Au Ministre des Congolais de l'étrager

 

MEMORANDUM

 A l’intention de Son Excellence

Monsieur Antoine BOYAMBA Okombo

Vice-ministre des Affaires Etrangères

En charge des Congolais de l’étranger

 

Kinshasa

République Démocratique du Congo [RDC]

 

SOMMAIRE

1. Préambule ……………………………………………………… … … ..............................… … ……..1

2. Qui sommes-nous ? …………………………………………….............................………… … … …2

3. Que sommes-nous capables d’apporter à la nation congolaise ? ……….........…………4

4. Que sommes-nous en droit d’attendre de vous ? ………………………................…………7

5. Conclusion ……………………………………………………................................……………………10

 

 

1. Préambule

 

Excellence Monsieur le Ministre,

 

Même si, de tout temps, depuis son apparition sur terre, l’être humain s’est toujours déplacé vers d’autres cieux, loin de son environnement naturel pour des raisons existentielles, les bouleversements sociaux intervenus surtout en ce XXIe siècle, favorisés par toutes sortes de facteurs – par exemple le développement des moyens de communication et de télécommunication, les nouvelles technologies numériques et, en particulier, les réseaux sociaux –, ont non seulement accru la cadence des flux migratoires à travers le monde mais encore rendu ce phénomène irréversible. Certains pays, surtout ceux en voie de développement, qui ont bien compris cette irréversibilité, ont pris le taureau par les cornes, en initiant une politique conséquente qui intègre dans ses priorités l’apport de leur diaspora respective à l’effort national global visant à favoriser leur développement. Cela a déjà donné et continue à donner, à travers le monde, pas mal de résultats positifs.

 

Forts de ce constat, nous pensons que le Congo, notre pays, ne peut se payer le luxe d’aller à contre-courant de cette tendance, en agissant comme s’il formait un îlot isolé du reste du monde dont il fait pourtant partie et à l’évolution duquel il ne peut se soustraire. Qu’il nous soit permis de vous avouer que nous avons eu pendant longtemps cette impression. La création récente d’un ministère chargé spécialement des relations avec les Congolais qui vivent à l’étranger est de nature à rassurer, dans l’exacte mesure où elle peut être perçue comme l’expression de la volonté politique du gouvernement de ne pas continuer à marginaliser cette composante importante du peuple congolais. Votre nomination a créé au sein de la diaspora congolaise un immense espoir qu’il convient désormais de ne pas décevoir.

 

Depuis l’accession de notre pays à l’indépendance, à cause de difficultés sans nombre qu’ils rencontrent dans leur pays, notre pays, les Congolais émigrent un peu partout dans le monde, surtout depuis trois décennies. On évalue actuellement notre diaspora entre 6 et 7 millions d’âmes. Voilà une force sur laquelle il faut s’appuyer et avec laquelle il faudra désormais savoir compter comme protagoniste du développement et de l’émergence du Congo. C’est cette bonne raison, pour le moins éclairée et enrichie par l’expérience de notre vie diasporique, qui est à la base de notre démarche d’aujourd’hui consistant à prendre langue avec vous pour connaître – cela va de soi – la conception que vous vous faites de votre mission ainsi que votre programme d’action. Mais avant toute entrée en matière, force est de vous dire d’abord, en quelques mots, qui nous sommes afin de nous conformer bien entendu aux civilités en usage dues à une personne de votre rang.

 

 

2. Qui sommes-nous ?

 

Excellence Monsieur le Ministre,

 

Longtemps éclatée en plusieurs petites chapelles autonomes suivant les pays d’accueil, les villes, les législations ainsi que sur la base d’autres critères de rassemblement, la diaspora congolaise éparpillée dans le monde entier s’est réorganisée en une structure fédérant des membres et des associations domiciliés dans plusieurs pays d’Afrique, d’Europe, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie. Notre organisation, dont nous aimerions ainsi porter l’existence à votre connaissance, s’appelle la « Convention des Congolais de l’étranger ». Le siège social de cette nouvelle structure associative est en Suisse, à Genève. En ce sens, nous sommes d’office régis par la loi suisse en la matière. Nous ne sommes pas un parti politique ni une plateforme des partis, mais plutôt le prolongement de la société civile congolaise. Le Congo compte actuellement, administrativement parlant, 11 provinces ; nous aimerions fièrement être considérés comme la 12ème.

