LA CONVENTION DES CONGOLAIS DE SUISSE

A Charmey (Fribourg), du 28 au 30 novembre 2014

Déroulement des assises : projection

 

1. LA VISION DU PROJET

 

Bien qu’elle en ressent le besoin, la diaspora congolaise de Suisse, surtout depuis qu’elle a beaucoup augmenté en nombre, c’est-à-dire depuis la fin des années 80 et les années 90, peine à s’organiser, à se doter d’une structure fonctionnelle susceptible de l’aider à faire face aux défis qui s’imposent à elle. Ces défis sont de deux ordres : les problèmes liés à son intégration dans la société d’accueil, d’une part, et ceux qui relèvent de sa responsabilité citoyenne vis-à-vis du Congo (sa contribution à l’essor de ce pays), d’autre part. Ces problèmes sont récurrents, certains sont urgents. Il ne s’agit pas de questions qui nécessitent des réponses individuelles, ce que chacun de nous sait bien faire, mais plutôt de celles auxquelles les réponses efficaces ne peuvent advenir qu’à travers une certaine organisation administrative découlant d’une communauté rassemblée et unie.  

 

Comme on le sait, les tentatives menées jusqu’à présent afin de les aborder ne sont pas allées à leur terme à cause de difficultés rencontrées. Conscients de cette situation, quelques Congolais regroupés au sein d’une constituante en vue d’organiser la Convention des Congolais de Suisse, a repris le flambeau, avec la détermination d’aller jusqu’au bout, cette fois-ci, en tirant les leçons, toutes les leçons, de nos échecs passés. S’il y a persistance de cette idée d’organiser notre communauté, c’est parce que, comme diraient les sociologues, les faits sont têtus : nous n’avons pas le sentiment que les difficultés de notre vie ici comme les malheurs de notre pays vont diminuant. Nous pensons, pour reprendre Winston Churchill, que « les idées naissent comme des étincelles volent vers le ciel. Elles meurent de leur propre faiblesse ; elles sont emportées par le vent ; elles se perdent dans la brume ; elles disparaissent dans les ténèbres de la nuit… Parmi d’innombrables étincelles qui s’allument puis s’évanouissent, de temps en temps il y en a une qui éclaire non seulement la scène toute proche mais le monde tout entier. » Nous croyons dur comme fer en cette prophétie churchillienne : comme l’idée d’organiser notre communauté s’était envolée dans le vent et s’était heurtée à l’immense ramassis de gâchis, de gaspillage, de particularisme et de préjugés qui s’était longuement accumulé dans le jardin de la diaspora congolaise de Suisse, sans complètement disparaître pour autant, il est donc devenu évident pour nous qu’un nouveau cycle d’événements en vue de sa concrétisation a débuté.   

 

A cet effet, la constituante s’est prononcée pour une démarche de rassemblement, sans exclusive, de tous les Congolais de bonne volonté qui aspirent à un changement dans notre pays et dans notre vie, ici et maintenant. Il est vrai que nous voulons, que nous recherchons tous une amélioration de la qualité de notre vie, ici en Suisse et dans notre pays. Qui peut prétendre le contraire ? Mais nous avons des divergences avec d’autres compatriotes sur la manière d’y arriver. Dans notre entendement, la Convention des Congolais de Suisse que nous sommes en train de préparer se veut être non pas un parti ou un mouvement politique, ni même une plate-forme de partis, ni non plus une simple association socioculturelle congolaise de plus. Elle est un cadre, un lieu où tous les Congolais de la diaspora qui le veulent, peuvent venir débattre et échanger avec les autres sur les solutions à proposer aux problèmes brûlants du pays et à ceux de notre vie de tous les jours ici en Suisse comme immigrés. Pour des raisons pratiques, nous voulons que de ces échanges naissent, de manière démocratique, des organes pouvant assurer le suivi dans la recherche des solutions à nos problèmes en tant que communauté. En cela, nous ne posons aucune condition ni pour venir rejoindre l’équipe préparatoire de la Convention, ni pour prendre part à celle-ci le moment venu, au-delà de celle d’être Congolais. En cela aussi, dans notre entendement, tout le monde, quelles que soient ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses, quel que soit son âge, quel que soit le genre auquel il appartient, quelle que soit sa condition sociale, peut se retrouver dans notre démarche vers la Convention des Congolais de Suisse, au seul titre d’être un membre de notre diaspora. 

