Un observatoire de suivi de l’Accord de la Saint-Sylvestre

Congolais de Suisse préconisent un observatoire de suivi de l’Accord de la Saint-Sylvestre

 

Du grand débat organisé à Genève sous l’égide de la Convention des Congolais de l’Etranger, CCE en sigle, il ressort la nécessité de multiplier cet exercice ailleurs dans les principales capitales d’affluence congolaise pour que la quintessence et l’enjeu de l’Accord acquis sous la médiation de la Conférence Episcopale nationale du Congo (CENCO) soient un peu mieux compris ainsi que le besoin de mettre en place un observatoire de suivi de l’applicabilité de l’Accord pour aider le peuple souverain à rester, à tout moment, vigilant sur l’interprétation de ce nouveau texte de référence pendant la transition et contraindre les acteurs politiques à le respecter dans l’intérêt supérieur de tous, du pays et du peuple congolais en priorité.

 

Un débat de haute facture, enrichi par de hauts fonctionnaires onusiens

 

De prime abord, il importe de relever et de souligner avant tout l’à-propos et la qualité, plus sur la teneur que sur la forme, du débat. Derechef, on a immédiatement senti que les gens avaient une brûlante envie de s’exprimer sur le sujet proposé. Les « adversaires » de l’Accord de la Saint-Sylvestre se sont manifestement avérés les plus excités, pugnaces et, en conséquence, ils étaient aussi les plus prompts à déclencher les hostilités par des questions bien pointues sur la validité et l’applicabilité de l’Accord. Mais, on s’est également vite aperçu que la majorité de l’affluence était plutôt acquise au bien-fondé et, vu le contexte, à l’opportunité de l’Accord. Plus nombreux dans la salle, les défenseurs de l’Accord de la Saint-Sylvestre se sont également illustrés comme les mieux outillés et l’ont brillamment aussi bien justifié que promu. Leur camp semblait richement diversifié ; les arguments et les synergies des représentants des formations politiques signataires directs de l’Accord, notamment ceux du Représentant du Rassemblement en Europe, Dr André Kabanda, et ceux des leaders de l’UDPS en Suisse, Pascal Bilenga et Bruno Kanku Mukendi, se sont conjugués à ceux des intellectuels observateurs patriotiquement passionnés ainsi qu’à ceux des fonctionnaires onusiens professionnellement rompus à la médiation des conflits politiques pour convaincre avec brio et séduire.

 

Une occasion manquée !

 

Alors que d’aucuns saluent l’Accord de la Saint-Sylvestre, acquis sous l’égide de la Conférence Episcopale nationale du Congo (CENCO), comme une avancée majeure vers la première alternance politique, démocratique et pacifique au Congo de Lumumba, les Congolais de Suisse, réunis pour un débat contradictoire sur les tenants et aboutissants de ce pacte ainsi que sur ses chances d’applicabilités, se sont d’abord montrés sévèrement critiques à l’encontre de ceux qui étaient ont représenté le peuple souverain à ces négociations. Désormais dépourvu de toute légalité, de toute légitimité et ayant perdu la plupart de ses parrains extérieurs, Joseph Kabila était, pour certains intervenants, dans une extrême position de faiblesse. Faisant même le parallélisme avec la position de Mobutu à bord du navire sud-africain Outenika, plusieurs ont martelé que la seule chose qui convenait de négocier encore avec M. Kabila était plutôt sa reddition ainsi que les modalités pour lui de transférer le pouvoir à un régime d’exception ; tel que le prévoit la Constitution du Congo ; qu’il avait lui-même promulguée.

 

Ainsi, bien qu’avec la bénédiction épiscopale, l’Accord de la Saint-Sylvestre n’a pas seulement légitimé le glissement machiavéliquement orchestré par le régime lui-même ; il a surtout cautionné une grave violation de la Constitution aux conséquences d’autant plus imprévisibles que le moral du peuple et la fougue patriotique risquent d’en prendre d’austères contrecoups irréversibles. Désormais, toutes les institutions de l’Etat ainsi que Kabila lui-même, en tant que chef de l’Etat, ne tirent leur légalité que de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

 

Les arguments juridiques se conjuguent ainsi aux circonstances politiques accablantes pour le despote déchu pour faire des négociations du Centre interdiocésain la plus grande occasion manquée de se débarrasser de ce régime de spoliation. Certes, occasion manquée, l’ont-ils affirmé plus fort ; mais à cause de qui ? Le débat a incriminé surtout les négociateurs de l’opposition, les représentants du Rassemblement plus spécifiquement ; qui auraient bradé tout le crédit placé en eux par le peuple en réhabilitant un régime aux abois et suscitant, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Congo, la plus vive de répulsion. Convaincus que le peuple congolais était fin prêt pour une grande révolution, d’aucuns ont estimé que c’était l’occasion ou jamais de déraciner ce régime des prédateurs invétérés. Et ce d’autant plus que les massacres à grande échelle avaient déjà eu lieu et se poursuivaient pendant les négociations.

