Pour les Etats généraux de la diaspora !

MESSAGE DU COMITE PROVISOIRE POUR L’ORGANISATION DE LA CONVENTION DES CONGOLAIS DE SUISSE

Congolaises, Congolais,

Chères Sœurs, chers Frères,

Cher(e)s Ami(e)s du Congo,

Mesdames et Messieurs,

En guise de conclusion de cette partie réflexive et méditative de notre journée, avant de passer à la partie culturelle et au moment récréatif prévus, nous aimerions vous annoncer notre message, nous comité organisateur. Il est conçu sous un angle pratique – nous dirions volontiers pragmatique – comme la synthèse de nos réflexions nous invitant ardemment à devenir davantage les acteurs et les maîtres de notre destin national plutôt que d’être de simples spectateurs qui le subissent.

Pourquoi faire ce que nous sommes en train de faire ? Notre pays, le Congo-Kinshasa, fait partie de ce que l’on a coutume d’appeler d’un mot soft les « Etats défaillants », c’est-à-dire les Etats incapables d’accomplir vis-à-vis de leurs sujets leurs obligations régaliennes. Il y a certes dans cette situation la difficulté propre au phénomène du sous-développement, en tant qu’il limite les moyens d’action. Mais il y a également et surtout, dans ce sort, la part de responsabilité qui relève de la gouvernance, de l’organisation de la société au sens large du terme. Sans intention de susciter ici des débats inutiles, nous prenons le risque d’affirmer que, majoritairement, nous sommes insatisfaits de la manière dont nous sommes gouvernés. C’est le moins que l’on puisse dire. Ainsi sommes-nous interpellés par cette situation qui nous lance un défi : que faire et comment le faire pour peser de tout notre poids sur la marche de notre pays afin que le destin ne se fasse pas contre nous, mais avec nous et par nous dans l’intérêt de toutes et tous ?

L’initiative que nous avons prise – nous quelques membres de la diaspora congolaise – d’œuvrer à aller vers une convention des Congolais de Suisse, c’est-à-dire de nous mettre sur le chemin d’organisation comme communauté, composante à part entière du peuple congolais, exprime à nos yeux cette préoccupation. Après avoir écouté différents exposés d’aujourd’hui, nous nous rendons compte qu’elle est largement partagée. C’est pourquoi nous lançons solennellement ici un appel à tous les talents, à toutes les bonnes volontés éprises de la cause du Congo, de nous rejoindre pour aller de l’avant dans la finalisation de ce projet. Nous ne sommes pour l’instant qu’une toute petite équipe nécessitant une plus large collaboration de talents et d’idées pour réussir la mise sur pied de cette convention des Congolais de Suisse.

L’expérience que nous voulons tenter n’est pas la première en la matière : pour celles et ceux qui habitent en Suisse un peu plus longtemps déjà, il y en a eu d’autres dans le passé. Ce n’est pas ici le lieu d’en faire le bilan. Mais les enseignements à tirer de ce passé, et des conférences que nous venons d’écouter sont simples et peuvent être regroupés autour de quelques points dont les suivants :

1. L’esprit de rassemblement, de solidarité. Nous sommes sans ignorer que la longue dictature que connaît malheureusement notre pays a façonné négativement nos mentalités. Nous nous comportons les uns à l’égard des autres dans un esprit de méfiance généralisée. Si nous savons encore nous retrouver, quelques-uns – cela est de tradition, nous dirions une marque de fabrique pour les Congolais –, autour d’un verre ou de quelque autre événement festif (pour les hommes), ou encore autour des opérations de ristourne (« likelemba », pour les dames), nous manquons généralement un élan de solidarité plus large qui dépasse les petits cercles des affinités privées, les barrières dues au genre, à la différence de génération ou d’appartenance à telle ou telle autre province administrative du Congo. Pourtant, une plus grande solidarité nous permettrait de faire ensemble de grandes choses dans notre intérêt et dans celui du pays. 

Les ressortissants des pays africains comparables nous envient souvent quelques atouts que nous avons, dont nous-mêmes, du reste, ne sommes pas toujours conscients pour les vertus de cohésion qu’ils sont censés véhiculer : par exemple, le partage de grandes langues nationales (lingala, kiswahili, etc.) qui permet entre nous une communication nous évitant au passage la médiation de langues étrangères ; le réflexe de l’unité nationale qui se manifeste chaque fois que le Congo court le risque d’éclatement (on le voit encore avec la guerre qui secoue l’Est du pays) ; et on en passe. Mais quand et comment allons-nous transformer ces manifestations spontanées d’unité nationale en une vraie solidarité consciente, efficace, s’exerçant à large échelle ? A chacune et chacun d’y répondre. Il semble que la sociologie et la psychologie ont les clés de réponse à ce genre de question. Interrogeons donc ensemble ces disciplines.

