l’égalité républicaine. D’où les violations de droits de l’homme massives et répétées qui se commettent en toute impunité dans notre pays, violations que nous déplorons tous et dont nous rendent compte en longueur de journée les experts en la matière du monde entier, réduisant ainsi le porte-parole du Gouvernement de la République au seul rôle ridicule dont il a vraiment l’étoffe appropriée, celui d’être bon gré mal gré le « ministre des démentis médiatiques». Avec le danger à craindre pour le peuple congolais, à force d’être gavé quotidiennement d’informations déprimantes sur l’état du pays, qu’il se décourage au fil du temps, s’en détourne complètement, baisse la garde de son combat légitime pour l’avènement au Congo d’un Etat de droit, réellement démocratique, soucieux d’égalité et de justice, où il fait bon vivre pour tous en garantissant la prospérité collective.

 

11.La responsabilité de l’Opposition politique.A l’heure où nous écrivons ces lignes, le Gouvernement dit d’union nationale devant principalement faciliter et accompagner l’organisation des élections prévues pour la fin de cette année, en vertu de l’Accord signé, n’est pas encore officiellement sorti, parce que les négociations en vue de sa formation achoppent sur les « arrangements particuliers » entre les acteurs politiques ; signe que ceux-ci, patauds, nageant dans un « entre-soi » autiste, visiblement préoccupés par la défense de leurs intérêts partisans et personnels beaucoup plus que par le sort du peuple congolais et la recherche de son bien, n’ont cure de la notion de temps qui passe ! Nous reprochons à l’Opposition politique – ou aux Oppositions, car elles sont plurielles – d’avoir largement et subrepticement accompagné la manœuvre du « glissement », à cause de sa cacophonie, sa division, de l’opportunisme patenté qui caractérise plusieurs membres au sein de ses rangs, et à cause de toutes les autres tares dues à son manque de culture démocratique aussi, qui l’empêchent de se constituer en alternative crédible aux yeux du peuple pour la promotion du bien public au Congo. Le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changementdoit savoir qu’en acceptant aujourd’hui la cogestion du pays jusqu’aux prochaines élections, il sera désormais responsable et comptable de la réussite ou de l’échec de ces mêmes élections aux yeux du peuple congolais tout entier. Il a aujourd’hui le vent en poupe, bénéficie de l’état de grâce dans l’opinion, même si les dissensions constatées actuellement en son sein, après la disparition d’Etienne Tshisekedi, sont de nature à constituer un blocage dans la mise en application de l’Accord. Mais le Rassemblement doit se détromper ; car, le peuple congolais reste vigilant, et cet état de grâce dont il bénéficie, si le résultat n’est pas au rendez-vous, ne sera pas appelé à durer. Il doit donc faire très attention ! En faisant confiance jusqu’à présent au Rassemblement, dans sa très large majorité, pour incarner ses aspirations de changement politique en vue d’un avenir meilleur, il faut que le Rassemblement sache que le peuple congolais ne lui a pas signé un chèque en blanc.

 

12.Gare à l’Opposition politique, surtout à l’Opposition majoritaire regroupée au sein du Rassemblement, plateforme en qui notre peuple, dans sa très large majorité aujourd’hui – depuis les masses populaires jusqu’aux élites les plus cultivées –, a placé sa confiance ! Qu’elle se détrompe si elle croit rouler le peuple congolais dans la farine. Elle doit savoir qu’elle jouit juste d’un sursis aux yeux de l’opinion. Elle ne doit pas oublier que nous la tenons en partie pour responsable, à cause de ses manquements en matière communicationnelle et de ses insuffisances programmatiques en matière d’éducation des masses à la citoyenneté, d’avoir contribué à ses dépens à « normaliser » ou à faire accréditer dans l’opinion l’idée même de « glissement », suicidaire et tant redouté soi-disant pour assurer la continuité de l’Etat sans créer de vacance au sommet.

 

Dès lors que le pays a été mis délibérément dans l’impossibilité d’organiser l’élection présidentielle dans les délais prévus par la Constitution – car cette élection, contrairement à toutes les autres, est la seule dont les dates sont contraignantes [article 73], avons-nous dit –, il nous paraît injuste et incompréhensible que le Président de la République sortant soit le bénéficiaire politique du chaos qu’il a lui-même largement contribué à créer ; n’en déplaise à ses thuriféraires et autres collaborateurs zélés qui usent et abusent des arguties juridico-politiques pour plaider son maintien au pouvoir, à tort, au nom soi-disant du sacro-saint principe de la continuité de l’Etat. L’Opposition a sa part de responsabilité dans cette situation : celle d’avoir accompagné ce chaos électoral. L’article 70-2 de notre Constitution stipule qu’ « à la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu ». Nous dénonçons la lecture très orientée qu’en font les ténors de la Mouvance présidentielle au pouvoir ; car, elle nous paraît erronée, dans la mesure où ils confondent (ou font semblant de confondre) carrément « un nouveau Président élu » avec « un nouveau Président à élire » ! Le diable est dans le détail. A nos yeux, l’Opposition a eu tort de n’avoir pas combattu suffisamment dans l’opinion cette mauvaise interprétation constitutionnelle. Si les séides du régime feignent d’ignorer cette nuance sémantique entre « un nouveau Président élu » et « un nouveau Président à élire », c’est parce que, chez eux, la mauvaise foi tient lieu d’argument scientifique, dans leur logique immorale où la fin justifie les moyens.