 

Quant aux buts poursuivis, disons schématiquement que notre regroupement vise une action à deux volets : un volet interne, un autre externe. S’agissant du volet interne, nous voulons agir ensemble pour trouver des solutions collectives aux préoccupations et aux défis de la vie diasporique des Congolais partout où ils sont établis, en vue de favoriser leur intégration ; car, seule l’union fait la force. Il s’agit ici de la force entendue comme cette vertu que génère toute bonne organisation, à même d’aider à résoudre les problèmes communautaires en complément indispensable des efforts individuels dans tous les domaines de la vie sociale où ceux-ci, considérés isolément, s’avèrent soit insuffisants soit impuissants face aux situations. Pour ce qui est du volet externe de notre organisation, notre préoccupation majeure reste d’être en position, selon les circonstances, par une action collective et concertée, menée dans le respect des genres et des générations, de manifester notre solidarité tous azimuts avec la mère-patrie, le Congo, de ne pas nous couper de lui, ce qui est aussi une manière de lui savoir gré de tous les bienfaits dont il nous a comblés. Loin du Congo et nonobstant notre large contribution à l’économie nationale à travers les transferts de fonds massifs destinés à la consommation locale, nous nous sentons marginalisés par ceux qui tiennent entre leurs mains le destin de notre pays. Du coup, nous avons pris la ferme décision d’être désormais les acteurs de ce destin, humblement, à côté d’autres bien entendu, et non plus ses simples spectateurs qui, impuissants, le subissent dans la résignation.

 

Pour vous donner une idée illustrée et on ne peut plus étoffée de notre projet, cerné dans sa double dimension, comme nous venons de le dire, vous nous permettrez de le résumer par la suite à travers quelques aspects concrets qui se situent au cœur même de l’action que nous entendons mener. D’entrée de jeu, il nous faut affirmer que notre projet repose sur une nécessité qui se dégage de notre expérience de vie à l’étranger, faite de difficultés. La nécessité d’abord de nous rassembler, de nous retrouver entre nous pour nous connaître et nous reconnaître en tant que Congolais, ce qui est la condition sine qua non de toute collaboration. La nécessité ensuite de créer ensemble, par cette même collaboration, les conditions d’offrir au monde – chacun de nous respectivement dans le pays où il vit – une image positive de nous-mêmes et de notre pays. La nécessité enfin d’avoir une structure citoyenne fonctionnellement organisée, pouvant nous permettre de défendre efficacement nos divers intérêts aussi bien dans nos pays d’accueil respectifs que sur place au Congo.

 

Forts d’une organisation comme celle que nous formons, les espoirs sont permis pour réaliser, à travers des actions concrètes, les objectifs qu’humblement nous poursuivons, à savoir :

 

1o renforcer par notre action collectivela conscience du partage d’une même identité nationale, en particulier au profit de jeunes générations (enfants et adolescents nés et/ou qui grandissent à l’étranger, n’ayant pas encore assimilés notre culture, nos traditions et nos valeurs), en vue de susciter chez elles l’amour du Congo et de renforcer leur attachement à la mère-patrie ;

 

2o créer du lien socialà une plus large échelle et offrir un espace de solidarité à la diaspora congolaise à travers le monde entier en vue d’œuvrer à l’amélioration de ses conditions de vie et de l’accompagner sur le chemin de la recherche des solutions à ses différents problèmes d’intégration dans les pays d’accueil ;

 

3o organiser d’une manière plus efficace notre solidarité sur tous les plans avec notre pays et avec le monde, conscients d’être une composante à part entière du peuple congolais ;

 

4o être en mesure de défendre partout nos intérêts individuels et/ou collectifs, en particulier au Congo, et être en position d’y exercer nos droits et devoirs civiques ;

 

5o de ce fait, participer à notre manière à la vie nationale pour contribuer à y conforter la démocratie, la reconstruction nationale et l’émergence économique du pays ; etc.

 

Les valeurs qui nous animent sont les suivantes : l’amour de la patrie et la foi dans le peuple congolais et en ses capacités ; le respect des autres et de leurs opinions quelles qu’elles soient (politiques, philosophiques, religieuses ou autres) ; l’esprit de responsabilité ; la volonté de prendre activement la part qui nous revient dans l’œuvre collective de reconstruction nationale et de l’émergence d’un Congo nouveau, prospère et « plus beau qu’avant ».