2. Le sens d’abnégation. Nous avons parlé aujourd’hui du patriotisme comme de cet amour que nous devons avoir pour la mère-patrie, le Congo, comme de cette volonté de se dévouer pour elle, de ce penchant qui nous incline à poser des actes qui grandissent le Congo. Le patriotisme est comme l’énergie indispensable pour faire tourner n’importe quel moteur ; c’est la pierre angulaire de n’importe quel acte qui fait progresser la cause nationale. Le patriotisme sollicite les ressources de notre volonté autant que de notre intelligence. Il n’y a pas de patriotisme sans abnégation, sans désintéressement, sans dévouement, sans esprit de sacrifice. Kimbangu est pour nous Kimbangu et Lumumba est pour nous Lumumba parce qu’ils ont payé de leur personne, au prix de leur vie, pour que notre pays accède à l’indépendance politique considérée à l’époque comme seule solution opposable aux atrocités du système colonial belge, capable alors de rendre la liberté et la dignité au peuple congolais tout entier. Ce qu’il adviendra en réalité plus tard de cette liberté et de cette dignité tant rêvées, eh bien ! cela est une autre histoire de notre histoire. Si nos deux héros historiques dont nous honorons la mémoire aujourd’hui, et avec eux beaucoup d’autres non mentionnés nommément mais auxquels nous pensons, avaient, chaque fois avant d’agir en prenant tel ou tel risque, pensé d’abord et avant tout au sort de leur famille, leurs parents, leurs proches et connaissances, il est presque certain qu’ils auraient manqué le courage de leurs actions. Et, du coup, le sort du Congo aurait été modifié pour longtemps à nos dépens.

Nous sommes souvent habités par la peur, la paresse et par d’autres faiblesses qui paralysent notre volonté ; nous n’osons pas agir. Sous prétexte de nous protéger nous-mêmes ainsi que tous les nôtres contre les dangers, nous n’osons pas prendre des risques calculés pour le Congo. Même si quelquefois nous le regrettons, le plus souvent nous n’arrivons pas à nous défaire de ces faiblesses, nous ne rectifions pas le tir, ainsi va la vie… Nous sommes condamnés, résignés à la solidarité à petite échelle sans lendemain, sans efficacité, entre amis et connaissances, entre parents, entre proches. Pour finir nous nous en contentons, comme si nous ignorions que contribuer ensemble à l’avènement d’un Congo meilleur qu’il n’est constitue le gage le plus sûr de la préparation de meilleures conditions de vie dont nous rêvons pour nous-mêmes et pour tous les nôtres que nous aimons. Nous devons savoir qu’il n’y a pas de bonheur privé durable qui ne s’inscrive dans un projet de bonheur collectif. Il est temps de nous ressaisir, de reprendre à notre compte, en la paraphrasant, cette exhortation désormais célèbre du président américain John Kennedy : « L’important, c’est de ne pas nous demander constamment ce que le Congo fait pour nous, mais plutôt ce que nous faisons, nous, pour le Congo ».

3. La culture d’organisation. Nous devons nous efforcer de l’acquérir car elle nous fait tant défaut. L’union ne peut faire la force d’un groupe qui n’est pas organisé, structuré. L’organisation, de nouveau, exige une conjugaison de vertus intellectuelles et de ressources de la volonté. Le plus souvent, notre communauté sait ce qu’elle veut et les moyens pour y parvenir (car parmi nos ressources humaines disponibles et mobilisables, les hommes et les dames de qualité sur le plan intellectuel ne manquent pas). Mais, de notre point de vue, les échecs de nos actions collectives, jusqu’à présent, proviennent le plus souvent du manque de courage pour surmonter les difficultés dès lors qu’elles se dressent sur notre chemin (en d’autres termes, à cause de l’insuffisance de nos capacités de volonté). Or, il n’y a pas d’organisation possible sans une discipline de la volonté. Nous nous trompons en considérant l’organisation comme un long fleuve au cours tranquille. Chaque fois, là où il y a des êtres humains, les ego, la jalousie, les ambitions, la sensiblerie, la mauvaise foi, les intrigues, tout cela ne manque pas. Cela fait même partie de la règle du jeu. Mais, pour l’amour du Congo, pour la cause du Congo, nous devons être capables de collaborer, nous devons apprendre à travailler ensemble même avec des gens que nous ne supporterions pas autrement sur le plan de la vie privée. C’est cela aussi la culture d’organisation. Car, après tout, c’est ce que nous faisons chacune et chacun au quotidien sur notre lieu de travail pour gagner notre vie. Nous y sommes parfois obligés, pour la réussite de notre tâche, de supporter certaines personnes que nous détestons et que nous n’aimerions pas côtoyer dans notre vie privée. C’est pareil pour réussir une organisation.