 

Ayant terminé son second et dernier mandat constitutionnel à la tête du pays, son successeur n’ayant pas été élu faute d’avoir eu l’organisation des élections par la CENI, le Président de la République sortant doit savoir qu’il est dans le « glissement » actuel non pas en raison des dispositions constitutionnelles, comme son camp le prétend, mais à cause du compromis politique trouvé ensemble, symbolisé par l’Accord de la Saint-Sylvestre arraché de haute lutte par la CENCO, à qui nous rendons au passage un hommage appuyé.De ce fait, étant donné que nous nous trouvons dans une situation politique inédite, il ne jouit pas et ne doit pas jouir d’une légitimité qui lui conférerait le droit d’avoir une emprise totale sur les ministères régaliens. Dans notre entendement, tous les ministères de souveraineté, dans ce Gouvernement d’union nationale impatiemment attendu, doivent faire l’objet de l’inclusivité reflétant la philosophie de l’Accord signé lui-même. Le Chef de l’Etat du « glissement » doit être un homme chargé d’expédier les affaires courantes de l’Etat, point final. Gare au Rassemblement s’il se fait piéger à ce niveau des choses !

 

13.Et le peuple congolais dans tout cela… ?L’impasse électorale qui accable le Congo contribue à détricoter, chaque jour qui passe, les filets de ce qu’il reste de cohésion nationale dans notre pays. Si bien que chaque jour qui passe sans que la solution ne soit trouvée, est toujours un jour de trop pour notre peuple. Pris en otage par les acteurs politiques en mal de vision, le peuple congolais apparaît comme la variable d’ajustement de leurs manœuvres : d’une part, par la répression dont il est victime de la part des forces de l’ordre et de sécurité censées le protéger, chaque fois qu’il a osé manifester dans la rue contre cette politique du pourrissement, il permet malgré lui au pouvoir en place, quelque part, de maintenir vivace l’épouvantail de l’intimidation ; d’autre part, grâce à sa capacité de se mobiliser malgré tout, comme on l’a vu maintes fois, le même peuple permet à l’Opposition politique de maintenir l’épée de Damoclès suspendue sur la tête du pouvoir. En clair, dans tout ce jeu politicien macabre, la Mouvance présidentielle gouvernante, en menant une politique de l’autruche qui n’assure pas ainsi les conditions d’un exercice serein de la vie démocratique dans notre pays, mise sur la lassitude du peuple congolais, sur son essoufflement, sur sa peur de soulèvement à cause de la répression policière et des forces armées gouvernementales. A l’inverse, l’Opposition politique et en particulier le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, compte sur l’exaspération du même peuple pour obtenir un soulèvement généralisé devant balayer le pouvoir et le conduire à prendre son destin en mains, à « se prendre en charge », pour reprendre une formule à teneur politique bien chargée dans notre pays.

 

Dans le climat politique actuel, nous savons que le pouvoir en place, à coup de mauvaises pratiques issues de la IIe République, qui perdurent – corruption, concussion, manipulations, pressions des toutes sortes, intimidations, menaces, chantages, j’en passe et des meilleurs –, a réussi à diviser les Congolais jusqu’au sein de la Société civile, pour continuer à régner sur le Congo sans être inquiété. Mais nous observons en même temps que les Congolais en sont conscients. Eux qui ne sont pas dupes, restent pour l’instant lucides et zen, mais jusqu’à quand ? Personne ne le sait. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont pas (encore) dit leur dernier mot. La patience d’un peuple, quel qu’il soit et quelles que soient les circonstances, finit toujours par avoir aussi ses limites !

 

Jusqu’à présent, sans céder aux sirènes des prophètes de mauvais augure, les Congolais se sont résolus à soutenir de manière constructive l’Accord politique global et inclusif conclu sous votre auguste médiation au Centre interdiocésain de Kinshasa, le 31 décembre 2016. Car, ils considèrent cet Accord comme le moindre mal – « de deux maux il faut savoir choisir le moindre », dit-on – qui puisse épargner notre pays du pire, à savoir une guerre civile généralisée et un chaos total, avec son cortège des souffrances et des pertes en vies humaines. Les Congolais savent, d’expérience, que dans un chaos généralisé il n’y a pas de vainqueur ; tout le monde ne peut être que perdant. Mais, en même temps, il faut savoir comprendre que leur soutien sincère à l’Accordde la Saint-Sylvestre 2016 n’a rien d’un soutien de complaisance béate. Les hommes et les femmes politiques ainsi que les médiateurs du Centre interdiocésain doivent faire très attention ; car, le feu de la colère du peuple couve toujours sous la patiente sagesse dont il a jusqu’à présent fait montre depuis que l’Accord a été signé.

 

IV. CE QUE NOUS ATTENDONS DE VOUS POUR SURMONTER CETTE IMPASSE

 

« Le monde ne sera pas détruit par ceux

qui lui font du mal, mais par ceux qui le

regardent sans rien faire ».

 

Albert Einstein

 

Monseigneur,

 

L’heure est venue de vous dire ce que nous aimerions sincèrement vous demander de faire (ou de faire encore), avec le respect et la reconnaissance dont nous vous témoignons, pour surmonter l’impasse électorale qui paralyse notre pays ; cette impasse électorale qui commence à trop durer, de l’avis de tout le monde. D’entrée de jeu, nous en profitons pour attirer votre attention sur le fait que nous considérons qu’il existe un Rubicon à ne pas franchir : ne pas se compromettre, ne pas trahir l’intérêt supérieur de la nation et du peuple congolais qui attend beaucoup de vous. Nous savons que vous ne l’avez jamais déçu. Nous espérons que vous ne le décevrez jamais non plus. Pour ce faire, voici pour nous la marche à suivre qui nous semble la plus indiquée à travers ces quelques points ou propositions que nous vous soumettons, sur lesquels nous souhaitons attirer votre attention :

 

