Décrispation et promotion des rapports apaisés avec les institutions 

CONVENTION DES CONGOLAIS DE l’Etranger [CCE]

RECOMMANDATIONSde l’Atelier politique

 

Thème de départ
« Citoyenneté, (multi) Nationalité, Droits civiques des Congolais de l’étranger, Mobilisation électorale, Ministère des Congolais de l’Étranger et Tenue des élections en 2016 »

 

Parallèle aux préoccupations socio-économiques d’intégration locale et de soutien à la reconstruction du Congo, l’autre enjeu majeur d’organisation de la diaspora congolaise vise, à l’instar de la diaspora juive, la capacité des Congolais de l’étranger à induire ou tout au moins à contribuer à l’évolution politique souhaitable pour le Congo d’aujourd’hui et de demain. Aussi, sur base des propositions de l’Atelier politique et des recommandations de l’Assemblée de Charmey, le secrétariat technique de la CCE présente un plan d’actions politiques articulé autour des points essentiels suivants :

-reconnaissance et défense de l’intangibilité de la nationalité congolaise d’origine ;

-reconnaissance et défense des droits civiques des Congolais de l’étranger ;

-requête d’un calendrier électoral global et consensuel ;

-participation à la défense de l’intangibilité de l’article 220 de la Constitution ;

-exaltation du patriotisme et promotion de la citoyenneté ;

-décrispation et promotion des rapports apaisés avec les institutions ;

-rassemblement de la diasporacongolaise et rapprochement avec les autres diasporas.

 

1. Reconnaissance et défense de l’intangibilité de la nationalité congolaise d’origine

 

L’une des conditions de la citoyenneté et donc du droit à la jouissance des libertés et prérogatives dans une société, la nationalité est un bien si capital qu’elle est l’un de tous premiers objets traités par  la Déclaration universelle des droits de l'homme. En son article 15, la Charte universelle stipule :

-Tout individu a droit à une nationalité ;

-Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.

 

A cause de ses crises internes récurrentes, le Congo compte aujourd’hui plus de 5 millions de ses ressortissants hors de ses frontières. A l’aune de leur apport informel à la survie socio-économique de leurs familles respectives au pays, les Congolais de l’étranger démontrent combien ils restent attachés à leurs racines et constituent en outre la frange la plus dynamique, la mieux outillée et la plus lucrative de la communauté nationale. Comment alors comprendre la volonté du régime de Kinshasa d'entretenir paradoxalement la déchéance des Congolais de l’étranger de leur nationalité ?

 

Avec la gravité que l’ampleur de la tragédie inspire, les appels à la Convention de Charmey ont mis en exergue la stratégie de viol, de mutilation, d'assassinat d'échelle, d'expropriation et d'émigrations forcées pour éloigner les Congolais de leurs terres et y implanter des étrangers pour renforcer l’occupation et la colonisation du Congo. C’est là, semble-t-il, l’explication la plus plausible de ce travers juridique et de ce paradoxe économique d’un régime d’occupation déterminé à éloigner du champ politique les Congolais les mieux conscientisés et les plus résolus à conquérir le changement. La supercherie n’a plus de secret pour personne et fait désormais la honte de ceux qui cherchent à l’entretenir. Nous proposons la modification de l'article 10 de la Constitution et nous engageons à nous battre pour qu’il soit stipulé comme suit : « La nationalité congolaise d'origine est inaliénable ; car elle est une prérogative exclusive des peuples du Congo dits ; tributs, ethnies ou nationalités ».

 

2. Reconnaissance et défense des droits civiques des Congolais de l’étranger

 

Comme à l’ère de la décolonisation ou de la fin du parti unique, le Congo vit à nouveau une période exceptionnelle et se trouve à la croisée des chemins : ou bien il se démocratise réellement, ou bien il s’enfonce dans la dictature et l’occupation s’enracine à jamais. Elle sera alors très difficile à extirper. Une diaspora lucide et consciente des faveurs de la conjoncture de l’heure doit s’organiser et se lever comme un seul homme pour conjuguer ses forces aux efforts déployés par les autres synergies afin d’essoucher le mal lorsque les circonstances en donnent l’occasion. Ce n’est qu’en recouvrant leurs droits civiques que les Congolais de l’étranger peuvent valablement prendre leur part au combat pour la démocratie. C’est dire combien est primordiale pour la diaspora la reconquête de ses droits !