 

La légalité de l’Accord de la Saint-Sylvestre remise en question

 

Parmi les multiples attaques à l’encontre de lAccord de la Saint-Sylvestre, la plus virulente lui a reproché l’absence originelle de base légale : la convocation des négociations politiques du Centre interdiocésain ne référerant à aucune source légale. En exégètes avertis, les censeurs de l’Accord n’ont pas hésité à brandir le parallélisme avec le pacte de la Cité de l’UA, qui tirait sa légalité de l’ordonnance présidentielle d’un chef d’Etat en fonction, Joseph Kabila lui-même. En d’autres mots, le compromis politique sous la médiation de la CENCO n’aurait aucune validité juridique et le régime attendrait le bon moment pour déclarer sa nullité et lui opposer, machiavéliquement, l’Accord du 18 octobre 2016 sous la médiation de l’Union africaine.

 

Sans minimiser la capacité de nuisance du régime et les pièges de parcours qu’il est en mesure de tendre au processus en cours, l’un des fonctionnaires onusiens dans la salle a relevé et situé le fondement légal des négociations politiques sous l’égide de la CENCO aussi bien dans la Constitution congolaise, articles 75-76, que dans le droit international, conformément à la résolution 22-77 du Conseil de sécurité de l’ONU. D’autres, condamnant vivement le maintien en place de Joseph Kabila au-delà du terme constitutionnel de son mandat et réaffirmant la responsabilité première du régime dans l'absence d’élections prévues, ont imputé au pouvoir la culpabilité des violences intervenues et situation d'impasse dans laquelle se trouverait le pays par ce manquement. Pour eux, tout compromis politique, maintenant au pouvoir ceux qui ont failli, est un cadeau qui devrait se négocier avec une stricte rigueur et ferme sévérité.

 

De sérieux doutes sur l’applicabilité de l’Accord de la Saint-Sylvestre

 

Dans la salle, d’aucuns se sont agacés du temps passé continûment à ménager les sensibilités d’un dictateur, qui règne par défi dans une abjecte terreur, au prétexte qu’il faut éviter le chaos dans le pays ; alors que la majorité des Congolais vit déjà ce chaos. On a plutôt relevé que cette accréditation solennelle du glissement pourrait se révéler comme une entourloupe sur laquelle le régime pourrait s’appuyer, dès que l’étau se desserra autour de lui, pour concocter un autre plan machiavélique de confiscation du pouvoir. On a alors mis en exergue les multiples pièges que comporte l’Accord de la Saint-Sylvestre lui-même ; parmi lesquels on citera :

  • la reconduction d’un Sénat depuis longtemps en fin mandat et outil de la dictature ;

  • la reconduction de l’Assemblée nationale réputée alliée de la dictature et haut lieu privilégié de diverses sordides manigances politiciennes putschistes ;

  • la non-dissolution des institutions juridiques réputées à la solde de la dictature ;

  • la non-dissolution de la douteuse Commission électorale « indépendante » (CNI) ;

  • la non-limitation du statut de chef d’Etat de la transition.

 

Ainsi, d'énormes obstacles se répandent sur l’applicabilité de l’Accord signé et peuvent le torpiller à tout moment. Lorsque la CNI estime que des élections ne seraient pas possibles avant 2018, pourquoi croire que dans son actuelle composition elle travaillera pour une autre échéance ; en sachant très bien ce que recherche non mentor, Joseph Kabila ? De même, si c'est à cause des impasses financières et des contraintes logistiques que les élections n’ont pu être tenues dans les délais impartis avec les cautions des institutions juridiques et législatives en place, comment espérer que ces mêmes institutions, toujours dans la même configuration, ne cautionnent pas à nouveau d’autres faits accomplis et putschs probablement irréversibles ?

 

Le Rassemblement, l’UDPS et Tshisekedi accusés de course aux postes et de trahison

 

Malgré l’Accord, les questions essentielles restent pendantes. La « décrispation politique » ne semble toujours pas d’actualité ; car des arrestations massives se poursuivent. Les moindres embryons de rassemblement sont réprimés de manière excessive par les forces de sécurité et durant lesquelles de nombreuses victimes sont à déplorer. A cela s’ajoutent les disparitions d’activistes interpellés, des journalistes et l’arrestation rocambolesque d’un illustre opposant, Franck Diongo, à Kinshasa même et pendant les négociations. Comment comprendre que ses compères et les évêques acceptent de se mettre à la table de négociation avec les bourreaux dans ces conditions ? Par ailleurs, le destin de la partie orientale du pays a été bien absent des discussions. Dans d’autres régions, comme au Kassaï, des groupes armés ont ressurgi et tentent de militariser cette crise politique ; mais les négociateurs ne les prennent pas en compte. 