14.Evaluer à l’heure actuelle votre mission de bons offices, chercher à tout prix à la parachever sans tarder, pour éviter de filer au peuple congolais un mauvais coton. Depuis la signature de l’Accord politique global et inclusif, les négociations piétinent dans leur deuxième volet ; c’est-à-dire la phase qui concerne les modalités d’application, particulièrement pour ce qui relève de ce que les uns et les autres ont appelé « les arrangements particuliers ». Les Congolais veulent une application rapide et intégrale de l’Accord signé le 31 décembre 2016 sous les auspices de la CENCO, sans autre forme de procès. Plus concrètement et conformément à l’Accord, ils s’attendent à :

 

10 la nomination rapide d’un Premier ministre présenté par la coalition du Rassemblement ;

 

20 la formation d’un Gouvernement d’union nationale de transition ; assurant, par intérim, les missions de l’Etat ;

 

30 l’installation du Conseil national de suivi de l’Accord (CNSA) ;

 

40 l’accélération des campagnes d’enrôlement des électeurs à travers tout le pays ;

 

50 tout cela assorti des mesures de confiance devant détendre le climat politique ; dont la lutte effective contre toutes sortes de violations graves des droits humains, la libération des médias de l’Opposition fermés par le pouvoir, la libération des prisonniers politiques et d’opinion et le retour des exilés, etc.

 

Si les difficultés rencontrées montrent les limites mêmes de l’applicabilité de l’Accord signé, en raison de ses imperfections, elles ont malheureusement aussi l’inconvénient de toujours différer la mise en application réelle de ses conclusions et, in fine, l’organisation des élections elles-mêmes à la fin de cette année. Pourtant, nous devons tous avoir à l’esprit, vous autres membres de la CENCO les premiers, que tout le temps qui passe sans qu’il y ait des avancées significatives concernant la problématique électorale, joue contre notre peuple et contre nous, d’autant plus que, sur le papier, les élections sont prévues pour la fin de cette année 2017 ; parce qu’il a été difficile de faire accepter à l’opinion nationale qu’elles pouvaient être reportées au-delà d’une année ! Si cela devait malgré tout être le cas, nous sommes sûrs que les Congolais ne l’admettraient pas. Vous comprenez donc que les délais sont courts, et que le temps passé ne se rattrape pas. Il vous revient donc de chercher par tous les moyens à faire entendre raison aux acteurs politiques congolais ; qui manquent tant la culture du temps.

 

Nous vous demandons ardemment, forts du soutien dont vous bénéficiez de la part de la communauté internationale et du peuple congolais tout entier, de redoubler d’effort, en mettant les bouchées doubles, pour aboutir à une conclusion rapide des pourparlers en cours entre la Mouvance présidentielle et le Rassemblement sur les « arrangements particuliers » de l’Accord.Si par malheur votre mission, dont on a toutes les raisons du monde de craindre le sabotage à cause de la mauvaise foi de nos politiciens, qui multiplient des manœuvres dilatoires, devait en définitive ne pas aboutir malgré vous, nous espérons que vous aurez le courage nécessaire, en ce moment-là, de prévenir notre peuple, de ne pas hésiter à l’informer, à le prendre à témoin ainsi que toute la communauté internationale ; de telle sorte que ce même peuple seul, placé devant le fait accompli, se retrouvant dos au mur et n’ayant pas une autre solution, puisse effectivement « prendre son destin en mains ». En évaluant votre mission et en la parachevant au plus vite ; cela couperait court aux suspicions répandues par des méchantes langues, qui commencent à circuler dans l’opinion congolaise, mettant en doute le bien-fondé de votre action même. Ceux des Congolais qui sont tombés dans ce panneau commencent à vous considérer irrévérencieusement et à tort à notre avis, comme les « idiots utiles » du pouvoir ; qui accompagnent naïvement, selon eux, la stratégie du « glissement » pensée depuis longtemps et mise en place maintenant. Pour notre part, en tant que membres de la Convention des Congolais de l’Étranger, ces élucubrations, qui déshonorent ceux qui les professent, n’entament en rien l’assurance que nous avons de votre bonne foi et la confiance que nous avons placée en vous.

 

15.Continuer tout de même à jouer un rôle informel d’interpellation, une fois que votre mission essentielle de médiation sera achevée.Les acteurs politiques congolais n’ont pas la culture du respect des textes, ni celle de la parole donnée. Il y a fort à parier que, livrés à eux-mêmes, ils ne soient pas capables d’appliquer, comme il se doit, l’Accord qu’ils ont signé ; en dépit de l’existence du Conseil national de suivide ce même Accord ! C’est pourquoi, connaissant la médiocrité de notre classe politique, en laquelle nous n’avons nullement confiance au sein de la Convention des Congolais de l’Étranger, nous aimerions ici former le vœu de vous voir continuer à jouer un rôle, si informel soit-il, à la fin de votre mission officielle, dans le cadre de l’application intégrale effective de l’Accord pour lequel vous vous êtes donné tant de peine, avez consenti tant de sacrifices, dans l’intérêt de notre pays. Nous redoutons par exemple que la recrudescence récente des foyers d’insécurité et des violences meurtrières à caractère communautaire (cas Muanda Nsemi, cas Kamwina-Nsapu, cas Pygmées et Bantus, etc.) ou celles dirigées contre les édifices religieux catholiques, recrudescence observée à travers tout le pays, ne soit un plan du pouvoir destiné à empêcher les élections. Toujours en vue de la conservation du pouvoir, il faut reconnaître qu’il n’y a aucun coup méchant qui soit impossible à monter au Congo dans les circonstances actuelles !

 

Notre méfiance à l’égard des responsables politiques congolais, au niveau de la diaspora organisée que nous constituons maintenant, est justifiée par des déceptions maintes fois reçues concernant maintes promesses non tenues de leur part ; dans le cadre des ponts que nous avons toujours cherchés à bâtir entre eux et nous en vue de mettre en œuvre des projets de développement qui nous tiennent à cœur, susceptibles de contribuer à l’essor de notre pays. Notre constat est amer : nous sommes par exemple en mesure de vous certifier que depuis la création d’un ministère chargé des questions des Congolais de l’étranger dans notre architecture gouvernementale, la cause diasporique n’a pas avancé d’un pouce ; si bien que nous considérons que tout cela était de la poudre aux yeux, un enfumage politicien parmi tant d’autres ; comme les acteurs politiques congolais, qui se comportent sans scrupule, en ont bien l’art ! Mais cela n’entamera ni notre enthousiasme, ni la détermination que nous avons de poursuivre la réalisation de nos objectifs.