 

 

3. Que sommes-nous capables d’apporter à la nation congolaise ?

 

Excellence Monsieur le Ministre,

 

En nous positionnant comme l’interface de la diaspora congolaise internationale, comme son interlocuteur privilégié face aux institutions congolaises, aux institutions des pays d’accueil ainsi qu’internationales, comme nous le confère nos statuts, nous sommes conscients de la gravité de notre responsabilité, en particulier de l’immense devoir patriotique que nous avons envers notre pays et notre peuple. Organisée comme elle l’est désormais au sein de la « Convention des Congolais de l’étranger », la diaspora congolaise, mue par un vif sentiment patriotique et de solidarité, est décidée à apporter sa pierre à l’édifice, sur tous les plans, pour bâtir ensemble la nation congolaise. Mais quoi concrètement ? Voici quelques exemples.

 

Nous apportons déjà un bol d’oxygène non négligeable à l’économie nationale par nos transferts massifs de fonds destinés à soulager un tant soit peu la misère de nos familles. Les Congolais vivant à l’étranger représentent environ 10% de la population de notre pays, soit 7 millions. Ils sont disséminés à travers les cinq continents mais le noyau dur ou la plus grande concentration se trouve en Europe (Belgique, France, Grande Bretagne, Allemagne, Suisse, Pays-Bas) et en Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada). Ces émigrés ont transféré au Congo en 2011 – année record – 9,3 milliards de dollars US contre 2,3 milliards en 2009. Malgré l’absence de statistiques fiables mises à jour, les planificateurs du développement et autres experts de la Banque mondiale (BM) et de la Banque africaine de développement (BAD) évaluent la moyenne de fonds injectés chaque année dans l’économie congolaise par la diaspora à 2 milliards de dollars US. Les familles des émigrés reçoivent chaque année, par ménage, en moyenne 2.000 dollars pour leurs besoins. Nous pensons que ces sommes d’argent considérables, de loin supérieures à l’aide publique au développement et qui constituent la première source nationale de devises étrangères, peuvent davantage être mises à profit de l’économie nationale si, dans notre pays, une bonne politique de planification du développement intègre convenablement le phénomène migratoire.

 

Nous entendons agir de telle sorte que notre pays tire profit de notre proximité avec les institutions internationales. Les deux sièges de l’ONU autour desquels se concentre l’essentiel des organisations internationales se trouvent en Occident (New York et Genève). Or, eu égard à la faiblesse de l’Etat congolais, au manque de moyens criant de sa diplomatie, à la mauvaise gouvernance, au manque de clairvoyance, nous constatons avec beaucoup de regret que la communauté internationale impacte de plus en plus le destin de notre pays, en hypothéquant ainsi notre inaliénable souveraineté. Pour faire face à ce péril, notre organisation s’est engagée à créer par tous les moyens un grand lobby chargé de défendre partout les intérêts du Congo, en s’activant dans tous les forums internationaux où des décisions importantes engageant le sort du peuple congolais se prennent.

 

Nous voulons contribuer à redorer le blason de notre pays. Comme vous le savez, l’image de notre pays à l’étranger est ternie depuis belle lurette à cause de toutes sortes de difficultés qu’il traverse sur le plan de la gouvernance, du respect des droits de l’homme, de la gestion économique de ses ressources naturelles, etc. L’image du pays souffre aussi d’une mauvaise communication de notre part, nous tous, communication qui n’entreprend rien pour combattre chez tout curieux de bonne volonté la méconnaissance ou l’ignorance pure et simple des faits et de vraies réalités congolaises. On entend souvent dire que les Congolais ne savent pas « vendre » leur pays. Sur le plan culturel par exemple, nous sommes décidés, nous, à prendre toute la mesure de cette importance de la communication dans notre monde moderne. C’est ainsi que nous ne lésinerons pas sur les moyens pour organiser régulièrement des séminaires, des colloques, des conférences-débats, des animations diverses pour parler du Congo afin de mieux le faire connaître aux Congolais eux-mêmes d’abord ainsi qu’aux étrangers désireux de découvrir les mystères de cet immense et beau pays au cœur de l’Afrique. Tout sera fait pour mettre à la disposition d’un large public une information et une recherche de qualité, variées, fiables et actualisées sur notre pays.