 

Des voix se sont alors levées pour rappeler que dans les grandes villes du pays, comme Kinshasa et Lubumbashi, nombreux sont ceux qui attendaient un appel au soulèvement pour liquider, à l’instar du Burkina Faso, une kleptocratie arrivée au paroxysme de l’exaspération du peuple. Mais, les morts tout comme ceux qui ont survécu à la répression, ont tous été trahis par une opposition politique, qui a préféré l’alliance avec le pouvoir pour se partager les prérogatives de position et est restée silencieuse. Bien que soutenant l’opposition, certains ont menacé de de prendre leurs distances avec ces acteurs politiques s’il se confirme qu’ils sont également prêts à tout sacrifier pour partager des bribes d’un pouvoir même manifestement aux abois.

 

Finalement, un consensus : Accord de la Saint-Sylvestre, une base vers une alternance pacifique

 

En épilogue d’un débat vivement contradictoire et de haute facture, un largement consensus s’est néanmoins dégagé pour considérer l’Accord de la Saint-Sylvestre comme une base de travail à même de mener pacifiquement le pays vers une culture d’alternance politique pacifique à la tête de l’Etat. Nationalistes et passionnément patriotes, beaucoup ont d’abord mis en évidence le fait que le compromis politique a été l’œuvre des Congolais eux-mêmes ; laissant en marge les pays occidentaux ; qui, poursuivant leurs intérêts économiques rivaux, n'ont pas toujours joué des rôles constructifs sur le territoire congolais. Toute œuvre humaine restant perfectible, la diaspora réunie en Suisse a souhaité donner sa chance à cet « exploit » congolais de se confirmer par l’organisation des élections dans le délai imparti et dans un contexte apaisé. Pour cela, il faut que le rapprochement et le dialogue amorcés entre leaders d’opinion rassurent et fassent baisser les incertitudes ainsi que les tensions dans la population.

 

Appel à la diaspora pour une vulgarisation dynamique de l’Accord de la Saint-Sylvestre

 

Le représentant de l’UDPS en Suisse, M. Pascal Bilenga, a saisi cette occasion pour appeler la diaspora à s’approprier le texte de l’Accord de la Saint-Sylvestre comme d’un nouveau rempart transitoire pour la souveraineté du pays, les libertés individuelles et le levier de combat sur lequel s’appuyer désormais pour renverser la hiérarchie des influences politiques au Congo. Dès lors, le mot d’ordre a été lancé de transformer la multiplicité des fronts de l’opposition en une bipolarisation des forces, selon une nouvelle dialectique entre le mouvement vers le changement et la résistance. En confinant ainsi la minorité kabiliste dans cette résistance.

 

Appel à la diaspora pour interpeller la communauté internationale à soutenir de l’Accord

 

Dans le nouveau contexte de la vive mondialisation, un pays tel que le Congo n’a aucune chance de vivre en vase clos. Objet des convoitises pour ses multiples richesses naturelles, le pays ne ferait que s’attirer des agressions étrangères s’il donne des signes de repli sur soi. C’est pourquoi, plutôt que de redouter la présence étrangère au Congo, il faut au contraire la promouvoir et l’organiser pour espérer la gérer, lui mettre des garde-fous ; plutôt que de la subir et de se laisser gérer de manière contrôlable par elle. C’est dans cette perspective que les fonctionnaires onusiens présents au débat ont interpellé la diaspora congolaise pour qu’elle saisisse aussi cette occasion de turbulence pour impliquer les institutions internationales et les chancelleries étrangères dans des alliances de circonstance pour défendre et promouvoir l’Accord de la Saint-Sylvestre comme voie et processus vers l’accalmie, la viabilité, la fiabilité et la stabilisation du climat d’affaires au Congo. Il est donc urgent que la diaspora congolaise s’organise pour faire entendre utilement sa voix là où se discute et se décide le sort du Congo !

 

Des voix en faveur d’un observatoire de suivi de l’Accord de la Saint-Sylvestre

 

Dans une orientation sensiblement différente, des voix ont émergé pour demander la mise en place d’un observatoire de suivi de l’Accord. Pour mieux l’analyser, le comprendre et en saisir les finesses cachées afin de mieux suivre et exiger de manière constante le respect et la bonne application de l’Accord de la Saint-Sylvestre, un organisme administratif au niveau de la diaspora s’impose urgemment. Pour ce faire, la Convention des Congolais de l’Etranger (CCE) a été invitée à organiser d’autres débats du même genre dans d’autres capitales de principale affluence congolaise. Bruxelles a été prioritairement plébiscitée à cet effet.

 

Compte rendu du débat du 13 janvier 2017, à Genève
« Quel avenir pour l’Accord de la Saint-Sylvestre ?  »
Selon la plume de Lwakale Mubengay BAFWA