 

En effet, si nous avons opté pour une démarche d’ouverture, sans exclusive, dans ce processus d’organisation de la tenue de la Convention, il nous faut préciser, pour lever la confusion dans certains esprits, que nous ne roulons pas pour le pouvoir en place dans notre pays, contrairement à ce que d’aucuns ont pensé et continuent à penser. Nous ne sommes le suppôt de personne ni d’aucune autre volonté que de la nôtre, à savoir contribuer à notre manière à faire évoluer les choses ici et chez nous dans l’intérêt général de tout le peuple congolais. Ainsi, n’étant pris en otage par personne, c’est nous, ensemble, qui déciderons librement de notre engagement et en tracerons la ligne d’action.

 

2. LE CHOIX THEMATIQUE DE LA CONVENTION

 

Il est ressorti de nos échanges à travers les réunions que la formulation du choix thématique de la Convention obéisse à certains critères : qu’elle soit simple et élégante ; qu’elle mette en évidence les deux dimensions des préoccupations de notre diaspora (la recherche des solutions aux besoins collectifs locaux et notre participation à la reconstruction du pays) ; qu’elle ne soit pas trop longue au risque d’empêcher l’opinion de la retenir facilement ; qu’elle puisse, en la parcourant en un clin d’œil, permettre d’embrasser dans l’esprit, implicitement, tous les sujets qui pourront et devront être abordés. 

 

En tenant compte de tout cela, nous avons décidé, lors de notre dernière réunion du 25 mai dernier, après plusieurs tours de table, d’intituler le thème de la Convention de la manière suivante : «La diaspora congolaise face à ses défis : son organisation fonctionnelle, son intégration locale et la reconstruction du Congo. » Comme nous sommes à cours de temps maintenant, vu les échéances, nous partons de l’idée que ce choix est définitif, sauf à trouver une formulation encore meilleure qui nous convainque de changer à la dernière minute. Ceci dit, estimant que nous avons encore malgré tout une petite marge de manœuvre, nous restons ouverts, en la matière, aux remarques et suggestions que voudront bien nous faire ceux qui nous liront ou ceux qui, de l’une ou l’autre manière, seront au courant. 

 

A notre avis, lors des assises, la conférence d’ouverture, c’est-à-dire la conférence introductive, pourrait reprendre comme tel cet intitulé général. Elle devrait être tenue par une personnalité de haut rang, jouissant d’une renommée internationale, qui proviendrait soit du monde politique (congolais ou étranger), soit du monde universitaire, soit du monde de l’écriture, de manière à mobiliser un grand nombre de participants. Ce choix est pour nous aussi un enjeu de communication, question de faire d’une pierre deux coups.

 

Après la tenue de la conférence magistrale reprenant le thème général de la convention, avant même l’ouverture d’un débat, nous sommes partisans de la tenue d’une table ronde, avec quelques intervenants, sur le même sujet. Pour gagner du temps, ce n’est qu’après, selon notre vision, qu’un débat global pourrait avoir lieu, repassant au crible de la critique les propos à la fois du conférencier principal et des intervenants de la table ronde. Pourquoi l’idée de table ronde ? Parce que nous pensons que l’orateur principal, qui sera choisi surtout pour son aura, pourrait ne pas être très au parfum des problèmes majeurs de notre diaspora. Ainsi la table ronde, concept dont le but est de mettre l’accent, dans un échange sur un sujet complexe, sur la complémentarité beaucoup plus que sur la contradiction, paraît bienvenue, surtout si elle est animée par des gens du terrain, qui savent bien de quoi ils parlent.  

 

Toujours selon notre schéma, nous proposons qu’après la conférence d’ouverture, la table ronde et le débat qu’elles auront suscité, se tienne une seconde conférence, la dernière de la journée (il s’agit en fait de la journée de vendredi, la première de la Convention, qui sera en réalité une demi-journée), intitulée : «Enjeux, bilan et perspectives de l’intégration et de l’engagement patriotique des Congolais de l’étranger : le cas de la diaspora suisse. » Ce sujet, de nouveau, est du provisoire définitif, ou du définitif provisoire, sauf avis contraire, dans un délai raisonnable, avec une formulation encore meilleure. Nous projetons la tenue de cette conférence selon le modèle organisationnel de Fribourg (référence à notre sortie du 18 janvier dernier), c’est-à-dire en regards croisés, ce qui signifie qu’il devra y avoir au moins deux intervenants. Un débat final interviendrait à la suite de cela pour clôturer notre journée. La conférence sur « les enjeux, le bilan et les perspectives », à nos yeux, doit faire ressortir pour notre communauté l’impérieuse nécessité de s’organiser, c’est-à-dire de constituer une structure institutionnelle fonctionnelle, qui devra dans un premier temps assurer le suivi des résolutions de la Convention (sous forme par exemple de comité de suivi), quitte à ce qu’elle se pérennise dans un deuxième temps, en se dotant d’une dénomination définitive, pour continuer à coordonner les besoins de la vie diasporique. Cette structure devra être dotée des pouvoirs nécessaires pour exposer et défendre légitimement les intérêts de la diaspora tant devant les institutions suisses qu’étrangères, en profitant au passage du cadre onusien que Genève nous offre. Le fameux lobby de la diaspora congolaise que nous appelons de tous nos vœux depuis longtemps, surtout depuis l’apparition de la politique de mauvais voisinage avec les pays limitrophes, ne saurait se constituer et survivre que de cette manière.      