 

Nous constituons un inépuisable et incontournable creuset de compétences pour le développement de notre pays. En toute humilité, de part notre nombre et surtout notre qualité, nous, Congolais de l’étranger, sommes conscients que nous formons indéniablement un riche réservoir de compétences, de savoir et de savoir-faire à mettre à contribution dans l’effort de redressement national, si nous voulons faire du Congo de demain un pays émergent en ce XXIe siècle. Nous continuons à regretter pourtant la marginalisation dont nous sommes l’objet de la part de nos décideurs. Toute politique qui consisterait à nous ignorer est un grand gâchis. Aussi sommes-nous déterminés, en ce qui nous concerne, à œuvrer ensemble avec vous, dès à présent, pour y mettre fin. Nous vous tendons donc la main dans l’intérêt de notre pays.

 

Forts de l’expérience tirée de notre résidence dans les pays de vieille tradition démocratique, nous voulons plus que jamais apporter notre touche à l’ancrage de la démocratie dans notre pays. La démocratie est un processus qui va au-delà de la simple élaboration des règles et de la proclamation de bonnes intentions ; là où elle est vivante, elle façonne les comportements, dès lors qu’elle a consolidé les valeurs humanistes et enrichi les traditions d’un peuple. Depuis le referendum de 2006, nous pouvons affirmer – sans courir le risque d’être contredits – que notre pays s’est doté d’une bonne Constitution – même si elle reste perfectible comme d’ailleurs celles de tous les autres pays. Mais voyez combien dans ce Congo dit « démocratique » les mentalités, encore imprégnées de culture dictatoriale à tous les niveaux, sont loin du compte ; voyez combien nous éprouvons toutes les peines du monde pour effectuer l’inexorable passage de la « démocratie formelle », proclamée, à la « démocratie réelle », pratique, vécue comme telle par la population ! Nous en avons pour preuve le dernier exemple en date : les événements sanglants de janvier dernier. Comment expliquer, dans une république « démocratique », que les forces de l’ordre, censées maintenir l’ordre public et protéger la population lors des manifestations, soient celles-là mêmes qui usent des armes létales pour accomplir leur mission régalienne, en faisant au passage de nombreuses victimes, au lieu de se suffire des balles en caoutchouc et des bombes lacrymogènes, conformément à la règle en usage dans tout pays civilisé digne de ce nom ? Et que dire des exactions, des intimidations, des arrestations arbitraires et autres peines extrajudiciaires infligées à la population par les services de renseignements, avant et après ces événements, en toute impunité ?

 

Sans pour autant approuver les pillages qui ont eu lieu, nous condamnons fermement les pratiques de nos forces de l’ordre. Tout usage de la force armée dans des situations et conditions qui ne l’exigent pas est antidémocratique ! Tenez : dans son dernier rapport annuel, le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) précise que les principaux responsables des violations des droits de l’homme au Congo seraient des agents étatiques (militaires et policiers) ; ils auraient commis 57% des 2.360 cas de violations des droits de l’homme enregistrés en 2014. Face à tout cela, nous pensons que les ressortissants congolais qui vivent à l’étranger, de part leur position favorable à la mixité culturelle, ont développé une sensibilité particulière par rapport aux questions démocratiques. S’ils sont intégrés par les instances dirigeantes dans la planification du développement du pays à la place qui leur revient, sans être mis à l’écart comme c’est le cas jusqu’à maintenant, ils sont capables de contribuer, à côté de toutes les autres forces vives de la nation, à l’éducation à la citoyenneté pour la promotion de la culture démocratique dont notre pays a tant besoin.

