LETTRE OUVERTE A MONSIEUR MARTIN KÖBLER

 

Diaspora congolaise                                                            Genève, le 15 novembre 2013
Comité d’organisation des états généraux
Genève  / Suisse

 

A Son Excellence Monsieur Martin KÖBLER

Représentant de la MONUSCO

Kinshasa / République démocratique du Congo

 

Objet : protestation contre le double jeu de l’ONU au Congo

Excellence,

Nous référant à l’évolution de la situation sécuritaire dans notre pays, l’honneur nous échoit, nous, membres de la diaspora congolaise domiciliée en Suisse, de porter à votre connaissance, à travers cette pétition, nos préoccupations en ce qui concerne l’avenir de notre pays, vu vos fonctions. 

Avec les autres branches de notre diaspora éparpillées à travers le monde, nous formons une composante non négligeable du peuple congolais que la MONUSCO aurait intérêt à écouter de temps à autre pour davantage crédibiliser son action. La chance de vivre dans un pays démocratique qu’est la Suisse, où la liberté d’expression minimale est garantie par les usages, nous investit d’une responsabilité historique particulière par rapport à notre pays. Nous restons convaincus que notre opinion est partagée par le peuple congolais dans sa grande majorité. 

Pour commencer, nous vous savons gré du rôle que vous avez personnellement joué, aux côtés des FARDC, dans l’éviction de la force négative M 23. Etant donné que notre pays ne dispose pas encore d’une armée capable de défendre les populations civiles, nous vous exhortons à continuer de redoubler d’effort pour épauler nos troupes dans leur tâche régalienne d’éradication de toutes les autres forces négatives qui sèment la mort et la désolation au Congo. Et d’avance merci. A travers vous, ce sont les Nations Unies dont vous êtes le Représentant sur place que nous entendons aussi remercier ici. Nous leur sommes reconnaissants du concours qu’elles nous ont apporté déjà au lendemain de l’accession de notre pays à l’indépendance. Veuillez être notre interprète auprès d’elles.

Cependant, depuis 1960, le sort nous a doté, nous Congolais, à notre corps défendant, d’une certaine expertise dans l’évaluation des missions onusiennes, pourrions-nous ainsi dire. Forts de cela, nous ne pouvons ne pas être inquiets face à tous les signaux envoyés qui nous renforcent dans l’idée d’être victimes, depuis, d’un double jeu onusien chez nous. Est-ce là la conséquence normale de la complexité des enjeux dans la région de Grands Lacs ? Nous ne le pensons pas. Les exemples sont légion. Nous en prendrons quelques-uns, triés parmi les plus parlants.

Notre peuple, constamment confronté à la violence malgré lui, est traumatisé. Il ne comprendra jamais pourquoi le Conseil de sécurité a attendu si longtemps, des années, avant de voter une résolution chargeant les troupes onusiennes stationnées sur place d’une mission offensive pour traquer les groupes armés rebelles et protéger les populations civiles.  Il disposait pourtant en temps réel de toutes les informations en provenance du terrain ! Pourquoi avoir attendu qu’il y ait eu 8 millions de morts, qu’il y ait eu des crimes économiques, autant d’exactions, autant de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, avant de réagir ? Les troupes onusiennes en mission au Congo sont pourtant les plus nombreuses au monde !

Maintenant que nous nous sommes mis à croire que l’ONU, chez nous, a commencé à redorer son blason, grâce à son appui décisif à l’armée congolaise contre le M 23, voilà qu’un grain de sable vient enrayer la machine : nous sommes troublés et déçus d’avoir appris que l’ONU, à travers vous, a contraint l’Etat congolais à signer un « accord de paix » avec le M 23, groupe terroriste qui doit normalement être poursuivi en justice pour les crimes commis. Au-delà de la sémantique du mot « accord », pourquoi diable un Etat souverain devrait-il traiter d’égal à égal avec une rébellion vaincue ? De surcroît, pourquoi avez-vous exercé des pressions pour que cela soit fait sous la supervision d’un pays ennemi, l’Ouganda, dont vous savez bien qu’il joue le beau rôle de juge et partie ?

Vous demandez au Congo de faire ce que vous ne demandez ni au Rwanda ni à l’Ouganda, pays qui entretiennent eux aussi des rébellions armées (FDLR pour le Rwanda, LRA et ADF-NALU pour l’Ouganda). Ce traitement deux poids, deux mesures, qui caractérise votre action, le peuple congolais, loin d’affecter de l’ignorer, s’y oppose catégoriquement.

En vous réitérant nos remerciements pour l’œuvre que vous accomplissez dans notre pays, et dans l’espoir que notre message trouvera un écho auprès de vous, veuillez croire, Excellence, à l’assurance de notre très haute considération.