 

Tous les peuples du monde se méfient de dirigeants corrompus ; parce qu’ils sont conscients, à juste titre, qu’ils minent leur destin. Les Congolais ne font pas exception à cette règle. En tant qu’émigrés congolais disséminés dans le monde, nous avons la chance, pour certains d’entre nous, d’être confrontés aux réalités des pays organisés et démocratiques, à la différence du Congo. Ce qui nous a permis d’affiner notre sens critique et d’observation, en développant l’esprit de comparaison. En ce sens, notre jugement sur la gouvernance dans notre pays reste très sévère, à juste titre. Le Congo est en réalité un pays où aucune institution ne fonctionne correctement ; à cause de la corruption, de l’incurie des dirigeants à tous les niveaux, de la relative jeunesse de l’Etat, du formatage dictatorial des mentalités, du fatalisme dont notre peuple souffre depuis l’indépendance de notre pays, à cause de la colonisation, et de tous les autres facteurs négatifs relatifs à ce que nous appelons volontiers l’ambiante « culture du sous-développement ». C’est donc pour cette autre raison, une fois de plus, qu’à la Convention des Congolais de l’Étranger, nous n’avons pas confiance en nos gouvernants actuels. Notre attitude exprime-t-elle une fatalité ? Aucunement, même si on peut le penser : la confiance se construira petit à petit – parce qu’elle ne peut être décrétée – quand, dans notre pays, les pouvoirs publics autistes que nous avons, actuellement complètement coupés du peuple qu’ils sont censés servir, prendront le taureau par les cornes, montreront pâte blanche et un visage acceptable, en s’arrimant à la culture de bonne gouvernance, en donnant le gage d’une gestion démocratique de l’Etat. C’est aussi simple que cela.

 

16.Défendre auprès des parties prenantes à l’Accord la cause de la diaspora congolaise, afin qu’elle obtienne ses droits civiques et politiques jusqu’à présent illégalement confisqués.Par rapport à la loi congolaise en vigueur, deux types de situation caractérisent le statut de nos compatriotes qui vivent à l’extérieur de notre pays :

 

10 les Congolais qui continuent à garder leur nationalité congolaise ;

 

20 ceux qui, au fil du temps et en raison de certaines circonstances, l’ont perdu au profit de celle du pays de leur résidence (parce que chez nous, constitutionnellement parlant, la nationalité est une et exclusive ; c’est-à-dire qu’elle ne peut être détenue concurremment avec aucune autre [article 10]).

 

Les Congolais, qui ont gardé leur passeport, aurait dû déjà, depuis les premières élections de 2006, bénéficier de leur droit d’être électeurs et candidats éligibles. Cela n’a pas été le cas ni en 2006, ni non plus en 2011 ; soi-disant pour des contraintes budgétaires et logistiques. Mais, en réalité, selon nous, à cause de la méfiance injustifiée dont nous sommes victimes de la part des autorités qui, dans leur volonté frénétique de garder le pouvoir, considèrent à tort la diaspora congolaise comme étant un bastion de l’Opposition politique.Quant aux Congolais qui ont perdu leur nationalité à cause du caractère très contraignant de la loi congolaise, ils devraient eux aussi bénéficier du droit d’être électeurs et candidats éligibles aux prochaines élections, en vertu de toutes les promesses faites par les autorités depuis et notamment d’une résolution [résolution 61] des Concertations nationales qui se sont tenues en 2013 ; où il a été question d’assouplir la loi afin de renforcer la réconciliation et la cohésion nationales mises à mal ces dernières années par les menaces géopolitiques ; qui pèsent sur elle surtout dans notre effervescente région de Grands Lacs. Cette résolution avait proclamé haut et fort « l’inaliénabilité ou l’irrévocabilité de la nationalité congolaise d’origine ».

 

Qu’à cela ne tienne, qu’on ne compte pas sur nous pour croiser les bras. L’opinion nationale et, en particulier les autorités du pays, doivent savoir qu’on peut certes vivre en dehors du Congo, dans un autre pays d’émigration, comme c’est notre cas, qu’on peut malignement nous exclure momentanément de participer à la définition commune du destin de notre pays, comme c’est encore notre cas, mais qu’on ne pourra jamais nous empêcher à vie d’apporter notre pierre à l’édifice de la reconstruction nationale ; car, on ne peut et ne réussira jamais à retirer en chacun le Congo qui est profondément ancré en nous. Le Congo de nos ancêtres, qui habite en nous jalousement et intimement, nous englobe et accompagne toute notre vie. Nous considérons aujourd’hui que les entorses, faites à notre identité et à notre patriotisme, ont atteint leurs limites. Nous autres membres de la diaspora, au sein de la Convention des Congolais de l’Étranger, sommes décidés à nous lever, comme un seul homme, pour nous battre contre cette injustice dont nous sommes victimes ; car, elle n’a normalement pas lieu d’être et a assez duré. Le principe de l’irrévocabilité de la nationalité congolaise d’origine en faveur de la diaspora doit sans tarder trouver son application.