 

 

4. Que sommes-nous en droit d’attendre de vous ?

 

 

Excellence Monsieur le Ministre,

 

Si, certes, l’opinion congolaise est au courant de la feuille de route générale sur laquelle doit reposer l’action du Gouvernement formé le 7 décembre 2014 (application des recommandations des « concertations nationales » qui ont eu lieu, rétablissement de la paix et de l’autorité de l’Etat à travers le pays, consolidation de la cohésion nationale, poursuite de la reconstruction, appui au processus de décentralisation et à l’organisation des élections et enfin amélioration des conditions sociales des populations), en revanche, les Congolais de l’étranger, eux, s’interrogent sur le sens de votre mission, c’est-à-dire sur la feuille de route spéciale éventuelle reçue lors de votre nomination comme membre de l’équipe gouvernementale. Il vous appartient de nous en informer. Mais, dans notre effort de compréhension tendant à déduire votre cahier des charges à partir de trois derniers objectifs principaux de votre Gouvernement, précités, nous sommes en droit d’attendre de vous ce qui suit :

 

En vue de favoriser la cohésion nationale et rompre le cercle infernal de la marginalisation dont nous sommes victimes depuis longtemps, nous vous exhortons à construire des ponts avec nous, Congolais de l’étranger, représentés en particulier par notre organisation. Car nous sommes une composante à part entière du peuple congolais et nous voulons retrouver au sein de celui-ci toute notre place dans le partage du destin collectif auquel rien ni personne ne saurait nous soustraire. La nature a fait de nous des Congolais ; nous sommes fiers de porter cette identité et de continuer à la promouvoir jusqu’à la fin de notre vie, inch Allah ! Ce n’est que de cette manière que « nous bâtirons un pays plus beau qu’avant, dans la paix », ainsi que nous le chantons dans l’hymne national. La culture politique antidémocratique des régimes successifs à Kinshasa, qui nous a toujours tenu en méfiance, nous suspectant de propager généralement des idées de l’opposition, indésirables pour ceux qui sont au pouvoir, n’a décidément profité à personne au bout du compte, en tout cas pas au pays ! Le moins que l’on puisse dire est que cette méfiance est partagée. Pour nous tous, il est plus que temps, dans l’intérêt supérieur de la nation, de changer notre fusil d’épaule. En ce qui nous concerne, nous voulons tendre ici la main.

 

Sur le plan économique, pour répondre à l’objectif gouvernemental de poursuivre la reconstruction de notre pays, nous vous demandons, en votre qualité de membre du Gouvernement en charge des questions des Congolais de l’étranger, de travailler de concert avec tout le corps gouvernemental, en particulier avec votre collègue du Plan, pour que notre pays, désormais, se dote réellement d’une politique qui intègre le phénomène migratoire congolais à la planification générale du développement. Nous voulons dire par là qu’il faut que les fonds que nous transférons chaque année au Congo pour les besoins familiaux (se nourrir, se vêtir, se loger, payer les frais scolaires des enfants, etc.) puissent avoir un suivi et une traçabilité qui permettent à une partie de ceux-ci, vu leur importance dans l’économie nationale (en termes de quantité et comme première source d’approvisionnement du pays en devises étrangères), au-delà de la consommation, de servir à l’investissement créateur des richesses.Il est plus que temps, pour l’Etat congolais, de commencer à réfléchir à une vraie organisation qui permette de drainer progressivement l’argent d’origine diasporique vers le secteur productif. Cela passe, entre autres, par l’assainissement du tissu bancaire, la création des conditions fiscales favorables, l’allègement des démarches administratives et par toutes sortes d’autres mesures incitatives en faveur de l’investissement que le Gouvernement de la République peut et doit prendre sans tarder pour booster l’économie de notre pays. D’un autre côté, en ce qui concerne ce que les émigrés eux-mêmes doivent entreprendre, tout doit être fait pour la création des agences de transfert de fonds compétitifs pouvant empêcher Western Union, MoneyGram et Ria de continuer à détenir le monopole sur ce marché. Pour prendre un exemple : les frais de transaction de ces importantes sommes d’argent tournent aujourd’hui autour de 12 à 20%. Tous les experts estiment qu’ils sont encore très élevés. Si la compétitivité sur ce marché réussissait à les réduire – ce qui passe, comme nous venons de le dire, par l’assèchement des monopoles et des autres circuits parallèles des agences clandestines, et par le combat contre tous les réseaux maffieux qui s’y sont positionnés – c’est du coup les fonds envoyés à destination qui augmenteraient, ce qui serait une aubaine pour l’économie nationale.