 

La journée de samedi, à proprement parler, sera la journée de grand travail pour la Convention. Elle sera consacrée au déroulé des conférences, depuis le matin jusqu’au souper, entrecoupé par les débats et les pause-café. A notre avis, les matières à traiter dans le cadre de pareilles assises peuvent être regroupées autour de 4 grands domaines dont le champ relatif à chacun dépasse stricto sensu la terminologie que nous allons adopter pourtant pour des raisons pratiques, à savoir le politique, l’économique, le social et le culturel. Chaque domaine fera l’objet d’une conférence organisée selon le schéma des regards croisés, comme à Fribourg, c’est-à-dire avec au moins deux intervenants. C’est dire que nous aurons pour toute la journée au moins 8 communications. Nous restons attachés aux échanges en regards croisés non pas par idéologie, mais parce que, vu l’importance de notre projet, nous voulons tirer de chaque conférence le maximum de profit possible.

 

Plus concrètement, à notre sens, la journée, telle qu’elle est prévue, devra se dérouler de la manière suivante :

 

 1o conférence politique, avec au moins deux communications, suivies d’un débat ;

 

 2o conférence économique, avec au moins deux communications, suivies d’un débat ;

 3o conférence sociale, avec au moins deux communications, suivies d’un débat ;

 4o conférence culturelle, avec au moins deux communications, suivies d’un débat.

 

La formulation précise des sujets de ces quatre conférences fait déjà l’objet d’une réflexion à part, en court, et dont le résultat sera communiqué incessamment dans le programme des assises qui est en élaboration. 

 

ž La conférence politique. Elle est censée recouvrir toutes les matières qui nous permettent de trouver (ou de contribuer à trouver) des réponses aux préoccupations majeures d’ordre politique qui nous habitent tous, à des degrés divers. Comment la diaspora peut-elle contribuer à la démocratisation effective de notre pays et à l’émergence d’un Etat de droit au Congo ? Ou, à tout le moins, comment peut-elle concrètement contribuer à la consolidation des acquis démocratiques dans notre pays ? Comment parvenir à obtenir le droit de vote comme membres de la diaspora, ce droit inaliénable qui nous est injustement confisqué jusqu’à présent par le pouvoir en place au Congo ? Comment être éligible pour représenter les Congolais de l’étranger ? De quelle manière pourrions-nous et devrions-nous nous impliquer dans les échéances électorales de 2016 ? Quid de la question de la reconnaissance par le Congo de la double (ou multiple) nationalité, qui désavantage tant de compatriotes ? Comment la diaspora devrait-elle concevoir la qualité de ses relations avec les institutions tant congolaises, étrangères qu’onusiennes, pour espérer peser efficacement sur le cours des événements dans notre pays ? Compte tenu du contexte sociopolitique, comment articuler ces relations sensibles sans se compromettre et s’exposer à la rupture avec une partie de la communauté congolaise ? Comment constituer ici en Suisse, deuxième siège de l’ONU, un lobby efficace militant pour la défense des intérêts de notre pays ? Comment faire en sorte que notre ambassade en Suisse (et notre mission permanente à l’ONU) soient réellement et efficacement au service de la diaspora congolaise, en la soutenant dans toutes les démarches administratives et autres relatives à son intégration ? Comment obtenir la création d’un tribunal pénal international pour le Congo (TPIC), à l’instar de ce qui s’est passé pour d’autres pays comparables, de manière à ce que justice soit enfin rendue à toutes les victimes de ces guerres répétées et que la mémoire des morts soit honorée ? Quel type de pression faut-il exercer sur le Gouvernement et sur les instances onusiennes opérant au Congo, pour faire juger en particulier tous les rebelles étrangers (Rwandais, Ougandais, Burundais) ayant commis des crimes chez nous, en lieu et place de la méthode expéditive actuelle consistant simplement à les remettre impunément à leurs pays d’origine ? Comment faire condamner les pays voisins agresseurs (Ouganda, Rwanda, Burundi) devant la justice internationale pour qu’ils dédommagent le Congo ? Comment pousser le Gouvernement congolais à prendre ses responsabilités en érigeant un mémorial à des fins éducatives, par respect aux morts et pour que leur mémoire ne se perde à jamais ? Comment pouvons-nous, en tant que diaspora, transformer notre écrasante puissance financière en force politique de changement capable d’aider à la promotion du progrès social dans notre pays ? Etc. A propos de la formulation exacte du sujet de cette conférence politique, il est ressorti de notre réflexion commune, après plusieurs tours de table de consultation, l’idée de l’intituler de la manière suivante : « En plus de la reconquête de ses droits civiques, quel rôle, quel apport, quelle place, quelle stratégie et quelle implication de la diaspora congolaise dans les échéances électorales de 2016 ? » 