 

17.Dans le cadre de vos responsabilités pastorales, continuer à contribuer, comme vous n’avez jamais cessé de le faire, à l’immense et noble travail de conscientisation et d’édification du peuple congolais ; afin que, le moment venu, aux élections annoncées, il puisse voter en âme et conscience pour choisir ses dirigeants. Selon la foi chrétienne, nous savons bien que votre mission première en tant que pasteurs, membres du Corps Mystique du Christ, consiste à « soigner les âmes », à être des « médecins », qui les préparent à la réception de la vie éternelle. Mais, dans le plan divin, le Royaume des Cieux n’est pas séparé de la vie terrestre, qui en est la préfiguration. L’ordre surnaturel est le prolongement de l’ordre temporel. Le Concile œcuménique Vatican II a beaucoup insisté là-dessus. En effet, la spécificité de votre mission pastorale dans notre communauté consiste bien sûr avant tout à mettre l’accent sur la foi en Dieu ; mais, en insistant sur le fait qu’elle ne trouve sa plénitude et son authenticité que quand elle s’exprime aussi à travers l’amour du prochain, comme l’enseignent les Saintes Ecritures [cf. Mt 22, 36-40 ; Mc 12, 28-31 ; Jn 13, 34-35 et 15, 12-17]. L’amour du prochain dont il est question n’est pas seulement cet élan de cœur, qui prend racine au plus profond de nous-mêmes et qui nous pousse à nous pencher sur nos semblables pour panser leurs plaies en cas de besoin ; mais encore cet esprit de solidarité, qui consiste à construire ensemble le bien commun pour que la terre soit pour l’homme une demeure où il fait bon vivre, en préfiguration de la vie éternelle. Construire ensemble le bien commun consiste à nous impliquer chacun de nous, dans la vie de tous les jours, à notre niveau respectif de responsabilité, dans la construction effective d’un ordre politique, économique, social et culturel qui favorise l’épanouissement de chacun de nous suivant nos potentialités, en sachant, nous autres chrétiens, que tout cela participe du dessein que le Très-Haut a sur chacun de nous.

 

C’est pourquoi nous considérons que votre mission surnaturelle ne vous coupe pas de votre mission naturelle ; c’est-à-dire, de votre tâche terrestre, parce que vous demeurez aussi des citoyens à part entière de ce pays. A ce titre, vous avez le devoir, vous et nous, et toutes les forces vives de la nation ainsi que tous les hommes et femmes de bonne volonté, de n’épargner aucun effort pour contribuer à l’émergence d’une démocratie effective et d’un Etat de droit au Congo. Nous savons que le combat qui mène à la démocratie et à l’Etat de droit est rude ; car, le plafond de verre à briser pour ce faire est en même temps le plancher de beaucoup d’intérêts croisés qu’il faut affronter, à l’intérieur et à l’extérieur du Congo. C’est dans ce sens que nous comprenons votre mission de bons offices auprès de toutes les parties prenantes au Dialogue du Centre interdiocésain de Kinshasa ; qui a abouti à l’Accord politique global et inclusif du 31 décembre 2016 en vue de préparer les élections dans notre pays.

 

Mais les élections n’étant pas une fin en soi, ce qui est visé en définitive, c’est le bon fonctionnement de l’Etat en vue du développement du pays et du bien-être de la population congolaise. Pour y parvenir, la conscientisation du peuple afin qu’il se choisisse librement, en connaissance de cause, des dirigeants responsables lors des élections à venir, reste pour nous tous un défi à relever, un devoir à accomplir en amont. Vous êtes appelés, à votre double titre de pasteurs et de citoyens, à y prendre toute votre part. Nous savons pertinemment entre-temps que vous ne vous êtes jamais dérogés à cette tâche depuis l’indépendance de notre pays. En vous rendant un vibrant hommage pour tout ce qui a déjà été fait par vous dans l’intérêt de notre peuple, nous voulons simplement ici vous exhorter à continuer, à continuer sans relâche ; parce que le jeu en vaut la chandelle. Inutile pour nous de citer la longue liste de vos lettres pastorales qui rappellent votre indéfectible engagement au service du redressement de la nation.

 

Le christianisme que vous prêchez, sous ce rapport, est donc un humanisme. Œuvrer, en tant que chrétiens, partout où nous vivons, à l’élaboration des conditions du bien-être de tous, est la recommandation même que le Concile œcuménique Vatican II nous a adressé, nous chrétiens ainsi que tous les hommes et femmes de bonne volonté, dans sa Constitution pastorale Gaudium et Spes [Paris, Centurion, 1967, chapitre II]. La foi en Dieu, si elle est vraiment solide, doit être « à l’écoute du monde », pour reprendre une formule chère au Professeur Albert Dondeyne [La foi écoute le monde, Paris, 2e édition adaptée en français par l’auteur, Editions Universitaires, coll. « Nouvelle Alliance », 1964, 325 p.] ; et pour ce faire, elle exige donc des « œuvres de foi » ; c’est-à-dire des actes conséquents que les croyants doivent poser dans leur vie de tous les jours. « Vie de foi et tâches terrestres », pour emprunter la formule du Professeur Robert Guelluy [Vie de foi et tâches terrestres, Casterman, 1962], sont indissociables. Ce n’est que de cette manière, en étant « le levain dans la pâte » [cf. Mt 13, 33 et Lc 13, 21], en étant « le sel de la terre et la lumière du monde » [cf. Mt 5, 13-16], que nous prolongerons l’œuvre divine de la création. Tout bien considéré, dans la mesure où, dans votre enseignement, vous ne pouvez faire l’économie d’une « théologie des réalités terrestres » [Théologie des réalités terrestres, tomes I et II, Paris, Desclée de Brouwer, 1947 et 1949], pour reprendre encore une fois une formule chère au Professeur Gustave Thils, il vous incombe, en tant que pasteurs et citoyens, la mission de nous accompagner dans notre quête existentielle de solutions d’une vie meilleure en privilégiant les principes et valeurs du vivre-ensemble conformes à l’Evangile du Christ. Nous pensons donc que le message du collège épiscopal réuni au sein de la CENCO, mérite d’être entendu par tous les hommes et femmes de bonne volonté ; puisqu’il se place au cœur même des valeurs morales et sociales à cultiver dans notre pays pour un meilleur vivre-ensemble, pour une vie sociale harmonieuse ; qui permette le plein épanouissement de tout le monde, la réalisation de chaque destinée humaine dans la liberté, l’égalité, la solidarité et la justice.