 

Tout comme la nationalité, les droits civiques, tels que le droit de vote, d'élection ou d'éligibilité, sont des privilèges reconnus inaliénables à tous. En France, leur perte totale ou partielle suite à une peine judiciaire ne peut en aucun cas excéder dix ans. Il y a donc une bien belle lurette que le régime a déclaré la guerre à la diaspora. La naïveté consisterait à attendre des cadeaux de ce régime ennemi et déterminé à régner par défi. Il est plutôt de la responsabilité d’une diaspora futée, structurée et perspicace de se donner les moyens légaux et de faire recours à toutes les voies convenues, qu’elles soient juridiques, politiques ou diplomatiques pour se faire réhabiliter dans ses droits. C’est pourquoi la CCE doit créer une commission spéciale pour étudier cette question de manière approfondie et proposer des pistes d’action à même de régler la situation avant les échéances électorales de 2016. Cette commission devrait en outre ouvrir à la diaspora des possibilités de jouer des rôles concrets dans le déroulement de tous les scrutins en perspective ; notamment parmi les observateurs.

 

3. Requête d’un calendrier électoral global et consensuel

 

Ayant encore fraîches en mémoire les péripéties qui avaient accompagné les élections antérieures de 2006 et de 2011, lorsque l’expression populaire et légitime du peuple souverain primaire a été étouffée et réprimée dans le sang de manière inqualifiable, tirant avec discernement les leçons de toutes les démarches hasardeuses entreprises par le régime depuis lors pour réduire la majorité populaire au silence et anéantir ses aspirations malgré son courage et sa détermination, la CCE doit exiger la publication dans le délai d’un calendrier électoral global consensuel. A l’avenir, elle veut tenir sa place parmi les forces vives de la Nation en tant que composante à part entière de la société civile. Aussi, la commission politique doit-elle prendre langue avec la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) pour être reconnue comme telle et y faire accréditer ses délégués.

 

Ces élections sont autant d’occasions pour la diaspora de contribuer à l’émergence d’un nouveau leadership à même de mieux défendre le peuple souverain. A des fins de négociation stratégique en vue de sa visibilité et de sa reconnaissance, la diaspora ne serait-elle pas bien inspirée de proposer ses propres candidats tant à la présidentielle qu’aux législatives de 2016 ? Mais s’il faut prendre une part active à la campagne pour avancer et placer des idées, il faudra aussi du réalisme, constater à un moment donné la nécessité d’un sursaut, d’un élan collectif pour soutenir avec optimisme et enthousiasme le candidat du changement le mieux placé ou à même d’incarner ce sursaut. Il faudra alors s’appuyer sur celui qui inspire le plus de confiance, qui sait transcender les clivages. C’est en tant qu’institution reconnue et par des mémos que la diaspora peut requérir des partenaires de la RDC qu’ils fassent respecter les délais constitutionnels en matière de prochaines élections au Congo.

 

4. Participation à la défense de l’intangibilité de l’article 220 de la Constitution

 

