ATTENTION ! NOUS N’AVONS PAS GAGNE LA GUERRE CONTRE LES FORCES DU MAL

APPEL A LA VIGILANCE ET A LA MOBILISATION

Congolaises, Congolais,

Chères Sœurs, chers Frères,  

Cher(e)s Membres de la Diaspora congolaise,

Cher(e)s Ami(e)s du Congo-Kinshasa,

Le devoir patriotique nous interpelle tous et toutes, plus que d’habitude, en ce moment précis où les projecteurs sont braqués sur l’actualité brulante de notre cher pays, le Congo-Kinshasa, depuis la défaite militaire annoncée du Mouvement du 23 mars (M 23), à la fin du mois d’octobre dernier. Epaulées par la MONUSCO et la Brigade spéciale d’intervention, nos forces armées ont, une fois n’est pas coutume, rempli leur mission régalienne. Nous leur rendons ici un hommage appuyé. Mais, face à la complexité des enjeux, aux ambiguïtés en marge de cette victoire, nous ne pouvons pas nous empêcher de réagir pour éclairer l’opinion de ceux et celles qui ont en partage l’amour du Congo, afin qu’ils restent suffisamment armés moralement dans le but de continuer à protéger toujours davantage les intérêts de notre pays.   

Nous sommes préoccupés par la liesse – nous dirions l’euphorie populaire – née de la victoire des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) sur le M 23. Bien que, d’une part, sur le plan psychologique, nous la comprenions parfaitement parce qu’elle permet d’exorciser les frustrations et les humiliations accumulées par notre peuple pendant plus d’une décennie à cause des échecs antérieurs répétés de son armée, d’autre part, sur le plan de la prudence ordinaire, cette euphorie nous inquiète, et nous la redoutons, vu l’ampleur de sa contagion. A cause de mauvais tours qu’elle peut nous jouer !    

Nous qui vivons à l’étranger savons parfaitement que cette griserie, sur place au pays, est entretenue, instrumentalisée par le pouvoir pour en tirer tous les dividendes politiques possibles : il s’agit pour lui de s’enraciner, de perdurer, y compris – et pourquoi pas ? – continuer à rester aux commandes du pays au-delà des échéances électorales constitutionnelles à venir. A ce sujet, nous en voulons pour preuve, si besoin était, la monopolisation des médias de l’Etat – alors qu’ils sont constitutionnellement censés, en théorie mais en théorie seulement malheureusement, refléter l’opinion de tout le peuple congolais dans sa diversité – par ledit pouvoir pour claironner sa « bonne nouvelle » à tous ceux et celles qui veulent l’entendre aux quatre coins du pays, et à l’étranger, sans qu’aucune chance ne soit donnée à l’opposition et à la société civile pour y exprimer un autre son de cloche.   

Aujourd’hui plus que jamais, nous savons que tout est fait par le régime en place pour manipuler l’opinion congolaise en vue de la distraire. La distraire pour l’empêcher d’exercer son sens critique, de juger par elle-même la situation du pays et de se concentrer sur l’essentiel. Et c’est quoi l’essentiel ? La géopolitique du Congo symbolise le maître-mot au cœur des enjeux dont notre pays n’a de cesse de subir des conséquences négatives pratiquement depuis son accession à l’indépendance, en particulier depuis la fin du règne de Mobutu et l’avènement des régimes Kabila père et fils. Ce n’est pas pour rien que la « première guerre mondiale africaine » a eu lieu dans notre pays. Franz Fanon aimait rappeler, à travers une métaphore très parlante, que l’Afrique est comme un revolver dont la gâchette est placée au Congo. La bonne compréhension de cette géopolitique et la recherche constante d’une solution adaptée représentent à nos yeux l’une des clés majeures de la solution au problème de notre pays et le ferment de la construction ainsi que de la consolidation de la conscience nationale pour tous les Congolais et toutes les Congolaises, unis par le sort, comme nous le chantons dans l’hymne national.  