 

V. CONCLUSION : A LA RECHERCHE D’UN « SUPPLEMENT D’ÂME » SALUTAIRE POUR SAUVER NOTRE PAYS DU CHAOS TOTAL

 

« Bubi m’bwa matshi, bwimpa m’bwa matshi ».

(Tout message, bon ou mauvais, vrai ou faux,

mérite d’être entendu, quitte à exercer notre discernement).

 

Proverbe luba-Kasaï

 

Monseigneur,

 

Il est temps de conclure notre propos. Comme fils et filles du Congo réunis au sein de la Convention des Congolais de l’Étranger, nous ne voulons pas être écartés du cours des événements importants, qui se passent dans notre pays. Nous voulons y avoir notre mot à dire, nous cherchons à y imprimer aussi notre marque. Le but recherché n’était pas pour nous de passer au crible de la critique tous les problèmes du Congo. Nous n’avons revisité que ceux directement liés à la crise politique en rapport avec la non-organisation des élections constitutionnellement prévues. Crise politique ayant nécessité votre engagement, sous forme de médiation, auprès de toutes les parties prenantes à l’Accord signé le 31 décembre 2016 au Centre interdiocésain de Kinshasa ; à savoir la Mouvance présidentielle, l’Opposition politique et la Société civile du Congo. Qu’il nous soit permis de vous réitérer une fois de plus notre respectueuse et profonde gratitude pour ce service et pour tous les autres rendus par la CENCO à la nation congolaise depuis la nuit des temps ! Nous résumerons autour de quelques points que voici l’essentiel du message que nous avons voulu vous communiquer, en espérant que vous en tiendrez compte :

 

18.L’exaspération du peuple congolais à cause des manœuvres dilatoires et des tergiversations carriéristes des acteurs politiques.Les animateurs actuels de nos institutions politiques – Présidence de la République, Assemblée nationale, Sénat – ayant dépassé leurs mandats respectifs, les élections doivent être organisées sans tarder pour permettre un fonctionnement normal de l’Etat ; afin qu’il s’occupe de préoccupations réelles de la population. Préoccupations, qui restent essentiellement liées au sous-développement du pays. Selon les termes de l’Accord signé sous votre médiation, ces élections sont prévues normalement pour la fin de cette année 2017 : c’est dire que les heures et les jours qu’il nous reste sont comptés. Nous constatons jusqu’à présent, alors que le temps passe, que l’Accord ne connaît toujours pas un début d’application ; à cause du comportement irresponsable des acteurs politiques. Eux et leurs partis politiques respectifs sont déconsidérés aujourd’hui. Cette déconsidération a provoqué un grand désarroi, une exaspération au sein même de la société congolaise. Nous sommes aujourd’hui spectateurs aux premières loges d’une situation effarante ; alors même que notre pays, rappelons-le, se trouve dans un état de grande vulnérabilité. C’est donc pour vous dire qu’à la colère qui est la nôtre s’ajoute une grande inquiétude ; parce que les Congolais, déboussolés, sont devenus la risée de l’Afrique et du monde entier. Ils en ont marre de continuer à regarder le spectacle qui nous est offert par les acteurs politiques ; ne pratiquant que la « politique du ventre ». Ils en ont assez d’avoir toujours affaire à ces politicards aux postures pétries de relents de populisme nauséabond, désagréable aux narines et à l’esprit. Et pourtant, ce qu’on ne sait pas, c’est que ce beau et grand pays au cœur de l’Afrique, pompeusement appelé « République ’’démocratique’’ du Congo », nous est envié par beaucoup. Il ne suffit que de bien l’organiser pour que tout le monde y soit heureux ! Les Congolais, dépités, ne sachant pas de quoi demain sera fait, éprouvent le besoin de revenir à des fondamentaux structurant la nation. Ils ont besoin de croire en l’avenir ; nous avons tendance à oublier que, pour le meilleur et pour le pire, c’est notre responsabilité collective et celle des responsables politiques au premier chef, qui se trouve engagée.

 

19.Aux sources de l’impasse électorale : le babélisme des lectures constitutionnelles au sein de la classe politique congolaise.Notre analyse de l’impasse électorale actuelle dans notre pays nous a confortés dans l’idée qu’elle relève de la mauvaise foi des politiciens – en l’occurrence, les tenants du pouvoir – dans leur lecture très orientée des prescrits constitutionnels. La cacophonie des interprétations politiquement motivées est entretenue dans le seul but de conserver le pouvoir en dépit de tout. C’est pourquoi toutes les tentatives – y compris la vôtre – et tous les efforts fournis pour les amener à une compréhension partagée de l’ensemble des dispositions de notre Constitution peinent à aboutir. Vous en êtes les témoins oculaires à travers votre médiation.

 

En ce qui concerne cette crise, il faut tout d’abord reconnaître que le problème se pose surtout au niveau de l’élection présidentielle. Tout part du constat que les acteurs politiques congolais n’ont pas (encore) tous compris (ou ne veulent pas du tout comprendre) l’importance de la fonction présidentielle dans notre architecture constitutionnelle. Ils n’ont pas non plus compris que le Président de la République, en sa qualité de Chef de l’Etat, en est le magistrat suprême, la clef de voûte de nos institutions, le garant constitutionnel de leur bon fonctionnement ; si bien que tout ce qui impacte cette fonction est de nature à dérégler la mécanique institutionnelle congolaise dans son ensemble. D’où le fait que l’élection présidentielle est, dans notre système politique, la seule qui est encadrée par des dispositions constitutionnelles contraignantes pour que le fonctionnement sans entrave de nos institutions soit pleinement assuré.