Après l’étouffement imposé au Rapport Mapping brillamment décrédibilisé par le Rwanda, comment remettre dans l’actualité un sujet sur le Congo ? Toutefois, même si le black out sur le Congo dans les médias persiste, le drame congolais, surtout les viols de masse, ne reste pas moins vivace dans l’opinion publique et ne préoccupe pas moins les grands décideurs de ce monde. Quels rôles ont joué et jouent les institutions internationales et l’Occident dans la succession des régimes au Congo depuis l’indépendance ? Quelle est la situation des réfugiés congolais dans la région et comment est-elle instrumentalisée par les Etats voisins? Comment s'articule le système capitaliste néolibéral et le système impérialiste en Afrique, surtout dans la géopolitique de la région des Grands-Lacs? Ce sont-là quelques unes des questions qui traversent le mouvement pour le retour de la paix au Congo sans qu'un consensus ne se dégage sur les réponses à y apporter. La diversité des opinions n’est qu’une évidence dans un mouvement démocratique ; nous respectons cette situation. Mais il y a un sujet qui, depuis plus d’une décennie, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, semble rapprocher la majorité d’avis sur les modalités de résolution de la crise congolaise : le besoin de l’alternance démocratique apaisée. La paix et la démocratie étant des valeurs universelles et fond de commerce de l’impérialisme occidental, il y aura toujours des partenaires pour s’engager à les défendre.

 

Or, dans le contexte actuel, défendre l’intangibilité de l’article 220 de la Constitution congolaise c’est défendre la paix et la démocratie au Congo. Lorsqu’on sait que le Congo n’est pas le seul Etat sub-saharien à se livrer au tripatouillage de la constitution pour maintenir au pouvoir des chefs d’Etat en fin de mandat, organiser des conférences, des débats, des journées de réflexion avec des experts et décideurs sur le sujet ne manquerait pas de pertinence ni d’attrait. Avec des mémorandums adressés de manière ciblée aux acteurs directs et indirects de la scène congolaise, une telle démarche serait surtout, probablement, le moyen le plus efficace de ramener la crise congolaise dans l’actualité et de rechercher des alliances à même de soutenir la lutte de terrain pour l’alternance démocratique.

 

5. Exaltationdu patriotisme et promotion de la citoyenneté

 

Même si certains évoluent de plus en plus en marge de l'identité et de la communauté congolaises, force est aussi d’observer qu’à mesure que la crise s’installe, perdure et menace l’existence même de leur pays d’origine, les Congolais de l’étranger affichent davantage leur mobilisation pour la cause commune et démontrent beaucoup de solidarité entre eux. On peut y voir la dimension culturelle d’un patriotisme authentique. Il importe dès lors de mieux raffermir ce patriotisme au niveau politique par la multiplication des appels solennels et incisifs à la cohésion pour que la force de l’union nous aide à surmonter ce contexte de précarité, chargé de risques et d'incertitudes pour l’avenir, que traverse le pays. Comment entretenir et booster encore plus ce patriotisme vivificateur et fédérateur dans notre diaspora parfois dévorée par des querelles intestines souvent burlesques ?

 

De façon anecdotique en apparence, mais à forte valeur symbolique, il faut réhabiliter la célébration, avec fastes et éclats, de la grande Fête nationale congolaise, celle du 30 juin. Pour conscientiser et mobiliser davantage, on peut imaginer une organisation annuellement rotative ; en passant d’un pays à l’autre, d’une ville à une autre en s’appuyant, certes sur des conférences et des débats publics, mais aussi sur des manifestations sportives, théâtrales, religieuses ou des expositions picturales à même de rassembler et de rapprocher le plus possible les Congolais. Pour sceller plus encore les liens qui nous unissent et renforcer notre engagement à bâtir ensemble l’avenir dans l’unité, la fraternité, la tolérance, le respect mutuel, la coexistence pacifique et la solidarité avec les autres peuples, deux autres moments de méditation pourraient être célébrés de la même manière et dédiés respectivement aux martyrs de l’Indépendance et au Génocide du peuple congolais.

 

Quant à la promotion de la citoyenneté, produire une émission radiotélévisée de portée nationale répondrait momentanément à ce besoin. L’émission serait alors produite par des professionnels ; elle aborderait divers thèmes à même de renforcer la notion, la conscience et l’exercice de la citoyenneté chez les Congolais. Compte tenu de l’importance d’une telle action face aux échéances imminentes, il est urgent de mettre en place une sous-commission chargée de définir les objectifs, les sujets à traiter, le cahier des charges et les partenariats à même d’en faciliter la faisabilité. Il serait en outre judicieux d’introduire l’Université d’été de la diaspora et d’en élaborer le calendrier réaliste.