 

ž La conférence économique. La conférence économique est celle qui est censée embrasser les matières relatives aux préoccupations de la diaspora congolaise en matière économique, qu’il s’agisse de la recherche de solutions aux besoins locaux, de stratégies de marketing ou de l’allègement des formalités administratives pouvant inciter les Congolais de l’étranger à aller investir et épargner dans leur pays en vue de contribuer à son développement. A titre d’illustration, nous  aimerions citer ici pêle-mêle quelques-unes de ces matières, sous forme de questions, sans forcément les classer selon l’ordre d’importance. Comment la diaspora, forte de son expérience acquise à l’étranger, peut-elle contribuer à l’amélioration du climat des affaires dans notre pays ? Comment créer, à l’instar d’autres communautés déjà organisées, une agence de transfert de fonds au Congo, ou même une banque, compétitive, qui procure par ricochet de l’emploi à des compatriotes qui sont dans le besoin ? Comment créer des synergies avec des opérateurs économiques sur place au  pays, de telle sorte que l’argent qui entre au Congo, au-delà de sa finalité première d’aider nos familles dans l’urgence, concoure efficacement à l’émergence économique de notre chère patrie ? En d’autres termes, comment la diaspora peut-elle mettre à contribution son expérience et son expertise au profit du développement du Congo ? Comment peut-elle obtenir des facilités d’investissement au pays, en termes d’allègement des formalités d’usage ou de réduction des taxes, c’est-à-dire bénéficier d’un régime préférentiel en d’autres termes ? Etant donné que tout développement passe par la création des PME/PMI, comment faire pour privilégier la stratégie des joint-ventures afin de profiter du savoir-faire des pays industrialisés dans lesquels notre diaspora est implantée ? Etc. S’agissant toujours de cette conférence économique, et faute d’avoir trouvé une formulation encore meilleure pour l’intituler, nous avons convenu de la présenter sous forme interrogative, comme suite : « Tant au niveau des donateurs que des bénéficiaires, comment rentabiliser au mieux les transferts de fonds des Congolais de l’étranger vers le Congo ? »  

 

ž La conférence sociale. Elle se charge d’articuler tous les problèmes sociaux auxquels la diaspora congolaise est confrontée dans la vie de tous les jours. Elle les aborde sous forme de propositions à soumettre à l’appréciation de l’assemblée, dans une démarche de recherche collective des solutions idoines. Encore une fois, à titre d’illustration, nous voulons épingler ici, sous forme interrogative, quelques-uns des sujets à traiter qui nous paraissent importants. Par exemple, vu l’importance en nombre de la diaspora congolaise en Suisse, comment amener la Suisse à conclure des accords bilatéraux avec la RDC capables de permettre à ceux qui ont travaillé ici, et qui veulent rentrer vivre leur retraite au Congo, de percevoir leur rente chez nous ? Comment créer une bourse d’emploi, avec une banque de données régulièrement actualisées, qui vienne en aide à nos compatriotes, jeunes et moins jeunes, en mal d’embauche ? Comment, dans notre communauté, aider ceux qui sont à la recherche d’emploi, mais qui ne savent pas bien écrire (le français, l’allemand ou l’italien), à savoir constituer un curriculum vitae ou une lettre de motivation, documents indispensables pour maximiser les chances d’embauche ? Par quels moyens et avec quelles armes pouvons-nous ensemble combattre le racisme dont nous sommes victimes au quotidien, en sachant que l’on ne peut y arriver efficacement, comme communauté, qu’à travers des structures de défense de nos intérêts bien rodées ? Comment aider nos compatriotes démunis, membres de notre diaspora, confrontés à des problèmes administratifs et autres difficultés judiciaires qui les accablent, comme cela peut arriver à tout un chacun de nous, à y faire face ? Par quels mécanismes intergénérationnels pouvons-nous renforcer notre cohésion sociale et consolider notre solidarité comme communauté d’immigrés en terre helvétique ? Etc. Quant à la question de trouver un sujet pouvant traiter l’ensemble de toute cette matière, il a fallu choisir entre plusieurs inconvénients, comme d’habitude, et nous nous sommes arrêtés à cette formule qui nous a paru la moins désavantageuse : « Face aux problèmes administratifs, de chômage, de jeunesse ou de 3e âge, etc., comment créer et renforcer réseautage et solidarité communautaire ? »   