 

Au départ, il y a l’article 70 -1, qui dispose que « le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois ».Ici, la lecture manipulatrice de la Mouvance présidentielle feint d’oublier que le Président de la République en exercice a fini son deuxième et dernier mandat ; parce que la compréhension de cet article doit être mise en corrélation avec celle de l’article 220-1, qui stipule que « la forme républicaine de l’Etat, le principe du suffrage universel, la forme représentative du Gouvernement, le nombre et la durée des mandats du Président de la République, l’indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical, ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ». Il y a ensuite l’article 70-2, selon lequel « à la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu ». Dans leur mauvaise foi, l’interprétation littérale et politicienne que la Mouvance présidentielle fait de cette disposition empêche de voir son intime corrélation avec l’article 73, selon lequel « le scrutin pour l’élection du Président de la République est convoqué par la Commission électorale nationale indépendante, quatre-vingt-dix jours avant l’expiration du mandat du Président en exercice ». Ainsi « un nouveau Président élu » reste une formule qui n’est pas à confondre avec celle d’« un nouveau Président à élire ». Dans toute démocratie digne de ce nom, une élection présidentielle prévue a toujours lieu selon son calendrier ; et le peu de temps différé entre l’élection et l’installation effective du nouveau Président consiste simplement à permettre à celui-ci de disposer du temps nécessaire pour constituer son équipe de travail, rien de plus.

 

Nous sommes donc dans une situation où, en nous basant strictement sur les prescrits constitutionnels, l’action du Président de la République actuel n’est couverte d’aucune légitimité ni légalité. C’est pourquoi il était nécessaire de trouver une solution politique pour résoudre la crise afin de ne pas entraver le fonctionnement de l’Etat. On peut considérer que c’est l’article 75 de la Constitution qui ouvre cette perspective, en énonçant qu’ « en cas de vacance pour cause de décès, de démission ou pour toute autre cause d’empêchement définitif[le diable étant ici dans ce détail], les fonctions de Président de la République, à l’exception de celles mentionnées aux articles 78, 81 et 82 sont provisoirement exercés par le Président du Sénat ». Sauf que dans le cas présent, le Président du Senat étant lui-même illégitime et illégal parce que le Senat n’a pas été renouvelé depuis 2011, la solution de maintenir le Président de la République actuel en fonction durant la transition devant conduire à l’élection de son successeur, a été le compromis trouvé dans le cadre des négociations qui ont eu lieu sous votre médiation. Ceci signifie alors qu’un Président de la République maintenu en fonction non pas par la Constitution, mais par un Accord politique, n’est pas censé, dans son action, jouir des prérogatives plénières que seule la Constitution confère à un Président élu. Cette logique claire doit être partagée par tous. Il est regrettable de constater que ce n’est pas le cas. Si la Mouvance présidentielle était dans cette compréhension des choses comme nous, si elle était de bonne foi, elle n’entraverait pas, comme elle l’a fait jusqu’à maintenant, la mise en œuvre de l’Accord signé le 31 décembre 2016. Dans ces conditions, concernant l’application de l’Accord lui-même, l’inclusivité du partage du pouvoir, y compris pour les responsabilités de souveraineté, doit être totale pour refléter réellement l’idée d’un « Gouvernement d’union nationale ».

 

20.Nous vous demandons de continuer à soutenir l’Accord de la CENCO et de parachever votre mission de médiation, qui n’a que trop duré ; en invitant toutes les parties prenantes à faire montre de bonne foi pour mettre sans tarder l’Accord en application.Voici que votre louable mission de médiation, commencée à la fin de l’année dernière, n’est jusqu’alors pas encore terminée à cause de manœuvres dilatoires de nos acteurs politiques, en dépit de votre bonne volonté, de vos sacrifices immenses et de votre sens du devoir à l’égard de la nation congolaise. Au départ, cette mission était pourtant censée ne durer que 15 jours ! Voilà où nous en sommes aujourd’hui ! Comment ne pas ici prendre la mesure de la malhonnêteté de la classe politique congolaise ? Qu’à cela ne tienne, nous sommes tous appelés à soutenir l’Accord conclu sous votre honorable médiation, parce que nous sommes convaincus qu’au-delà de ses imperfections, il se présente comme le moindre mal à même d’éviter à notre pays le pire sort du chaos généralisé. Cet Accord présente la seule voie pour asseoir la légitimité nécessaire des institutions ; qui doivent gérer la transition, y compris celle de la Présidence de la République. Sans toutefois prédire l’avenir, continuons à donner une chance à cet Accord.

 

C’est pourquoi nous vous invitons donc à redoubler d’effort pour maintenir vive malgré tout la pression sur les acteurs politiques en pourparlers, sans vous fatiguer comme vous l’avez fait jusqu’à maintenant ; afin que l’Accord signé entre en application coûte que coûte. Le peuple congolais tout entier, qui aspire à la paix, vous en saura gré. En cas de non-application de l’Accord à cause de notre classe politique sans foi ni loi, en particulier celle installée déjà au pouvoir depuis des décennies et qui entend manifestement le conserver par tous les moyens illégaux, nous vous invitons également à contribuer à la recherche d’un plan B avec l’ensemble du peuple congolais, et avec l’appui de la communauté internationale, lorsque notre peuple, ainsi excédé et acculé, n’aura en ce moment-là d’autre choix que de « se prendre en charge » en faisant feu de tout bois pour permettre au Congo de renaître de ses cendres.