Le triste constat que nous pouvons dresser en résumé est celui-ci : depuis l’arrivée au pouvoir des Kabila père et fils, les comptes de l’intervention de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi dans les affaires congolaises n’ont pas été soldés. Ces trois pays sont surpeuplés, surtout les deux derniers. Dès lors, l’on comprend que l’enjeu qui est en cause, pour tous ces trois pays qui se sentent à l’étroit, est d’abord territorial. L’aventure militaire de ces pays au Congo s’explique par le souci de démembrer le territoire congolais à leur profit pour y installer une partie de leurs populations respectives, qui vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage, à l’instar de tous nos pays d’Afrique, pauvres. En second lieu, voulant faire d’une pierre deux coups, ces pays ambitionnent de continuer à piller les ressources du sous-sol congolais (diamant, or, étain, coltan, niobium, etc.) dont regorgent les deux provinces du Kivu pour promouvoir leur propre développement.

Sur un autre plan, un pays comme l’Angola par exemple, bien qu’elle soit en théorie partenaire du Congo au sein de la SADEC (organisation sous-régionale des Etats d’Afrique australe), ne lui en délivre pas moins une guerre économique en continuant à exploiter, sans aucune contrepartie, son pétrole du plateau continental, au mépris de toutes les règles du droit international maritime. Comme si cela ne suffisait pas, la même Angola nourrit aussi à l’égard du Congo des appétits territoriaux : on se souviendra que le contentieux de Kahemba n’a toujours pas trouvé d’issue. Tout cela parce que l’Angola sait que le Congo est actuellement dans une situation de faiblesse qui ne lui permet pas de réagir pour défendre ses intérêts, pourvu que ça dure pour elle.

De même, l’Occident, profitant du chaos créé chez nous par la fameuse « Opération turquoise » par lui délibérément mal organisée, ne s’empêche pas, depuis, de jouer au pompier-pyromane, dans le seul but de permettre à ses entreprises de tirer un maximum de profit de nos matières premières stratégiques, pillées avec sa complicité et que lui revendent à vil prix des bandes armées qui pullulent à l’Est du Congo et les Etats voisins incriminés. Pauvre Congo !

Nous ne devons pas oublier que la plus grande responsabilité de l’inanition de notre pays incombe à notre classe politique, incapable de protéger la mère patrie face aux enjeux géopolitiques précités. Depuis plusieurs décennies, l’incurie, l’incompétence, le comportement véreux, la corruption, l’égoïsme, bref l’absence du sens de l’intérêt général de cette classe politique n’est plus à démontrer. Sa culture dictatoriale, qui n’est un secret pour personne, explique son déphasage eu égard aux préoccupations majeures de notre peuple. Le régime est plongé dans un combat d’arrière-garde pour conserver égoïstement le pouvoir et empêcher notre pays de faire des bonds en avant sur le chemin de la démocratie réelle. De tout cela résulte le manque tant décrié de leadership dont souffre notre pays et de cette absence de leadership découle le chaos entretenu à l’Est du territoire national dont profitent tous les ennemis du peuple congolais. Sous prétexte de favoriser la paix, la mauvaise politique sécuritaire d’intégration des bandes maffieuses au sein de l’armée nationale a fait reculer l’Etat, devenu incapable d’étendre son autorité sur l’ensemble du pays, particulièrement à l’Est. La victoire aujourd’hui de nos forces armées n’en dissipe pas moins les ambiguïtés de la gestion de la crise congolaise par le pouvoir en place. Dès le départ, pourquoi avoir accepté d’aller aux négociations à Kampala, dans un pays ennemi, et lui faire ainsi endosser le beau rôle de juge et partie prenante du conflit ? Si ce Gouvernement accepte de signer un accord avec le M 23, pour finir, quid de la vingtaine d’autres forces négatives à éradiquer ?

Dès lors, que faire ? Nous devons prendre garde à ne pas nous laisser distraire et berner par les sirènes du pouvoir. Nous devons savoir que nos forces armées n’ont gagné qu’une bataille, elles n’ont pas gagné la guerre. Notre pays demeure toujours l’objet de multiples convoitises. Beaucoup de groupes armés rebelles (les FDLR, Les Maï-Maï, les LRA, les Bakata Katanga, les ADF-NALU, les Raïa Mukombozi, etc.)  continuent encore à y sévir. Ayons cela constamment à l’esprit. Beaucoup de personnes continuent à être massacrées. Beaucoup de viols, d’amputations, de tortures, d’enrôlements forcés d’enfants-soldats, de traitements inhumains et dégradants continuent malheureusement à être pratiqués dans notre pays par des hors-la-loi. Non, la guerre n’est pas finie. Non, notre pays n’est pas encore en paix. Non, ne soyons pas naïfs. Non, ne soyons pas dans l’illusion de penser que nous commençons à entrevoir le bout du tunnel.