 

ž La conférence culturelle. Voici comment elle sera intitulée, faute de mieux : « Communication, préservation et rayonnement de l’identité culturelle congolaise : comment protéger et transmettre nos valeurs, nos traditions, notre culture ? » Le but de la conférence culturelle, dans notre optique, consiste à sensibiliser l’opinion de la diaspora congolaise à ce qui peut être fait, dans un souci de solidarité intergénérationnelle, pour préserver l’identité culturelle de notre communauté dans une Suisse qui s’avère être une plaque tournante de la diversité, voire du multiculturalisme. Comment transmettre les valeurs et traditions, les us et coutumes du Congo, dont les plus âgés d’entre nous sont porteurs, aux plus jeunes ? Comment transmettre plus particulièrement ces valeurs et traditions aux jeunes nés et/ou ayant grandi ici, qui sont souvent en quête de repères ? Comment contribuer au rayonnement culturel de notre pays dans cette terre d’accueil étrangère ? Nous en arrivons ici à nous poser des questions comme celle de la création d’un ou plusieurs organes de presse comme traits d’union des Congolais de l’étranger, outils  capables de contribuer à mettre en valeur initiatives et réalisations de la diaspora. Pourquoi pas une radio communautaire ? Une chaîne de télévision ? Une revue en ligne ou en papier ? Comment transmettre aux Suisses et à tous ceux qui connaissent mal notre pays quelque chose de positif de ce pays-là ? D’où la nécessité de constituer une structure permanente qui se charge d’organiser régulièrement, dans la durée, conférences, colloques et autres manifestations culturelles sur le pays pour faire rayonner le nom du Congo. D’où la nécessité aussi de disposer d’une bibliothèque et d’une médiathèque vouées à cette même fin. Il se pose également ici, entre autres, la question d’une organisation régulière des compétitions sportives à travers toute la Suisse, pour soutenir les jeunes congolais dans leur éducation, leur permettre, eux et leurs parents, de se connaître, de nouer des relations d’amitié appelées à consolider et pérenniser notre indispensable  solidarité communautaire. Etc.

 

Comme vous le voyez, ces conférences sont appelées à se dérouler l’une après l’autre au cours de la journée de samedi jusqu’au souper le soir. Elles se dérouleront dans l’ordre que nous venons de définir ici ou dans un autre, peu importe, l’essentiel restant qu’elles se tiennent toutes afin d’aider la diaspora congolaise de Suisse à atteindre les objectifs qu’elle ambitionne. Pour le bon déroulement de notre session, après le souper, il est prévu la formation des commissions et le travail en ateliers pour réfléchir aux recommandations dont la Convention sera assortie. Ces recommandations s’appuieront sur l’éclairage des conférences tenues. Comme elles, elles seront au nombre de quatre (la commission politique, la commission économique, la commission sociale, la commission culturelle), plus une cinquième, la commission stratégique, importante à notre avis pour réfléchir sur tous les problèmes organisationnels de la diaspora. Les critères pour faire partie de telle ou telle commission restent à définir et seront annoncés, le moment venu, par le comité organisateur. Pour nous, la journée du samedi est censée s’achever avec la fin du travail en commissions. Chaque commission sera représentée par un rapporteur et animée par un modérateur. Le rapporteur et le modérateur sont désignés ou élus par les membres conformément aux conditions à remplir définies par le comité de pilotage.