Ces considérations ne sont pas un quelconque sermon d’un ministre de culte religieux. Elles ne constituent pas non plus un portrait de la personnalité congolaise dressé par on ne sait quel spécialiste de la psychologie sociale. Elles sont le résultat d’un modeste constat, le fruit d’une observation qui plonge ses racines lointaines dans notre expérience de vie ici en Suisse depuis quelques décennies. Comme toutes les communautés, la nôtre a ses qualités et ses défauts, sa force et sa faiblesse, ses mérites et ses manquements. L’important c’est d’essayer toujours d’avancer contre vents et marées, d’avoir la volonté d’aller de l’avant malgré tout pour collaborer à des tâches communes d’intérêt général.

Que veut faire le comité provisoire pour l’organisation de la convention des Congolais de Suisse ? Il entend, pour l’instant, continuer à répandre l’information, au plan suisse et au-delà éventuellement, sur la nécessité pour nous d’être une communauté unie et organisée, rassemblée au sein d’une structure faîtière chargée de coiffer nos actions collectives en tant que Congolaises et Congolais (et personnes d’origine congolaise), partie intégrante du peuple congolais. Il entend œuvrer à tout ce qui peut nous donner une visibilité. Réussir à rassembler dans un cadre structuré les Congolaises et Congolais de Suisse ne sera qu’une étape vers l’organisation de toute notre diaspora éparpillée à travers le monde. On estime entre 5 et 6 millions le nombre des Congolaises et Congolais (et personnes d’origine congolaise) qui vivent à l’étranger. Nous constituons donc une grande force aux capacités inestimables – non pas seulement pour l’importance de notre contribution financière à l’économie nationale –, au point d’être considérés au sens figuré comme la 12e province du Congo. Si nous sommes rassemblés, unis et organisés, nous pouvons être capables, ensemble, de peser de tout notre poids pour infléchir la gouvernance du Congo dans la direction qui protège davantage nos intérêts comme diaspora et l’intérêt général. Pour le moment, nous comptons conduire ce projet jusqu’à l’organisation, au mois d’avril 2014, d’une assemblée générale d’où procédera l’élection des organes officiels définitifs de la structure fonctionnelle que nous nous choisirons ensemble démocratiquement.

Une fois que notre communauté se sera dotée d’une organisation faîtière, les actions que nous serions en mesure de mener pour nous-mêmes et en faveur d’un Etat défaillant qu’est le Congo concerneraient tous les secteurs de la vie nationale. Plus concrètement, elles seraient d’ordre politique, économique et social. A titre illustratif, nous pourrions nous battre pour obtenir le droit de vote dans notre pays d’accueil, qui nous est confisqué jusqu’à présent par le pouvoir en place chez nous, afin d’exercer pleinement notre citoyenneté congolaise. Nous pourrions créer une banque, ou tout au moins une agence de transfert de fonds vers le Congo, compétitive, à l’instar de ce que font les autres communautés dynamiques, notamment latino-américaines. Autre action possible à initier : nous pourrions, chaque fois que c’est possible, pour les rendre encore plus efficaces, offrir une structure de coordination aux actions sociales diversifiées que mènent sur le terrain plusieurs de nos compatriotes dames (les mamans congolaises) chaque fois qu’il y a des catastrophes naturelles ou provoquées par les humains comme la guerre, etc. (Nous saluons au passage ici et remercions toutes les mamans congolaises qui se dévouent tant pour notre pays).

Avec qui et comment le comité pour la convention des Congolais de Suisse entend-il travailler ? Avec tout le monde épris de la cause du Congo et touché par l’urgence de la réaction à apporter à la situation. Comme nous le disions au début, nous sommes une toute petite cellule au sein de laquelle nous travaillons toutes et tous bénévolement. Nous ne disposons pas de fonds propres, nous ne sommes pas financés, n’avons pas de bureau propre, mais nous nous débrouillons pour accomplir au mieux notre tâche. C’est pourquoi nous restons ouverts à toutes les collaborations susceptibles d’apporter les idées, les compétences et les énergies dont nous avons besoin pour avancer, le tout sur le mode bien entendu du volontariat et du bénévolat. Nous ne voulons exclure personne. La collaboration peut nous être apportée soit de manière formelle et systématique, en rejoignant alors notre comité pour y exercer une attribution précise, soit de manière ponctuelle et occasionnelle, en nous accompagnant dans les diverses actions à entreprendre jusqu’à la tenue de l’assemblée générale, « inch Allah ». De cette manière, et en mettant à contribution tous les moyens modernes de communication, nous y arriverons. Dans notre fonctionnement, nous voulons accorder une attention particulière à l’équilibre de genre et de génération, de manière à refléter, si possible, la représentativité sociologique de notre communauté.

D’ores et déjà, nous vous chargeons, vous toutes et tous qui êtes présents ici  d’être les meilleurs interprètes de notre message auprès de tous les nôtres qui n’ont pas pu venir. C’est en assumant ensemble cette collaboration, cette responsabilité de communication que nous serons sûrs de la large diffusion de notre message auprès de toutes et de tous. Merci d’avance pour tout ce que vous en ferez. Vive le Congo !

Au nom de tout le comité, je vous remercie de votre aimable attention.          

                                                                 Rita NDUBISI