 

C’est de cette manière que la diaspora congolaise, par son apport massif à la croissance économique de notre pays, peut en même temps aussi contribuer au progrès social. Tout progrès social en tant que tel se mesure à la création d’une classe moyenne au sein d’une population, ce qui n’est pas encore le cas dans notre pays. Cela exige la mise sur pied des mécanismes de redistribution des fruits de la croissance économique qui privilégient la justice sociale. Nous sommes ici au cœur de ce qui relève du devoir de l’Etat.

 

En ce qui concerne la réalisation de l’objectif gouvernemental relatif au chapitre électoral, en prévision des échéances constitutionnelles de 2016, nous vous demandons instamment d’œuvrer pour que nous puissions enfin bénéficier de nos droits civiques en la matière, c’est-à-dire être électeurs et êtres éligibles aussi, conformément aux recommandations des « concertations nationales » passées. Nous voulons être reconnus comme des Congolais à part entière. Cela passe par la reconnaissance de nos droits, de tous nos droits. Nous refusons aujourd’hui de continuer à jouer le rôle ingrat d’être de simples pourvoyeurs de fonds, la vache à lait de l’économie nationale, écartés de tout autre rôle à jouer, en particulier sur le plan politique, dans la vie du pays. Dans ce sens, en tant que notre Ministre de tutelle, nous vous recommandons de mettre tout votre poids dans la balance afin que cette injustice perpétrée contre nous dans l’indifférence générale soit réparée par la République. Quelles que soient les raisons avancées nous ayant empêchés jusqu’à présent de jouir de nos droits civiques prévus dans la Constitution, il ne faudrait pas perdre de vue qu’elles restent pour le moins antidémocratiques. Aussi, c’est à l’aune de votre volontarisme, sur ce sujet sensible en particulier, que nous jugerons votre action et votre bilan. Comme les élections auront lieu en 2016 et que nous n’avons pas de temps à perdre, nous attendons impatiemment votre réaction en ce qui concerne la définition des modalités pratiques de tout cela.

 

L’autre point important de la feuille de route gouvernementale concerne l’amélioration des conditions sociales des populations. En notre qualité de Congolais à part entière, nous revendiquons le droit d’être pris en compte dans cette préoccupation. La cohésion sociale dont nous avons parlé précédemment ne peut être réussie sans la mise en œuvre d’une politique volontariste d’amélioration et d’harmonisation des conditions de vie du peuple congolais touchant toutes les couches sociales, dans ses différentes composantes. La diaspora congolaise, en ce qui la concerne, contribue déjà indirectement à cette cohésion nationale, par ses apports financiers permettant au pays de continuer à avoir une croissance économique soutenue. Il ne manque plus que la création des mécanismes efficaces micro et macroéconomiques pour faire en sorte que cette croissance ait un effet multiplicateur. Mais ça, c’est la tâche de l’Etat. A coup sûr, la diaspora contribue aussi et surtout à maintenir la paix sociale dans notre pays dans la mesure où son soutien financier aux proches parents a permis jusqu’à présent au Gouvernement d’éviter d’être confronté à une crise sociale majeure – genre émeutes de la faim –, comme on en a connu dans certains pays sur notre continent, avec des conséquences parfois sanglantes. Cela mérited’être souligné car les gouvernants ont souvent tendance à l’oublier.

 

Revenons à nos moutons. Nous disions que nous, Congolais de l’étranger, aimerions être pris en compte dans le projet social du Gouvernement. Une des préoccupations qui nous tiennent à cœur pour l’instant consiste à vous demander, en votre qualité du Ministre de tutelle, d’entamer sans tarder des démarches avec les différents Etats où se trouvent concentrés les grands foyers diasporiques congolais, pour signer des accords en matière de retraite en vue de faciliter le retour au pays de ceux de Congolais qui le souhaitent, pour y vivre l’après-retraite et y investir. Favoriser tout retour au pays assorti d’un projet de développement est une autre manière de contribuer à dynamiser notre économie.

 

Pour rester toujours sur le chapitre social, nous vous demandons également d’étudier la faisabilité avec tous les services concernés pour arriver à faciliter à ceux de nous qui investissent déjà au Congo les conditions qui sécurisent leur investissement. A notre sens, d’une manière générale, il s’agit dans un premier temps ici, d’un immense travail interministériel de revisitation des accords de l’OHADA relatifs à l’environnement des affaires, signés par notre pays, pour s’assurer de leur applicabilité. Il s’agit dans un second temps de passer en revue l’arsenal des mesures incitatives (sur le plan de la fiscalité, de l’administration) en faveur de l’investissement qui peuvent être adoptées au bénéfice des ressortissants congolais qui vivent à l’étranger.