 

Nous venons de délimiter plus haut les matières qui doivent être traitées, et les avons aussi distribuées en ateliers, conformément à leur nature. Il ne nous semble pas superfétatoire de nous résumer pour une bonne intelligence du projet. A titre récapitulatif, disons donc que :

 

µ l’atelier stratégique va s’occuper de questions relatives à l’organisation de la diaspora, aux rapports avec les institutions, au lobbying et aux stratégies à mettre en place pour défendre de manière responsable et avec patriotisme les intérêts du Congo partout où ils doivent l’être ;

 

µ l’atelier politique s’interrogera sur les actions à mener pour obtenir impérativement le droit de vote et jouir de nos autres droits civiques, sur les stratégies à mettre en place pour rejoindre les autres forces vives de la Nation dans notre combat commun pour la démocratie, l’Etat de droit, la bonne gouvernance, le respect de la Constitution et l’alternance pacifique au pouvoir, la reconnaissance de la (multi)nationalité, etc. ;

 

µ l’atelier économique se chargera de la réflexion sur la meilleure façon de rentabiliser nos transferts de fonds vers le Congo et, d’une manière générale, sur notre contribution pour faire du Congo un pays émergent ;

 

µ l’atelier social se penchera sur la recherche de voies et moyens susceptibles de nous aider à renforcer, en tant que communauté, notre cohésion sociale ainsi que l’indispensable solidarité intergénérationnelle ;

 

µ l’atelier culturel aura la mission de réfléchir pour trouver des solutions à la question de la communication entre nous, à celle des moyens de presse et de médias à mettre en œuvre ainsi que tout autre dispositif censés contribuer, autant que faire se peut, à la sauvegarde et au rayonnement de notre identité culturelle.          

 

3. L’ARCHITECTURE ORGANISATIONNELLE DE LA SESSION

 

Jusqu’à présent, nous avons parlé du contenu de la Convention. L’heure est venue de nous prononcer sur son organisation. Il s’agit ici de quelques réflexions générales concernant l’orientation de nos travaux, lesquelles réflexions ont pour but de nous aider à en tirer le maximum de profit. Elles ont l’intérêt de fournir une architecture organisationnelle, pierre angulaire de la réussite de la Convention elle-même. Les propositions faites ici doivent recevoir l’aval du comité organisateur et des personnes chevronnées en la matière. C‘est dire combien nous  restons ouverts aux remarques et suggestions qui permettent d’affiner ce modèle, s’il est approuvé, ou carrément de le changer si la nécessité s’impose. Car nous  pensons que, d’ici la tenue de la Convention, fixée fin novembre 2014, nous avons encore un peu de  temps pour intégrer tous les ajustements qui s’avèreraient nécessaires.

 

Il nous faut d’abord préciser, selon notre entendement, la place et le rôle que chacun des piliers garants du bon déroulement effectif de la Convention a à assumer : le président du comité de pilotage, le maître de cérémonies, les modérateurs, les rapporteurs. A coup sûr, le succès de nos travaux sera fonction de leur abnégation devant les tâches imparties, de leur implication responsable, de la bonne distance que chacun a à tenir vis-à-vis des autres responsables ainsi que de la non-confusion de leur rôle respectif dans l’esprit de tous les participants.

 

v Le président du comité de pilotage reste sans conteste le chef d’orchestre, la cheville ouvrière de la Convention. De lui dépend la coordination de tout ce qui doit se faire pour le bon déroulement des travaux. Il est celui qui doit être à la fois au four et au moulin. Il doit être rigoureux pour garantir la qualité des échanges pendant ces trois jours, ou plus exactement deux jours et demi. Il doit avoir une certaine aura qui inspire le respect et lui fait jouir d’un crédit moral dans la communauté. D’autres qualités intellectuelles et morales nécessaires pour la conduite des hommes sont recommandées. Si nous jugeons qu’il n’est pas nécessaire qu’il soit membre de notre constituante, il doit, en revanche, forcément bien maîtriser le projet pour être en mesure de bien diriger les travaux.

 

v Le maître de cérémonies, comme lenom même l’indique, est celui qui veille, chaque jour, au respect du programme, c’est-à-dire aux conditions de sérénité et au déroulement des travaux selon le timing fixé, qui rappelle à l’ordre les uns et les autres le cas échéant. Une seule et même personne peut assumer cette responsabilité durant les trois jours. Si le travail du président du comité de pilotage est centré davantage sur le contenu des travaux de la Convention que sur autre chose, celui du maître de cérémonies, à l’inverse, touche avant tout à ces conditions extra-contenu pour garantir aux assises leur succès.

 

v Les modérateurs de séance sont les personnes chargées de distribuer la parole au cours d’une séance, par exemple dans le cadre d’une conférence suivie d’un débat. Le modérateur se charge de présenter le conférencier et doit être capable d’animer le débat de manière à éviter les dérapages. Il doit distribuer la parole de manière équitable, de sorte que tout celui qui veut s’exprimer ait l’occasion de le faire, bien entendu dans les limites du temps imparti. Outre les modérateurs de séance, nous aurons besoin de modérateurs ou animateurs d’atelier.