 

6. Décrispation et promotion des rapports apaisés avec les institutions 

 

Quels que soient les évènements vécus, quels que soient les griefs que l’on est en droit d’adresser à tel ou tel autre, le dialogue reste incontournable surtout si on veut construire la démocratie là où elle n’existe pas encore. Jusqu’à présent, la diaspora congolaise a péché par un excès de colère qui lui a fait perdre la lucidité. A force de refuser le dialogue, d’abord avec les institutions congolaises puis avec les autres partenaires du Congo, la diaspora s’est fait éjecter de toutes les négociations et est donc devenue invisible et inaudible là où se prennent les décisions sur l’avenir du Congo. Qui a intérêt à poursuivre dans cette voie d’impasse, d’impuissance et d’étouffement ? « Etre politique, vivre dans une polis, cela signifiait que toutes choses se décidaient par la parole et la persuasion et non par la force ni la violence », clamait Hannah Arendt dans La condition de l’homme moderne. Bien qu’affaibli et au bord de l’implosion, le régime-kabila n’est qu'un maillon du système qui maintient le Congo dans la crise dont la résolution passe d’abord par des négociations politiques.

 

Edifiée et soucieuse de l’efficacité, l’Assembléede Charmey a opté de tabler sur le dialogue tant avec les institutions congolaises qu’avec tous les partenaires du Congo dans la perspective de trouver des solutions aux crises qui tuent le pays. Crucial pour la reconnaissance réciproque et la normalisation des rapports à moins de deux ans des échéances électorales, ce dialogue est à amorcer, dans un premier temps par des écrits, courriers classiques et mémorandums d’interpellation en vue d’initier des négociations. Avec le gouvernement congolais notamment, la CCE devra à mettre sur la table tous les sujets qui fâchent ; à savoir : les questions constitutionnelles et électorales bien sûr, mais aussi la libération des prisonniers politiques, le retour sécurisé des exilés, le dégel des comptes bloqués et la tenue des états généraux de la République pour solder tous les contentieux nés des crises postélectorales depuis octobre 2006. C’est dans cette optique que la CCE doit approcher le ministère des Congolais de l’étranger réhabilité dans le gouvernement Matata IIpour s'enquérir du bien-fondé de sa résurrection, des objectifs lui étant assignés, lui présenter les desiderata de la diaspora et le mobiliser pour servir de médiateur auprès des autres institutions du pays.

 

7. Rassemblement de la diaspora congolaise et rapprochement avec les autres diasporas

 

Crée en vue d’instituer une plateforme internationale rassemblant les Congolais quelles que soient leurs obédiences partisanes, la CCE reste ouverte à tout membre de la diaspora congolaise qui a compris la pertinence de constituer ensemble une voix puissante pour peser sur les événements et les négociations lorsque les intérêts du Congo sont en jeu. Priorité des priorités dans le plan d’action de son premier mandat, rassembler la diaspora congolaise est une des missions relevant directement des attributions directes de la présidence de l’association. C’est à dessein qu’elle a été confiée au 1er Vice-président et il revient à ce dernier d’en définir les contour et les moyens. C’est également à lui que revient la charge d’approcher les autres diasporas pour initier et instituer des partenariats et des synergies constructives là où elles sont possibles.

 

Charmey, le 14 décembre 2014

 

 

Bob Caïembe                                                                           Nicole Ntumba Bwatshia
Rapporteur                                                                                         Animatrice

                                                                        

                                     Composition de l’Atelier :

- Ferdinand Ilunga
- Simon Pierre Tshitungu
- Philémon Mukendi
- Roger Ndona Kayamba
- Tshilumba Nsenda
- Nicole Ntumba Bwatshia
- Bob Caiembe

 

 
Avec le soutien de WWW.ORGANICA-CARE.COM
soins bio et produits naturels