 

21.Pas oublier le but final visé par vos efforts sans ménagement : l’instauration d’une réelle démocratie et d’un Etat de droit dans notre pays, dans l’intérêt de tous les citoyens.En réalité, la difficulté de la situation, la gravité du péril du Congo, au-delà de la problématique électorale qui nous concerne ici, sont ailleurs ; elles sont dans la dérégulation du système du vivre-ensemble tout entier, dans le primat des intérêts particuliers sur l’intérêt général, dans la corruption érigée en méthode de gouvernement, et, pour tout dire, dans l’absence des soins apportés autour de la construction de la chose publique dont notre pays souffre cruellement. Au Congo on emprisonne, on torture, on viole les femmes, on tue à tour de bras, en toute impunité. Qui pourrait de bonne foi remettre en cause ce constat ? La vie humaine a perdu sa valeur sacrée dans notre pays. Les principes éthiques hérités de nos traditions ancestrales séculaires, qui structuraient jadis la vie sociale, les valeurs chrétiennes elles-mêmes, dont pourtant nos dirigeants se réclament à cor et à cri, ne semblent avoir aujourd’hui plus aucun impact sur leurs comportements. Faire de la politique est devenu le seul moyen par lequel on accède facilement, sans scrupule, à la richesse dans notre pays. Richesse illégale et mafieuse, en détournant les deniers publics et en trafiquant l’influence. La valeur cardinale de solidarité, fondatrice de la cohésion sociale dans la culture africaine en général et congolaise en particulier, est bafouée au pied de la lettre, dans l’indifférence totale.

 

En tant que citoyens, il nous faut donner un coup de pied dans cette fourmilière infernale. La diaspora est décidée à prendre la part qui lui revient dans ce combat. Elle est maintenant plus que jamais mobilisée, a pris le taureau par les cornes, elle s’est levée comme un seul homme, a sorti l’artillerie lourde pour fendre l’armure du désespoir au sein de notre communauté diasporique et nationale. Elle entend agir avec détermination, en communion avec toutes les forces vives du pays, avec tous les fils et toutes les filles du Congo, et avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, d’où qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, pour contribuer au changement des mentalités dans notre pays ; condition sans laquelle l’avènement d’une réelle démocratie et d’un Etat de droit, que nous appelons de tous nos vœux, serait hypothéqué encore pour longtemps. L’instauration de la démocratie exige d’énormes sacrifices que nous devrions être prêts à endurer. L’entrée en démocratie exige de nous, Congolais, aux mentalités longtemps façonnées par la dictature, une véritable reconversion des esprits, une adoption d’une nouvelle culture citoyenne dont nous n’avons ni à redouter, ni à regretter l’effort. Car, comme dit le proverbe, « on ne peut pas vouloir le beurre et l’argent du beurre ».

 

Les Congolais aspirent à vivre dans un pays où ils jouissent effectivement des libertés fondamentales garanties par la Constitution, dans le respect des lois en vigueur. Tout autre discours qu’on peut leur tenir à ce sujet est littérature. Ils aspirent à un Etat de « justice », de « paix » et de « travail » pour tous. Puissions-nous ensemble œuvrer au redressement de la nation, pour donner ainsi du sens à la devise de notre pays et à notre hymne national « Debout Congolais » ! Le combat du peuple, en vue de ce redressement, passe nécessairement par l’avènement au Congo d’une classe politique responsable, compétente et intègre. On aura beau tout faire, aussi longtemps que ces fondamentaux ne seront pas pris en compte comme il se doit, notre pays aura beaucoup de mal à décoller en ce XXIe siècle. Nous ne cherchons pas ici à faire peur, mais à faire prendre conscience.

 

Qu’il nous soit permis de rappeler que si nous en sommes arrivés là dans notre pays, c’est que quelque part chacun de nous, de diverse manière, porte une part de responsabilité en tant que citoyen pour ce qu’il a fait ou n’a pas empêché de faire par les autres. C’est pourquoi notre message vise à réveiller en nous tous la conscience d’une citoyenneté souvent trop endormie. Parce qu’il existe dans la vie un principe de réalité dont nous devrions les uns et les autres tous tenir compte dans notre pays. Nous souhaitons le sursaut de tous. Nous devons tous nous mettre à la recherche d’un « supplément d’âme » salutaire, comme dirait volontiers le philosophe Henri Bergson ; afin de sortir le Congo, grâce à la collaboration de tous, de l’ornière où il se trouve embourbé par la classe politique, et par la faute de nous tous aussi, les uns un peu plus que les autres. Nous avons le devoir sacré, chacun de nous à notre place respective dans la société, d’œuvrer ensemble pour que le Congo devienne une grande nation capable de peser en Afrique et dans le monde, ce qui par ailleurs reste tout à fait conforme à sa vocation naturelle compte tenu de sa taille critique et de son potentiel. C’est pourquoi nous sommes tous appelés, vous et nous, à être les sentinelles, les boucliers et parfois les fers de lance de la démocratie dans notre beau pays.

 

Ces humbles réflexions, sous forme des propositions, que nous vous avons soumises, n’ont d’autre but que d’être la contribution de la Convention des Congolais de l’Étranger à la recherche de la solution pour surmonter l’impasse électorale qui paralyse notre pays et, plus largement, la crise politique profonde de nos institutions dont la question électorale elle-même n’est que le symptôme. Puissent-elles servir à quelque chose ! C’est avec cet espoir, Monseigneur, que nous aimerions mettre un terme à notre propos, le cœur plein de reconnaissance, une fois de plus, pour tous les services que vous avez rendus à la nation, et des remerciements anticipés, au nom de toute notre diaspora, pour ceux que vous lui rendrez dans l’avenir.

 

Veuillez agréer, Monseigneur, l’expression de notre respectueuse considération.

 

Que Dieu de nos ancêtres bénisse le Congo !

 

Fait à Genève, le 8 mars 2017.

 

Pour la Convention des Congolais de l’Étranger,

 

 

la Présidente

Séverine TSHIMINI MBUYI