 

v Les rapporteurs, dans la mesure où les faits, analyses ou commentaires qu'ils rapportent sont porteurs de sens, ils sont les principaux garants du processus de la formation des résolutions de la Convention. Prendre fidèlement des notes en séance (qu’il s’agisse des conférences ou des ateliers) afin de restituer pour les besoins de la cause le vrai contenu des échanges ne suffira pas. La précieuse tâche du rapporteur exige des subtilités de reportage et d’écriture. Et pour être accomplie avec le succès souhaité,  cette tâche requiert en outre une grande capacité d’écoute appelée à appuyer une vivacité intellectuelle, une bonne mémoire, un esprit de synthèse bien développé et, bien entendu, beaucoup d’aisance et d’autonomie dans l’exercice rédactionnel. Il y aura bien deux types de rapporteurs : ceux qui presteront en séance plénière de conférence-débat et ceux qui presteront en atelier. Il incombera au rapporteur général, à la fin des assises, de nous en dresser le tableau complet.

 

Revenons sur le comité de pilotage de la Convention dont nous avons parlé. Outre son président, tous les membres de la constituante en font partie d’office, plus quelques autres personnes à choisir en fonction de leur expertise. Pourquoi est-ce que les constituants doivent être membres d’office ? Parce qu’en tant qu’initiateurs du projet, ils sont ceux qui le maîtrisent réellement, le connaissent le mieux, ayant eu le temps de le mûrir. Le président devra s’appuyer sur leur connaissance de ses coins et recoins pour bien piloter les travaux de la Convention en vue du succès escompté.

 

Concrètement, le schéma organisationnel que nous proposons se présente de la manière ci-après, que nous allons maintenant expliquer étape par étape. La journée (ou la mi-journée) du vendredi est consacrée à l’ouverture de la Convention des Congolais de Suisse. Il y aura naturellement la conférence d’ouverture, prononcée par une vedette que nous aurons choisie. Le thème de cette conférence sera le thème même de la Convention. Après la conférence d’ouverture, il y aura une table ronde sur le même sujet, avec plusieurs intervenants. Un débat sur l’ensemble interviendra après. Ensuite il y aura une deuxième conférence consacrée à l’évaluation du bilan de l’engagement de toute la diaspora congolaise en vue de la reconstruction de notre pays. Cette conférence, qui aura à apprécier les réussites et les échecs, proposera aussi des perspectives d’actions à mener dans l’avenir pour nous aider à mieux réussir notre intégration ici et pour une participation plus efficiente de la diaspora à l’essor de notre pays. Intitulée « Enjeux, bilan et perspectives de l’intégration et de l’engagement patriotique des Congolais de l’étranger : le cas de la diaspora suisse », elle sera suivie d’un débat au cours duquel, nous l’espérons, toutes les questions relatives à la criante nécessité d’être une communauté organisée seront posées, et des pistes de solution envisagées. Pour ne pas hypothéquer le travail du lendemain, le temps restant très compté, nous profiterons de la fin du débat de la dernière conférence du vendredi soir pour faire une mise à jour et, le cas échéant, un rééquilibrage de la liste de tous les ateliers. Si un arbitrage s’avère nécessaire, il relèvera de la responsabilité du président du comité de pilotage.

 

Le samedi est vraiment le jour clé de la Convention dans la mesure où l’essentiel des conférences et des travaux en commissions est prévu pour ce jour-là. Il faudra y mettre les bouchées doubles si nous tenons à voir le retour sur investissement. Il y aura la tenue des quatre grandes conférences prévues successivement : la conférence politique, la conférence économique, la conférence sociale et la conférence culturelle. Chacune d’elles sera suivie d’un débat. En clair, selon notre optique d’organiser des réflexions et des échanges sous forme des regards croisés, il est prévu au moins huit communications ce jour-là, en raison de deux par conférence, d’une durée d’au moins 20 minutes chacune. En fait, nous pourrions ici reprendre le même timing, d’une manière générale, qu’à Fribourg lors de notre première prestation. Encore une fois, nous restons attachés au modèle des regards croisés non  pas par dogmatisme, mais par réel souci de maximiser le bénéfice de nos échanges en termes de bonnes idées à recueillir, d’où qu’elles proviennent, pour une meilleure réalisation des actions que nous allons mener. Car nous pensons que ce projet, qui nous engage comme communauté diasporique, est trop important pour ne pas prendre le risque de le réaliser au rabais.