 

 

5. Conclusion

 

 

Excellence Monsieur le Ministre,

 

Il est temps de conclure ce premier échange avec vous, qui s’est fait à notre propre initiative. A travers ce contact, nous espérons vous avoir donné la possibilité de nous découvrir, de savoir qui nous sommes, ce que nous pensons pour notre pays, pour son développement économique au regard de ses potentialités humaines et naturelles, pour son rayonnement dans le concert des nations de notre planète. Nous espérons que notre propos vous aura aussi permis de cerner notre conception de la relation que nous souhaitons établir avec vous. Voulant briser la glace installée depuis la Deuxième République entre les dirigeants congolais et la diaspora, nous avons pris l’initiative de faire le premier pas. Car tout le monde peut se rendre compte que cette méfiance mutuelle entretenue depuis longtemps ne sert pas les intérêts de notre pays. Si nous voulons tous être de bons patriotes, le sort du Congo devrait nous préoccuper au plus haut point, nous incitant ainsi à mettre entre parenthèses ce qui nous oppose et nous divise pour maximiser ce qui nous unit. Puisque notre destin est lié, cessons donc de continuer à nous regarder en chien de faïence.

 

Nous, membres de la « Convention des Congolais de l’Etranger », jamais nous ne désespérerons de notre pays ; nous continuons à croire à l’avènement d’un Congo meilleur où il fait bon vivre pour tous, démocratique, prospère, occupant en Afrique et dans le monde la place qui lui revient au regard de sa taille critique et de ses potentialités. Mais ce Congo nouveau que nous appelons de tous nos vœux n’est et ne sera l’apanage de personne, ni de la classe politique dans son ensemble, ni du régime au pouvoir, ni de l’opposition, ni de la société civile, ni des chefs traditionnels ; le Congo dont nous rêvons sera construit par tous ses fils et toutes ses filles, ou ne sera pas. Devant cet immense et beau défi à relever, force est de reconnaître que la diaspora congolaise n’entend pas se dérober à sa responsabilité. Elle veut que son apport déjà consenti et qu’elle ne cesse de consentir dans l’effort de reconstruction nationale soit reconnu à sa juste mesure ; elle entend aussi être encouragée pour tout ce qu’elle peut entreprendre en plus.

 

Dans cette perspective qui consiste à mutualiser toutes les énergies pour bâtir notre pays, sans oublier l’apport de la diaspora, le Ministre en charge des Congolais de l’Etranger et des Affaires de la migration que vous êtes se trouve en première ligne. C’est pour cette raison que nous nous adressons à vous pour examiner la question de notre participation effective à la vie publique du pays en rapport avec les prochaines élections de 2016, la question qui consiste à rentabiliser davantage nos transferts de fonds pour notre économie, la question de notre intégration réelle à la vie nationale sous tous les angles pour renforcer la cohésion et la solidarité entre tous les Congolais. Nous avons bien entendu plein d’autres sujets encore à traiter avec vous. Si ce contact est effectivement le premier du genre, nous osons toutefois croire qu’il ne sera pas le dernier. La balle est maintenant dans votre camp. A l’issue d’une entrevue avec votre homologue marocain lors de votre récent déplacement à Rabat, le 9 février dernier, vous avez déclaré à la presse que la RDC souhaitait s’inspirer de l’expérience marocaine dans le domaine de la migration pour que sa diaspora puisse contribuer au renouveau du pays. Nous attendons de juger sur pièce.

 

En espérant que notre message retiendra votre bienveillante attention, nous vous prions d’agréer, Excellence Monsieur le Ministre, l’assurance de notre haute considération qu’accompagnent nos remerciements patriotiques anticipés pour la réponse que nous attendons de vous impatiemment.

 

 

Fait à Genève, le 10 février 2015

 

Pour la Convention des Congolais de l’étranger [CCE],

 

 

 

Séverine TSHIMINI MBUYI
Présidente

 

 

 

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