Quelles que soient nos différences, nous devons rester mobilisés autour de l’essentiel : la question de la légitimité constitutionnelle du pouvoir en place ; la question de la montée en puissance de nos forces armées ou plutôt la création d’une armée républicaine efficace et dissuasive, seule capable de nous protéger et de défendre l’intégrité de notre territoire national ; la lutte contre l’infiltration des institutions de l’Etat par des étrangers ; le combat pour l’instauration d’une vraie démocratie au Congo ; le combat contre les anti-valeurs qui minent notre société et qui sont l’émanation de la dictature. L’essentiel, c’est aussi le combat contre l’impunité à tous les niveaux, à commencer par ceux qui exercent le pouvoir dans notre pays. Dans cette optique, nous, membres de la Diaspora, devons trouver les voies et moyens d’initier des actions pour qu’un jour – le plus tôt serait le mieux – tous ceux qui ont contribué directement ou indirectement à la désorganisation de notre armée et qui, par conséquent, sont responsables d’environ 8 millions de nos compatriotes morts par manque de protection, répondent de leurs actes devant la justice.

A la désinformation, à l’encensement du régime, à la diversion, à la montée en flèche du culte de la personnalité profitable à celui qui a usurpé la fonction présidentielle, auxquels nous assistons sur tous les médias qui relèvent de l’Etat congolais depuis la victoire des FARDC, nous, membres de la Diaspora, qui bénéficions de la chance de vivre dans des pays démocratiques garantissant la liberté d’expression, avons le devoir patriotique sacré de refuser le « cadeau médiatique » du pouvoir et de contribuer à la bonne information de notre peuple pour qu’il garde le cap de son combat : la construction d’un Congo où il fait bon vivre pour tous ces fils et toutes ses filles. Le fameux M 23 n’est-il pas l’émanation du pouvoir actuel ? Le M 23 n’est-il pas ce pouvoir lui-même, en responsabilité depuis plus d’une décennie et incapable de créer une armée nationale digne de ce nom ? Le M 23 n’est-il pas, pour finir, ce même pouvoir en place, qui a triché aux élections de 2011 et qui empêche Etienne Tshisekedi, l’élu de la nation, de présider aux destinées du Congo ? Le ver est dans le fruit. La dénonciation de la collusion entre le pouvoir en place et les forces du mal au Congo doit rester notre priorité, et bien sûr le combat pour les mettre hors d’état de nuire.    

Que l’on ne perde pas de vue que nous autres, membres de la Diaspora, sommes pour quelque chose, sinon pour beaucoup dans la victoire des FARDC : la puissance de nos réseaux, notre capacité de mobilisation, l’ampleur de nos pressions sur le plan à la fois national et international, notre contribution à l’économie nationale par le transfert de fonds, tout cela a contribué au sursaut ayant débouché sur le début de la réorganisation de notre armée nationale. A nous de maintenir cette dynamique. Ce n’est pas le moment de baisser la garde. Ne sous-estimons pas notre force, au contraire décuplons-la. Ne nous décourageons pas. Continuons à panser les plaies du Congo meurtri en ce moment crucial où il attend encore beaucoup de nous.

Ceci est une sensibilisation et un appel à la vigilance et à la mobilisation patriotiques que nous vous lançons pour le plus grand bien de notre peuple. Gardons le même élan pour les combats futurs, au premier rang desquels la possibilité d’offrir au peuple congolais une autre alternative politique afin de mettre sur pied, rapidement, un tribunal pénal spécial, chargé de juger le pouvoir complice actuel et tous ceux qui se sont rendus coupables de multiples crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans notre pays. Vive le Congo !