 

Nous prévoyons samedi soir, après les conférences et après le souper, les travaux en ateliers, conformément à la délimitation des domaines décidée pour des raisons pratiques. Les cinq ateliers (politique, économique, social, culturel et stratégique) auront chacun à sa tête un animateur et un rapporteur pour coordonner les réflexions et assurer le reportage des propositions appelées à devenir, après adoption, des résolutions de la Convention. Le travail en ateliers exige un soin particulier sur lequel repose le devenir même de la Convention. C’est dire combien il ne doit pas être négligé.

 

Si le samedi reste essentiellement une journée du travail de réflexion, en revanche, la journée du dimanche, qui sera la dernière de notre Convention, sera avant tout une journée de restitution de nos divers échanges et de décisions censées engager l’avenir de notre communauté, c’est-à-dire l’adoption des résolutions émanant de différents ateliers. C’est dire combien le travail qui se fera le dimanche, à nos yeux, reste tout aussi important que celui qui sera effectué le samedi. Les modalités d’adoption de ces résolutions peuvent être définies soit avant par le comité organisateur, soit sur place après discussion. De toute manière, elles obéiront aux seuls critères de la démocratie et de l’efficacité. Les décisions à prendre concerneront les cinq domaines prédéfinis qui couvriront les matières traitées en conférences et en ateliers. 

 

Au chapitre d’adoption des déclarations transitoires et finales, moment fort s’il en est de l’ordre du jour, le dimanche, outre l’adoption des recommandations des ateliers un par un, qui aura lieu déjà le matin, il y aura en début d’après-midi un grand débat devant aboutir à l’adoption d’une plate-forme institutionnelle pour assurer le suivi des recommandations de la Convention des Congolais de Suisse. Cette plate-forme pourra s’appeler Comité de suivi ou se doter de n’importe quel autre nom que l’assemblée choisira librement et démocratiquement, pourvu que sa philosophie, comme nous l’espérons, aille dans le sens de combler le besoin impérieux de disposer d’une structure organisationnelle pérenne capable de faire face à tous nos problèmes communautaires en vue de nous aider à améliorer notre sort. Pour notre part, la réussite ou l’échec de la Convention dépendra indiscutablement de ce moment fatidique. Entre autres documents importants à adopter ce jour-là, l’organisation prévoie aussi, normalement, une déclaration solennelle de lieu (c’est-à-dire portant le nom du lieu d’où s’est tenue la Convention), une sorte de communiqué de presse ou d’aide-mémoire destiné à la postérité, pour sceller à jamais ce qui s’y est passé. La série de textes à adopter prendra fin avec l’adoption du rapport final de la Convention, qui sera bien  entendu présenté dans ses grandes lignes par le rapporteur général, quitte à ce que le travail fini détaillé soit rendu public dès qu’il pourra être tout à fait prêt, dans des délais raisonnables.

 

A la fin des fins, suivant toujours notre schéma organisationnel, le président du comité de pilotage prononcera un speech de remerciement pour clôturer nos travaux. Et c’est ce discours de clôture qui marquera donc la levée définitive de séance, cet après-midi-là, et coïncidera avec la fin de la Convention des  Congolais de Suisse. 

 

Cette note d’orientation ne vise aucun autre objectif que celui d’aider à la réussite complète de notre initiative pour laquelle tant de sacrifices sur tous les plans ont déjà été consentis par les uns et les autres. C’est pourquoi ici, en guise de conclusion, pour gager sur cette même réussite, nous invitons instamment toutes celles et tous ceux qui nous aurons lus à nous faire part de  leurs critiques, remarques et suggestions, de telle sorte que, le cas échéant, nous puissions rectifier le tir à temps. Car, à notre sens, ce travail encore en préparation, qui ne doit pas être considéré comme l’apanage de quelques-uns (même si, effectivement, c’est un petit groupe d’hommes et de femmes qui est censé l’apprêter), gagnerait en efficacité et en visibilité si toute la diaspora congolaise de Suisse et d’ailleurs s’en appropriait dans un élan patriotique et de responsabilité que nous appelons de tous nos vœux. Voilà notre seul souhait. Réunir, rassembler les Congolais, leur permettre de s’entendre et de s’organiser pour aller de l’avant, créer les conditions de confiance mutuelle pour redorer le blason de notre communauté et commencer à croire en nous-mêmes, mission herculéenne et pantagruélique qui s’apparente à une gageure, prophétisent les uns, défi passionné et passionnant ne pouvant laisser personne indifférent, rétorquent les autres ; seul l’avenir nous le dira. 

 

C’est le programme de la Convention qui fera l’objet de notre prochaine publication !